Vendredi 11 novembre 2016
3 min

Année du tourisme culturel Franco-Russe à Moscou : Quels enjeux diplomatiques et économiques ?

Cette année est celle du tourisme culturel franco-russe à Moscou où présentera notre chroniqueur Antoine Pecqueur, un opéra en direct du Bolchoï. Il nous explique aujourd’hui les enjeux diplomatiques et économiques de cet évènement.

À Moscou, le paradoxe est troublant, d’un côté François Hollande s’oppose à la Russie de Vladimir Poutine sur les enjeux stratégiques, militaires. Après l’Ukraine, le conflit syrien a le plus envenimé les rapports politiques entre les deux pays. Symbole de ce climat glacial : François Hollande a refusé d’accueillir Vladimir Poutine à l’occasion de l’inauguration de la cathédrale orthodoxe de Paris, d’ailleurs Vladimir Poutine ne s’y est pas rendu. Mais très loin des questions syriennes, les relations entre la France et la Russie trouvent à l’inverse d’étonnants terrains d’entente. Depuis le mois d’avril dernier, l’année du tourisme culturel Franco-Russe est un peu passée inaperçue. Exemple de ce partenariat : Ici à Moscou, le musée Pouchkine accueil une exposition consacrée à Albert Marquet et à André Malraux. Également à Paris, la fondation Louis Vuitton a lancé l’exposition Chtchoukine du nom d’un collectionneur russe du début du XXe siècle. Les critiques sont toutes unanimes et saluent la richesse de cette exposition : on retrouve les plus beau Matisse, Monet, Gauguin.

Cependant, les coulisses de l’organisation de l’exposition restent elles plus mystérieuses. Comment la fondation Louis Vuitton (LVMH) a-t-elle pu obtenir tous les prêts de ces tableaux, issus du musée Pouchkine de Moscou et de l’ermitage de Saint-Pétersbourg ? Poutine lui-même aurait supervisé l’opération. Le groupe LVMH, supervisé par Bernard Arnaud, assure n’avoir rien payé. Les musées publics accusent régulièrement les fondations privées de débourser d’importantes sommes pour des prêts de tableau et de fausser ainsi le marché où jusqu’alors les musées s’échangeaient des tableaux sans contrepartie financière. Et même s’il n’a pas payé directement, Bernard Arnaud a sans doute pu profiter de la position de LVMH, l’une des entreprises françaises les plus présentes et les plus célèbres en Russie. La Russie représente 8% de marché très haut de gamme dans le luxe, or c’est l’ADN de LVMH qui possède parmi d’autres marques, notamment Louis Vuitton, Givenchy ou Marc Jacobs. Le lien économique franco-russe passe donc aujourd’hui par la culture, qui est devenue un « softpower » indispensable pour pénétrer le marché russe. Il serait conseillé aux entreprises françaises de passer par le mécénat si elles aident une institution culturelle russe. Les entreprises étrangères verraient généralement leurs démarches facilitées. Il suffit de voir la liste des mécènes, par exemple de l’opéra Mariinsky de Saint-Pétersbourg où figure en bonne place Total. Et rappeler que le directeur de l’opéra Mariinsky, le chef Valery Gergiev est un proche de Vladimir Poutine, il a même dirigé un concert à Palmyre juste après la reprise de la cité syrienne par l’armée russe.

Culture, économie et diplomatie ne font donc plus qu’un, encore faudrait-il parler à Moscou d’une culture, celle officielle voulu par le Kremlin. Le ministre de la Culture Vladimir Médinski est un historien nationaliste dont le doctorat a récemment été remis en cause par plusieurs grands universitaires pour cause de plagiat et de subjectivité. Il n’a de cesse de vouloir montrer l’histoire russe depuis Ivan le Terrible sous son meilleur jour et on retrouve la même fibre nationaliste dans son action au ministère. Il a ainsi limogé le directeur de l’opéra de Novossibirsk pour avoir inventé une mise en scène trop radicale : le Tannhäuser de Wagner qui a déplu aux autorités orthodoxes, aujourd’hui très proches du Kremlin. Vladimir Poutine a aussi édicté une liste de mots interdits dans les spectacles de manière a empêcher toute pièce trop engagée. Bernard Arnaud dit que les relations franco-russes sont excellentes aujourd’hui. Précisons qu’elles le sont à condition d’accepter que la culture en Russie soit au service d’un discours nationaliste des plus inquiétants. Dans les prochains mois, nous ne manquerons pas d’observer l’évolution d’une autre relation cruciale : la relation russo-américaine avec l’arrivée à la maison blanche de Donald Trump qui ne cache pas son admiration pour le président russe.

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