Mercredi 16 novembre 2016
3 min

Scandale politique en Corée du Sud, quel impact sur la culture?

En Corée du Sud des manifestations monstres demandent la démission de la présidente Park Geun-hye suite à un scandale de corruption. Le paysage culturel est lui en pleines turbulences dans le pays.

Ce scandale rappelle une fois de plus le lien malsain en Corée du Sud entre les entreprises privées et les pouvoirs publics. Hier, une perquisition a eu lieu au siège de Samsung : le géant de la téléphonie mobile aurait versé 15 millions d’euros à la conseillère de la présidente et à ses fondations. La particularité de la Corée du Sud, d’un point de vue économique, est de fonctionner avec des chaebols. Les chaebols sont des groupes familiaux avec de multiples entreprises en leur sein, qui ont des participations croisées. Il y a Samsung, mais aussi Hyundai ou LG. Ce sont eux qui ont fait la réputation, mais aussi les dérives économiques du pays. Et on retrouve cela sur le terrain culturel. L’un des chaebols, Lotte, spécialisée dans l’agroalimentaire, vient d’ouvrir à la fin du mois d’août une salle de concert à Séoul. Cela faisait presque 30 ans qu’il n’y avait plus eu de nouvelles salles construites dans cette ville. La Corée du Sud est pourtant un grand consommateur de musique classique. C’est dans ce pays qu’il y a le plus grand nombre de ventes de disques de musique classique par habitant.

La particularité de cette nouvelle salle de 2000 places, construite en vignoble avec l’acousticien Yasuhisa Toyota comme ici à la Maison de la Radio. La particularité de cette salle est d’être implanté dans le nouveau centre commercial construit par Lotte. Ce projet est-il un alibi culturel ? La presse coréenne note que l’inauguration de la salle de concert détourne l’attention au moment où la justice enquête (depuis quelques mois) sur le groupe Lotte pour évasion fiscale. Également, ce chaebol est lui aussi impliqué dans le scandale de corruption lié à la présidente Park Geun Hye. Hier le directeur du groupe Shin Dong-Bin était entendu par la justice sud-coréenne. Le groupe est soupçonné d’avoir soutenu des fondations sportives liées à la présidente avec à la clé quelques contreparties bien sûr.

On peut ainsi se demander ce qu’il se passe à l’orchestre philharmonique de Séoul. Il est à l’image du pays, car il traverse lui aussi une période de crise. Pendant dix ans, l’orchestre a été dirigé par quelqu’un bien connu de la Maison de la Radio : Myung Whun Chung, l’ancien chef du philharmonique de Radio France. Mais l’année dernière, un grave conflit a éclaté entre M. Chung et la présidente de l’orchestre, Hyun-Jung Park. La présidente a accusé M. Chung de détournement de bien et à l’inverse, des membres de l’orchestre ont accusé la présidente de harcèlement sexuel. Car M. Chung et la présidente appartiennent à deux familles rivales du pays. Au final, les deux ont quitté l’orchestre. Le philharmonique de Séoul a annoncé en septembre la nomination non d’un, mais de deux chefs d’orchestre (les binômes sont décidément à la mode, comme à l’orchestre de Paris avec Daniel Harding et Thomas Hengelbrock), à Séoul Thierry Fischer son principal chef invité et Markus Stenz, chef en résidence. Les deux pour des contrats de 3 ans qui démarrent en janvier prochain. Quant aux musiciens il faut rappeler que dans ce pays supra-libéral où la durée du temps de travail est de 50 heures par semaine, les musiciens sont en situation précaire avec des contrats d’un an renouvelable. Mais tout cela pourrait changer suivant l’évolution du paysage politique. L’autre interrogation est bien sûr le lien avec la Corée du Nord, voisine. Les deux pays sont toujours officiellement en guerre. On rappelle que le rêve de Myung Whun Chung était de pouvoir diriger un jour un orchestre mêlant des musiciens du sud et du nord. Nous en sommes encore loin.

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