Samedi 18 octobre 2014
10 min

Musique contemporaine #2 : l'accordéon

Marie Faucher évoque aujourd'hui l’accordéon. S'il est l’instrument populaire par excellence, ce que l’on sait peut être moins, c’est combien il inspire les compositeurs d’aujourd’hui.

Piaf dans sa chanson décrit comme elle est possédée par l’accordéoniste et par les sons de l’instrument, « ça lui rentre dans la peau ». C’est une espèce d’ivresse entre le musicien, l’accordéon, sa musique… c’est physique dit-elle. C’est pareil d’ailleurs dans le « chauffe Marcel » de Brel. Oui l’accordéon c’est physique. D’abord c’est très gros, très lourd, ça se pose sur les cuisses et ça couvre presque tout le corps de l’interprète. Et puis cela nécessite d’ouvrir les bras, de les refermer, et dans ce mouvement là il y a un petit délai, un laps de temps, entre le son, la note produite et le souffle nécessaire à cette production. Ce souffle là quand vous n’appuyez sur aucune touche, c’est une véritable respiration. En musique ce souffle est tout autant un signe de la présence de l’interprète que du son à venir.

« Ce que j’ai découvert c’est que l’accordéon peut respirer et c’est une incroyable expérience ».

C’est Salvatore Sciarrino qui le dit.

Salvatore Sciarrino - Vagabonde Blu
Teodoro Anzellotti, accordéon

Cela fait relativement peu de temps que l’accordéon suscite la curiosité des compositeurs, à peine quarante ans. Mais il y a bien sûr des exceptions quelque unes suprenantes. Tendez bien l’oreille chez Tchaïkovsky l’accordéon double ici les bois.

Piotr Illitch Tchaïkovsky - Scherzo burlesque suite n°2 op 53
Orchestre de la SWR
Neville Marriner, diection

C’est juste une petite touche populaire, on entend à peine l’accordéon, Tchaïkovsky ajoute simplement une odeur populaire.
Avant qu’il soit vraiment traité avec sa singularité par les compositeurs la fonction de l’accordéon c’était d’évoquer par son simple timbre un contexte, une atmosphère, un village, un bal.
La partie d’accordéon composée par Alban Berg pour la scène de bal de son opéraWozzeck est terriblement difficile. Il avait d’ailleurs fallu beaucoup de temps à l’époque pour trouver un musicien capable de la jouer. La scène est fantastique. Wozzeck fou de jalousie espionne Marie qui danse avec le tambour major. L’orchestre de bal avec son accordéon, sa guitare, son violon, sa clarinette sonne de façon très ironique ici. Comme des voix qui se moqueraient de Wozzeck.

Alban Berg - Wozzeck
Acte II scène 4

Un accordéon dans Wozzeck qui est distancié, qui renforce l’écart, le décalage qu’il y a entre le drame que vit cet homme et la fête qui se déroule sous ses yeux.
Au fond c’est toujours par rapport à ce parfum populaire que les compositeurs abordent l’accordéon.
Dans le répertoire plus récent l’une des œuvres phares pour accordéon c’est laSequenza n°13 de Luciano Berio, qu’il a sous titré «chanson». En fait elle n’a de la chanson qu’un souffle, une poésie respirée par Berio, une inspiration en somme. Et tout de même une mélodie que Berio traite comme un refrain qui revient sans cesse.

Luciano Berio - Sequenza XIII
Chanson

C’est une chanson triste, un refrain autour duquel un mouvement proche de l’improvisation semble prendre le pas. En fait avec ces 14 sequenzas, chacune dédiée à un instrument, Berio rend un hommage aux caprices de Paganini : c’est à dire sublimer la virtuosité, sublimer la difficulté. Et ici dans la sequenza pour accordéon, contrairement aux autres qui sont souvent affirmée, résolue, ici l’atmosphère est feutrée. Et c’est ça la grande difficulté pour l’accordéon qui est un instrument pas très flexible. Tout doit sonner aérien, intime malgré l’épaisseur de la polyphonie. C’est ça la chansonnette de Berio : la virtuosité mêlée à la légèreté d’un certain folklore.

Une sequenza écrite pour Teodoro Anzellotti, qui est l’un des plus grands accordéonistes de notre temps. Et qui a beaucoup fait pour son instrument puisqu’il est à l’origine de la création de 350 pièces. Teodoro Anzellotti interprète également des œuvres écrites pour orgue.
C’est amusant cette parenté sonore entre l’accordéon si populaire et l’orgue dont le timbre évoque toujours la musique sacrée. Peut être d’ailleurs que le succès de l’orgue à l’église et celui de l’accordéon dans le registre populaire est lié à la même chose… une puissance, un souffle qui envahit l’espace, le corps de l’interprète, et celui de l’auditeur. Voici pour conclure une dernière chanson composée cette fois-ci pour l’orgue et interprétée ici à l’accordéon.

Johann Jakob Froberger - Canzon n°6

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