Samedi 9 mai 2015
10 min

Miscellanées #3 : Scène finale

Ce matin, Romaric Hubert a décidé de jeter un œil, voir les deux, sur ce qui ce passe à l’opéra juste avant le baisser du rideau. Il examine pour vous les épilogues des œuvres lyriques.

Un constat s’impose d’emblée : si vous portez un prénom féminin se terminant en « -a » et que vous avez le rôle titre d’un opéra, vous êtes quasiment certaines de passer de vie à trépas à la fin du dernier acte. Adrianna, Aïda, Fedora, Anna, Julietta, Elektra, Medea, Norma, Tosca, Gioconda, et cetera. TOUTES expirent dans les 3 minutes qui précèdent le baisser du rideau. Les causes de ces deuils scéniques sont de préférence violentes. Nos amis compositeurs aiment les livrets aux morts marquantes. Empoisonnement, délire paranoïaque, suicide, immolation par le feu… Rien n’est trop beau pour mourir sur scène.
Pour parachever ce fatal final, notre héroïne lyrique succombe en chantant dans la partie la plus aiguë de sa tessiture, avec une nuance triple forte, pour bien montrer que mourir sur scène, ça n’a rien d’une petite mort. Même si ça y ressemble parfois…

Mais il arrive que la mort du compositeur précède celle de l’héroïne. Alban Berg a connu ce sort malheureux avec sa Lulu. Berg débute l’écriture de Lulu en 1929. Son travail est interrompu par le décès de la fille de son amie Alma Mahler. Il compose alors en l’honneur de la disparue le Concerto à la mémoire d’un ange. Le temps passe et l'opéra Lulu n’est pas terminé avant la mort de Berg en 1935. L’oeuvre est créée, incomplète, en 1937. C’est seulement en 1979 que la version complétée par le compositeur Friedrich Cerha est donnée à l’opéra Garnier, sous la direction de Pierre Boulez et dans une mise en scène de Patrice Chéreau. La mort de Lulu est criante de vérité. Il faut dire que c’est Jack l’éventreur qui est à l’œuvre.

Et les hommes dans cette histoire de mort au baisser du rideau ?

Quand il s’agit de rendre l’âme sur scène, une certaine parité est de mise à l’opéra. Boris Godounov chez Moussorgski, Simon Boccanegra ou Otello chez Verdi, Werther chez Massenet, la grande faucheuse pratique la bisexualité funeste avec un plaisir gourmand. Il en est surtout un à qui la mort fait un grand honneur. Elle se déplace en personne et vient le prendre par la main pour l’accompagner jusqu’aux enfers. L’heureux élu, c’est Don Giovanni et Mozart lui a composé un des plus célèbres baisser de rideau de l’histoire de l’opéra.

C’est chez Mozart que se termine ce catalogue non exhaustif des funestes baissers de rideau à l’opéra. Je vous rassure, il y a aussi des fins heureuses sur les scènes lyriques mais la mort va si bien à l’opéra que cela aurait été dommage nous en priver.

♫ EXTRAITS

Giuseppe Verdi - La Traviata
Final Acte 3
Monserrat Caballé, Violetta
Orchestre de la RCA italienne
Georges Prêtre, direction

Alban Berg - Lulu Berg
Teresa Stratas, Lulu
Yvonne Minton, La comtesse Geschwitz
Franz Mazura, Jack
Orchestre de l’Opéra de Paris
Pierre Boulez, direction

Wolfgang Amadeus Mozart - Don Giovanni
Mort de Don Giovanni
Ruggero Raimondi, Don Giovanni
José Van Dam, Leporello
John Macurdyn, le commandeur
Chœur et l’Orchestre de l’Opéra de Paris
Lorin Maazel, direction

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