Samedi 24 janvier 2015
10 min

Miscellanées #2 : Le diable

Ce matin, Romaric Hubert nous emmène en balade à l’opéra, en compagnie d’un invité de marque : le Diable.

En ce jour anniversaire de la naissance de Farinelli, voix des anges devant l’Eternel, j’ai d’abord songé à vous parler de Dieu et de ses avatars. Le sujet a beaucoup été évoqué ces derniers temps. Le terrain est glissant. J’ai préféré jouer la sécurité et pactiser avec le prince des ténèbres, juste pour cette chronique, je vous rassure. Si je blasphème contre Lucifer ce matin, je devrais tout de même rencontrer un certain consensus… enfin, je l’espère…

Depuis le Faust de Goethe, dont la première partie a été publiée en 1808, nos amis compositeurs ont été parmi les meilleurs avocats du diable. Berlioz, Schnittke, Spohr, Prokofiev ou encore Busoni et Ligeti ont joué avec notre « petit » Malin. Gounod a été très tôt fasciné par l’œuvre de Goethe. Dans son Faust, en 1859, Méphisto se présente en gentilhomme. Toujours prêt à mettre de l’ambiance, il allume le feu en chanson et entonne une ronde vocale bien particulière mettant en scène le « Veau d’or ».

♫ EXTRAIT

Charles Gounod - Faust
Ronde du veau d’or
José Van Dam
Orchestre du Capitole de Toulouse
Michel Plasson, direction

Cette ronde du « Veau d’or » est bien sûr un commentaire cynique sur le culte que les hommes vouent à la richesse et à la cupidité. Il se trouvera toujours quelqu’un pour être la vache à lait d’un autre et dans le rôle du profiteur, notre Méphisto se pose en maître. Il a tout de même convaincu Faust de lui vendre son âme. Peu importe la langue dans laquelle s’agite notre beau diable, il évoque toujours avec dérision la race humaine. Chez Boïto, en 1868, c’est en italien et dans le rôle-titre sous le nom de Mefistofele qu’il se penche sur notre cas.

♫ EXTRAIT

Arrigo Boito - Mefistofele
« Ecco il mondo »
Samuel Ramey
Orchestre de la radio de Munich
Julius Rudel, direction

Ecco il mondo : voici le monde. Sur son dos grouille une race hideuse, insensée, sauvage, vile, mauvaise, futée qui à toute heure se dévore. Voilà donc comment nous voit ce diable transalpin et cela le fait bien rigoler. Rira bien qui rira le dernier. Notre diablotin ne l’emportera pas au paradis. Car, s’il y a bien une chose sur laquelle nos amis compositeurs sont d’accord, c’est la destination finale de Méphisto, direction les flammes de son enfer natal.
C’est bien beau de jouir de nos pires bassesses. Mais, c’est oublier le pouvoir de l’amour et de la vérité qui nous habite. Le Satan, incarné, en 1951, par Nick Shadow dans le Rake’s progress de Stravinsky, le découvre à ses dépends. Lui qui se voit comme un gentleman décide de donner à Tom Rockwell une dernière chance de garder son âme en la jouant aux cartes. C’est sans compter sur les ressources de mobilisation de l’homme. Ce pauvre diable de Shadow perd la partie. Il finira enseveli dans la tombe qu’il prévoyait pour Tom, non sans se plaindre de brûler et de geler sur la route qui le ramène en enfer.

♫ EXTRAIT

Igor Stravinsky - The Rake’s Progress
« I burn ! I freeze ! »
Samuel Ramey
Orchestre de la radio de Munich
Julius Rudel, direction

Méphistophélès, vaincu et ridicule, a donc rejoint ses enfers. Il ne manque pas, cependant, de nous prévenir qu’il restera à l’affut, prêt à réapparaitre à la moindre de nos faiblesses. J’espère que cette balade en compagnie du prince des ténèbres n’a choqué personne. Si c’est le cas, eh bien, que le Diable m’emporte !

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