Samedi 20 septembre 2014
9 min

Danse #1 : Le Festival d'Automne et le Festival Temps d'images

Sandra Abouav, danseuse et chorégraphe, évoque aujourd'hui le chorégraphe américain William Forsythe dont plusieurs œuvres sont programmées au Festival d'Automne à Paris et cette année, on lui rend hommage.

La chronique du petit matin par Sandra Abouav.

Les événements de la rentrée se bousculent il y a pleins de spectacles à voir. Depuis les années 80, William Forsythe explose les frontières parce qu’il allie un vocabulaire classique - les filles sont souvent sur pointes, à des concepts contemporains qui mettent les danseur en état d’improvisation. Il défie les conventions et puise dans le répertoire de danses actuelles comme le break, le funk, l’afro, ou la comédie musicale. A ce sujet, il y a une phrase qui décrit assez bien sa démarche :
«Le vocabulaire, dit-il, n’est pas, ne sera jamais vieux. C’est l’écriture qui peut dater… »
Sa conception de l’espace justement est impressionnante dans Limb’s Theorem, qui veut dire la Théorie des membres. Avec cette pièce de 1990 qui jouait au Théâtre du Châtelet, il fait monter le suspens en jouant sur l’inattendu pour partager sa vision du déséquilibre. Les danseurs ont les membres étirés comme des élastiques tendus et se maintiennent en déséquilibre jusqu’à la chute imminente. Quand on glisse et qu’on perd l’équilibre par exemple, le corps se rattrape dans un mouvement réflexe. C’est justement ces mouvements de réadaptation urgente pour éviter la chute qui intéressent l’artiste. Lui il appelle ça les mouvements résiduels. Ces mouvements réflexes, il en fait collection pour les intégrer directement dans la chorégraphie. Pour continuer à déjouer les habitudes et renouveler les mouvements, le chorégraphe va jusqu’à mettre au point une méthode de lecture sur scène, en projetant des inscriptions sur un mur comme des petits graffitis. Ainsi les danseurs déchiffrent ces signes, les interprètent, et modifient leurs mouvements en conséquence. Les vingt-sept danseurs déplacent des écrans, des satellites et des plaques rectangulaires suspendus. Forsythe utilise le hasard et l’aléatoire, les lumières font qu’on assiste à des combinaisons uniques à chaque fois. C‘est un kaléidoscope merveilleux.

Vous pourrez voir Limb’s Theorem du 4 au 6 octobre à la Maison des arts de Créteil. Plus largement, le Festival a lieu à Paris et en Ile-de-France jusqu’à décembre. Jusqu’au 28 septembre le 104 accueille la 13ème édition du Festival Temps d’Images en partenariat avec Arte pour dresser un paysage où s’entremèlent la danse, la vidéo, le théâtre et les arts plastiques. La soirée d’ouverture a été confiée à Josef Nadj, qui donnait justement « Paysage Inconnu», sa dernière création, un quatuor pour deux danseurs et deux musiciens.

Paysages inconnus, ce sont ceux que l’on traverse dans cette pièce qui se fonde là aussi sur un travail d’improvisation au long cours et qui se déroule dans une qualité d’écoute fine telle qu’ils créent à quatre un véritable « langage commun ». Deux hommes en costume noirs, apparaissent sur une chaise ; le collant sur leur tête déforme et efface leurs visages. Après s’être laborieusement extirpés de là, ces compères entrent dans un slow digne d’une décadence en marche. En s’appuyant alternativement l’un sur l’autre, ils plient sous leur propre poids et la danse se désagrège et les corps balbutient. Plus tard, le ballet de leurs grandes accolades se transforme en un match de boxe désarticulé et nos deux Charlots terminent au sol, imbriqués. Ces deux hommes progressent dans un parcours poussé jusqu’à l’épuisement. Les changements brutaux des postures marquent leurs interrogations : ils se font face, se jaugent et se répondent par des gloussements de fin du monde. L’un d’eux trace les contours de sa boite crânienne au maquillage blanc, puis s’arme d’une hache et s’enflamme dans une déambulation disloquée. Nadj nous livre sa danse macabre tragique et burlesque et dresse une vanité vivante où la mort guette.

♫ EXTRAITS

Luciano Berio - Duetti pour deux violons

Colin Stetson - Who the waves are roaring for
CONS Référence label CST092-2

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