Samedi 11 octobre 2014
10 min

Cinéma #2 : "Le Génie du mal" de Richard Fleischer

Thierry-Paul Benizeau revient sur les raretés, les trésors cachés, les petits bijoux du cinéma réédités ces temps derniers. C’est le cas du film inédit de Richard Fleischer : Le Génie du Mal (en anglais Compulsion), sorti en salle en 1959, que la société Rimini Éditions vient de ressortir dans une version parfaitement restaurée en DVD et Blu-ray.

Qui est Richard Fleischer ? (à part d’être le fils prodige – et peut-être prodigue aussi – de Max Fleischer pionnier du cinéma d’animation, créateur de “Popeye”, “Betty Boop”) il fait partie de cette cohorte de cinéastes hollywoodiens trop souvent qualifiés de tâcherons. Ce qui est tout à fait injuste pour Richard Fleischer (1916-2006) qui non seulement fut unbon technicien mais aussi génial metteur en scène ! On lui doit notamment : Les Vikings (1958 Kirk Douglas et Tony Curtis), L’Étrangleur de Boston (1968 Tony Curtis), Tora! Tora! Tora! (1970 Martin Balsam, Joseph Cotten, Jason Robarts) et puis des films de science-fiction, Le Voyage Fantastique (1966), Soleil Vert (1973 Charlton Heston et E.G. Robinson), et last but not least : 20.000 Lieues Sous Les Mers, (1954 James Mason, Kirk Douglas, Peter Lorre, Paul Lukas) un de mes films fétiches…Compulsion (Le Génie du Mal) réalisé en 1958 est son 25eme film et c’est tout simplement un chef-d’œuvre.

compulsion dvd
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L'histoire se passe en 1924. Deux étudiants issus de milieux privilégiés de Chicago, respectivement interprétés par Dean Stockwell et Bradford Dillman, estimant que leur statut social et leur intelligence hors du commun les placent au dessus des lois, vont enlever et assassiner un jeune garcon. Ils sont certains d'avoir commis le crime parfait, mais ils seront trahis par un détail : une paire de lunettes et confondus par la police. Un avocat célèbre, interprété par Orson Welles, adversaire de la peine de mort, accepte, contre quelques dizaines de milliers de $ (de l’époque) d'assurer leur défense. Le film est adapté du roman «Compulsion» (traduit par «Crime») de Meyer Levin, lui-même inspiré d'un fait divers réel qui avait choqué l'Amérique. L’auteur avait lui-même connu les vrais protagonistes de ce drame – Nathan Léopold et Richard Loeb avant qu’ils n’assassinent le jeune Bobby Franks, car ils fréquentaient la même Université (Chicago). Lors de l’affaire, Levin avait même couvert le procès pour le Daily News. Il n’a écrit son roman que 30 ans plus tard. Celui-ci sera adapté et monté au théâtre par Patrick Hamilton en 1929, sous le titre «The Rope» (la Corde) à Londres et à Broadway, qui connaitra un très vif succès, avant de devenir un film «The Rope » (La Corde) réalisé par Alfred Hitchcock, en 1948 et «Compulsion» dix ans plus tard.

Pourquoi Le Génie du Mal est-il un chef d’œuvre ? D’abord parce que Fleischer, tout en restant très fidèle au roman de Meyer Levin, et à son aspect documentaire, a réalisé un vrai thriller et a fait montre d’une remarquable habileté dans la direction d’acteurs – pas vraiment évident quand on dirige Orson Welles - ce qui valut au film de décrocher le Prix d’interprétation masculine pour Dean Stockwell et Bradford Dillman et Orson Welles au Festival de Cannes en 1959. Et puis, Richard Fleischer a mis en œuvre son génie de technicien du cinéma : dans des cadrages très recherchés, une direction de photo magnifique de William C. Mellor – la beauté du noir et blanc est mise en valeur par une restauration d’image impeccable. Un montage virtuose qui fait immanquablement penser aux meilleures séries de HBO : C’est du super film noir !

Et puis il y a la bande son – trop succincte à mon goût – une partition de l’immense Lionel Newman, interprétée par le Big Band de Jack Pleis.
A noter : le Bonus qui apporte pas mal d’informations sur le contexte du film : l’époque et surtout la véritable histoire, le fait divers qui va inspirer le livre de Meyer Levin, puis les deux films : celui de Hitchcock et puis bien sûr celui de Fleischer. Là où cela devient vraiment intéressant c’est dans le portrait de Meyer Levin que nous livre l’éditeur et critique de cinéma François Guérif (Rivages/Noir – découvreur de James Elroy). Son interview passionnante de bout en bout, apporte un éclairage pertinent et essentiel non pas à la compréhension du film, mais je dirais à son appréciation et éventuellement suscite (c’est une invitation à) un second visionnage. Mais là mon propos devient purement (j’allais dire) compulsif et même fétichiste… Personnellement je trouve ce film d’une incroyable actualité. Seule frustration avec cette œuvre, c’est la musique de Lionel Newman, ce thème de jazz assez envoûtant, dont le monteur n’a conservé qu’une série de variations. J’aurais vraiment souhaité entendre, notamment dans ce bonus, l’intégralité de l’enregistrement. Ça c’est un discret appel du pied à Stéphane Lerouge, le génial producteur de la collection de CD's Ecoutez le cinéma (éditée par Universal)…

Extrait #1 L’automobile (prologue)

Extrait # 2 Bande annonce

Extrait # 3 Drums

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