Samedi 4 octobre 2014
11 min

Autour du piano #2 : L'oeuvre pour piano de Max Reger

Ce matin, Antoine Mignon poursuit ses chroniques autour du piano et nous parle de Max Reger, dont il a déjà défendu la musique pour piano sur ces ondes.

C’était il y a déjà trois ans avec une courte pièce extraite de son dernier cahier pianistique, Träume am Kamin, Rêves devant la cheminée. Je reviens aujourd’hui sur l’œuvre pianistique de Max Reger car, plus j’avance dans la découverte de ses partitions, plus je suis séduit par une musique d’une grande intelligence, une musique bien plus spontanée qu’on pourrait le croire, et surtout une musique bien souvent d’une grande beauté. C’est vrai que Reger souffre encore aujourd’hui de son image de compositeur germanique austère, d’organiste admirateur de Bach et féru de contrepoint. Ça lui colle à la peau, et assez peu de musiciens et de mélomanes prennent la peine de découvrir sa musique plus en profondeur. Certes, Reger a lui-même déclaré « Bach est pour moi le commencement et l’aboutissement de toute musique ». Mais cette phrase vient assez tard dans sa courte vie et c’est oublier que, dans un premier temps, Reger s’est placé dans le sillage romantique de Schumann puis surtout de Brahms. Ces influences marquées n’empêchent nullement Reger de proposer une musique assez rapidement personnelle, dotée parfois d’une légèreté et d’une finesse, d’un humour, même, que l’on ne soupçonnerait pas comme le court Scherzo extrait des Fantasiestücke op. 26. Cahier le plus remarquable de cette période de jeunesse. Essence Mendelssohnienne, avec quelques fulgurances virtuoses. Presque tous les autres cahiers pianistiques de Reger réservent des moments de pur bonheur, que ce soient les noires mais géniales Charakterstücke op. 32 et les multicolores Bunte Blätter op. 36. Mais le véritable premier chef d’œuvre de Reger est à mon sens le cahier d’Intermezzi op. 45, des pages bien plus difficiles à jouer mais absolument formidables, à découvrir absolument.

Cette image de Reger vient de ses deux œuvres pour piano les moins ignorées, les Variations sur un thème de Bach et les Variations sur un thème de Telemann, deux cathédrales sonores largement influencées par l’orgue, des œuvres denses, foisonnantes, longues, et un peu écrasantes pour l’auditeur, il faut bien l’avouer. Mais elles ne reflètent pas tout le reste de l’œuvre pour piano de Reger. Il faut donc écouter les Intermezzi op 45, les Silhouettes op. 53, il faut écouter Aus meinem Tagebuch op. 82 pour connaître la musique pour piano de Reger. Il faut enfin écouter les Épisodes op. 115 de 1910, au langage harmonique frôlant l’atonalité et faisant le lien entre Brahms et Schönberg via Wagner.

♫ EXTRAITS

Max Reger - Fantasiestücke op. 26 n°2
Scherzo
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.5
Thorofon, 2008

Max Reger - Intermezzo op. 45 n°5
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.7
Thorofon, 2008

Max Reger - Épisode op. 115 n°2
Markus Becker, piano
Das Klavierwerke vol.6
Thorofon, 2008.

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