Carrefour de Lodéon Acte 2
Programmation musicale
Mardi 5 mars 2019
1h 58mn

Toscanini! - Carrefour de Lodéon - mardi 05 mars 2019

Homme de convictions musicales et politiques : illustrissime chef d'orchestre, Sénateur à vie; quelques-unes de ses interprétations (Sony Classical). Justin Taylor demain, et Maria Lettberg au Temple St-Marcel (6 & 13 mars 2019)

Toscanini! - Carrefour de Lodéon - mardi 05 mars 2019
Arturo Toscanini, chef d'orchestre, compositeur et violoncelliste, Sénateur à vie (25 mars 1867 - 16 janvier 1957), © Library of Congress - Bain Collection / via Wikimedia Commons

programmation musicale : 

Domenico Scarlatti,

Sonate kirkpatrick 141 (Longo 422). Allegro

Justin Taylor, clavecin
ALPHA ALPHA 399
titre du CD : Scarlatti et Ligeti – Continuum

concert de Justin Taylor, clavecin demain,
mercredi 06 mars 2019 à 20h
au Temple Saint-Marcel
(24 rue Pierre Nicole, 75005 Paris) 

au programme :
Domenico Scarlatti, Gÿorgy Ligeti, Antoine et Jean-Baptiste Forqueray, Stéphane Gassot
Renseignements / réservations : Saison des Nuits Oxygène

Alexandre Scriabine,

Sonate-Fantaisie en sol dièse mineur (1886)

Sonate en mi bémol  min (1887-1888) :
1er mouvement

Maria Lettberg, piano
C2 HAMBURG – ES DUR ES 2040 (+49 40 3990 9597)
titre du CD : Alexander & Julian Scriabin – Opus Posthum

Erkki Melartin (1875-1937),

Legend II, opus 12

Maria Lettberg, piano
CRYSTAL CLASSICS N 67 048 (coproduction Deutschland Radio / Capriccio)
titre du CD : Erkki Melartin – Solo Piano Works

concert de Maria Lettberg
mercredi 13 mars 2019 à 20h
au Temple Saint-Marcel  (24 rue Pierre Nicole, 75005 Paris) 

au programme :  Jean Sibelius, Erkki Melartin, Edvard Grieg
Renseignements / réservations : Saison des Nuits Oxygène

Robert Schumann,

3ème symphonie, « Rheinische » (Rhénane) :
1er mvt. Lebhaft
4ème mvt. Feierlich (Solennel) – 5ème mvt. Lebhaft (Vivant)

Carl Maria von Weber,

Ouverture d’Euryanthe

Hector Berlioz,

La Damnation de Faust : Marche hongroise (Marche de Rakoczy)

Johannes Brahms,

2ème symphonie, opus 73 : 1er mvt. Allegro non troppo

Richard Strauss,

Don Juan, opus 20

Samuel Barber,

Adagio pour cordes, arrangement du 2ème mvt. du quatuor à cordes opus 11

RCA RED SEAL – SONY CLASSICAL 88985376042 (20 CD)
titre du coffret : Arturo Toscanini – The Essential Recordings – 150th Anniversary Edition

Nadia Boulanger à propos d'Arturo Toscanini venu diriger à Paris

« La musique ne prend vie qu’au moment où elle est exécutée, où, selon l’expression de Strawinsky, elle est « transmise ». Elle est donc à la merci de l’interprète dont le suprême accomplissement est de s’effacer devant elle.

Ce que l’imagination la plus exigeante ose à peine espérer dans ce domaine, M. Toscanini le réalise dans toute sa perfection, avec une maîtrise, une conviction invincibles.

D’où vient ce pouvoir qui atteint l’aisance par la rigueur, la facilité par l’effort, la fraîcheur par une attention inflexible ? Par quelle grâce, ou par quelle vertu, ce pouvoir fait-il apparaître spontané, intuitif, ce que contrôlent, ordonnent une lucidité et une volonté sans cesse en éveil ?

Comment tant de présence d’esprit s’accorde-t-elle avec tant d’amour ?

Certes, les dons furent prodigués à Toscanini, mais le parti qu’il en a tiré tient simplement du prodige. Et là réside le secret de sa grandeur. Son oreille, son rythme, sa mémoire, sa sensibilité, son énergie, sont légendaires. Quelles qualités natives n’a-t-il pas reçues en partage ? 

S’est-il jamais complu dans la facilité qu’elles lui donnaient, dans le privilège qu’elles lui apportaient ? Le sentiment de la responsabilité domine sa longue et noble existence. Une conscience qui ne connaît pas le repos et ne tolère aucune faiblesse, qui ne pardonne ni n’oublie aucune faute et se juge sans cesse caractérise cette exemplaire vie d’artiste. 

C’est peut-être à sa conscience qu’Arturo Toscanini doit aussi son étonnante jeunesse, son constant renouvellement. Elle le tient toujours éveillé, se montrant rarement satisfaite, peu soucieuse au demeurant des résultats acquis, tendue vers ce qui va requérir un nouvel effort, sans jamais s’arrêter.

Il faut avoir vu M. Toscanini diriger une répétition pour comprendre les exigences de cette conscience qui a horreur du vague, met de l’ordre partout, et n’accepte pas un compromis. L’homme est là tout entier, concentré dans son oreille qui est toute attention. Rien ne peut le distraire, il est engagé dans l’œuvre dès l’instant qui précède la première note, jusqu’à l’instant qui suivra la dernière. Il voit, retient et anticipe tout. Un amour passionné l’inspire. Intégrité, dignité, pudeur, précision, clarté s’y confondent. L’œuvre fait loi ; l’aimer c’est la rendre dans toute son exactitude, n’avoir des moyens parfaits que pour la mieux servir, ne sertir ses détails que pour l’orner d’une manière exquise, mais discrète ; surtout, ne se permettre nulle liberté, nul excès, nulle intrusion personnelle. N’être jamais sûr de la réussite, connaître la peur. Comme Rodin, Toscanini pourrait dire : « Nous préparons des formes pour la beauté, mais nous ne savons jamais si elle viendra les habiter ».

Chacun sait ce qui résulte de ce travail patient, passionné que dirige l’humilité et conduit une technique sans limites : des exécutions d’une miraculeuse perfection, d’une splendeur indicible.

Certes, devant les hommes dont l’existence change la face du monde, écouter vaudrait mieux que parler. Il n’est pas question, ici, de l’oublier. Mais M. Toscanini revient à Paris pour la première fois après ces longues années, et je remercie « Spectateur » de me confier l’honneur d’exprimer publiquement le respect, l’admiration et la gratitude qui nous attachent tous à M. Arturo Toscanini. Je regrette seulement que ce petit papier ressemble si peu à l’hommage qu’il eût convenu de rendre à un si grand artiste. »

Nadia Boulanger, 18 juin 1946  in Spectateur

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