Dimanche 29 septembre 2019
1h

Table ronde : "L'opéra aujourd'hui" avec Francesco Filidei, Suzanne Giraud, Philippe Hersant et Yann Robin.

"Pourquoi continuer à écrire des opéras en 2019 ? Comment les écrire et comment trouver son public ? ?" telles sont les questions auxquelles Suzanne Gervais tente de répondre ce soir en compagnie des compositeurs et compositrice Francesco Filidei, Suzanne Giraud, Philippe Hersant et Yann Robin.

Table ronde : "L'opéra aujourd'hui" avec Francesco Filidei, Suzanne Giraud, Philippe Hersant et Yann Robin.
Philippe Hersant, Suzanne Giraud, Yann Robin et Francesco Filidei , © Talos Bucetalli, Edouard Bride, Stefan Brion

Considérée un temps, après la seconde guerre mondiale, comme une forme bourgeoise et élitiste, voire carrément réactionnaire, la grande forme lyrique fait un retour fracassant, depuis une vingtaine d’années, dans le cœur des compositeurs et des compositrices.

Désamour de l’opéra au lendemain de la deuxième guerre mondiale ?

Philippe Hersant : « J'ai commencé à composer en 1968, il y a donc 50 ans maintenant, à une époque où l'on disait que l'opéra était mort (...). Et en fait je constate quand même que tous les grands compositeurs de ces 100 dernières années ont écrit un opéra ou rêvé d'en écrire un (...) même Boulez a projeté d'écrire un opéra. Donc je ne pense pas que ce genre était mort, il a peut-être connu une période difficile, il a été accusé de tous les maux notamment effectivement d'être bourgeois et élitiste mais je crois qu'il a continué tout du long à fasciner et il y a une profusion d'opéras extraordinaires aux 20ème et 21ème siècles. »

L'opéra au 21ème siècle : état des lieux

En France cette saison douze opéras contemporains sont programmés dans les 34 salles qui programment de l’opéra que compte l’hexagone. Alors sur ces douze productions, certaines tournent dans plusieurs salles tout au long de l’année, sans compter les opéras contemporains pour enfants, nettement plus courts.

Sur ces douze productions, 4 sont des créations : 

  • L’Inondation de Francesco Filidei
  • Until the Lions de Thierry Pécou.
  • Macbeth Underworld de Pascal Dusapin,
  • Shirine de Thierry Escaich

Les opéras contemporains ne sont pas légion dans les programmations des grandes salles et des grands festivals.

Yann Robin : « 12 opéras, ça me semble toujours trop peu naturellement. Il y a un siècle il n'y avait que des créations. Trouver un bon équilibre entre ce qui fait le répertoire de l'opéra et la création serait un bon objectif »

Les compositrices, parents pauvres des programmations

Suzanne Giraud : « Ça ne m'étonne pas tellement. C'est malheureusement trop souvent le cas et il faut maintenant prendre le pli. Il y a eu un ouvrage qui a été récemment publié à ce propos par le CDMC (le Centre de Documentation de la musique contemporaine), et je crois qu'il faut maintenant prendre de nouvelles habitudes »

Mais on remarque tout de même un intérêt renouvelé à la fois pour la création...

Philippe Hersant : « Je suis assez étonné par ces chiffres qui sont meilleurs qu'ils n'ont été il y a quelques années. J'ai été longtemps au conseil d'administration de la SACD (à qui appartient le répertoire des opéras) et il y a eu des années vraiment creuses. Il est arrivé que des années s'écoulent sans que soit créé le moindre opéra sur une scène française. »

Et pour l'opéra plus généralement

Yann Robin : « Je vois de plus en plus naître d'opéras composés par des compositeurs de ma génération. Peut-être y a-t-il effectivement un nouvel engouement ? »

Ce renouveau de l'opéra au 21ème siècle serait-il lié au renouveau de la mise en scène ?

Francesco Filidei : « De nos jours, les rapports se sont inversés : il fût un temps où l'on ne faisait référence qu'aux noms des compositeurs, aujourd'hui lorsqu'on parle d'une production on évoque le nom du compositeur ET celui du metteur en scène. Le rôle du metteur en scène est désormais mis en évidence et cela a trait à l'importance majeure qu'a pris l'esthétique visuelle dans notre société actuelle »

Le processus de composition : un chemin sinueux

Ecrire un opéra : une expérience unique ?

Suzanne Giraud : « C'est certain que l'on a un vécu différent. (...) en composant on ne peut pas s'empêcher de penser à ce qui se passe sur scène et cela fait une grande différence, aussi bien sur le plan de l'imaginaire que sur le plan des contraintes de faisabilité »

Francesco Filidei « J'aurais beaucoup de mal à dire combien de temps j'ai mis à composer "L'inondation" parce qu'on passe par des phases différentes dans l'écriture mais le projet est né à peu près il y a 5 ans »

La commande, condition sine qua non pour se lancer dans la composition d'opéra?

Suzanne Giraud : « Le meilleur point de départ (...) c'est un directeur d'opéra qui passe une commande, à ce moment-là, les choses sont relativement faciles, mais il y a assez peu d'opportunités »

Francesco Filidei : « Et parfois même lorsqu'on a un contrat il se peut que l'opéra ne soit pas joué pour d'autres raisons, cela arrive assez souvent »

Philippe Hersant : « c'est compliqué d'avoir une commande et de plus en plus, les directeurs d'opéras arrivent avec un projet clef en main, un thème et un librettiste par exemple, qu'ils proposent au compositeur. Ça c'est un phénomène assez récent »

Le public

L'opéra fait-il peur ?

Suzanne Giraud : « Oui, le public a peur de l'opéra. Il y a régulièrement des enquêtes à vocation sociale qui montrent que toute une frange de la population ne se sent pas concernée. Il y a quelque chose à reconquérir à ce niveau-là »

Quel public pour l'opéra contemporain ?

Yann Robin : « Il est vraiment difficile, en tant que créateur, de se positionner par rapport à l'audience qui va recevoir l'opéra. Les gens sont tellement différents les uns des autres que l'accueil sera aléatoire »

Francesco Filidei : « J''essaie de composer ce que j'aimerais entendre si j'étais dans le public »

Philippe Hersant : « J'essaie de ne penser ni au public ni à la profession, j'essaie de faire mon travail du mieux possible »

Programmation musicale

Claude Debussy
Pelléas et Mélisande (Acte I Sc 1) : "Pourquoi pleures-tu ?"  
Maria Ewing (sorapno) Jose Van Dam (baryton-basse)
Orchestre Philharmonique de Vienne, Claudio Abbado (direction)

Francesco Filidei
L’Inondation (extrait de la Répétition Générale)

Leoš Janáček
De la maison des morts (Acte III) : Moderato
Orchestre Philharmonique de Vienne, Claudio Abbado (direction)

Yann Robin
Le Papillon noir

Hector Parra
Les Bienveillantes

Philippe Hersant
Tristia

Suzanne Giraud
Caravaggio (Acte II scène 6)

Pascal Dusapin
Passion

Meredith Monk
Atlas

Philippe Boesmans
Au Monde Scène 5
Orchestre symphonique de La Monnaie 

L'équipe de l'émission :