Dimanche 23 février 2020
1h

Steve Reich : le documentaire

Comment commence une œuvre de Steve Reich ? Par un rythme ou un motif mélodique. Des accords pulsés, des croches rapides, une énergie rythmique alimentée par les percussions... Ce soir, Laurent Vilarem vous plonge dans l'univers de Steve Reich, le documentariste de notre époque.

Steve Reich : le documentaire
Steve Reich en 2011 à New York, © Getty / Carolyn Cole

Enregistrer la réalité

Steve Reich se tient au plus près des évolutions musicales, technologiques, sociales ou politiques. Il parle de notre époque, témoigne des technologies, raconte l’histoire. Sa musique se veut un reflet fidèle de la réalité.

La musique de Steve Reich est un acte, un peu comme dans la Bible, on dit un mot et les phrases s’accomplissent. De la pulsation naît un texte.

Steve Reich est né en 1936. Et pour comprendre son œuvre, il faut revenir à ses débuts. Quand il commence à écrire dans les années 60, Boulez et Stockhausen sont les compositeurs dominants. Steve Reich étudie en Californie avec Luciano Berio mais rejette l’héritage européen du sérialisme car les œuvres sérielles bannissent la répétition, les rythmes périodiques et la tonalité. 

Steve Reich écoute du jazz, et plus tard du rock psychédélique, les musiques de son époque. L’orchestre renvoie pour lui au XIXe siècle, à l'époque romantique, à l’opéra ou au bel canto italien. 

Avec les disques, les instruments amplifiés et les micros, notre réalité musicale n’est pas celle de Mozart ou Wagner.

Pour lui, le microphone et les disques ont modifié en profondeur la musique. Il enregistre des sons réels, identifiables... le son des rues de New York

La voix, fenêtre de l'âme

Steve Reich s’intéresse à la mélodie de la voix parlée. Il appelle cela l’aspect documentaire de la voix. La musique doit suivre avec la plus grande exactitude la mélodie de la parole, celle que nous produisons tous inconsciemment lorsque nous parlons. Il y voit un portrait musical de la personne. 

Janacek parlait d'une « fenêtre musicale sur l’âme ».

Steve Reich ne triche pas, : il ne s’agit pas de faire appel à des chanteurs mais à des gens qui témoignent de leur propre expérience. La mélodie de leurs voix est l’expression des événements qu’ils ont traversés.

D’un point de vue humain, il a laissé un témoignage inoubliable : Daniel Variations.

Daniel Pearl était un journaliste américain décapité au Pakistan en 2002 par les membres d’Al Quaida. Le chœur chante les paroles prononcées par Daniel Pearl alors que ses geôliers le filmaient : "My name is Daniel Pearl".

Dans la tradition juive, les noms sont révélateurs de la personnalité. Ainsi, c'est comme s’il existait deux Daniel Pearl : celui qui a été assassiné, et celui qui vit encore dans la musique.  

Et comment se termine une oeuvre de Steve Reich ? Souvent par la lumière. Les rythmes s’accélèrent et les tonalités s’envolent.

Nous vivons et nous mourrons sur une sorte de navire. Et dans mon esprit, la musique descend comme un navire de lumière dans un couloir noir interminable, préservant sa flamme.

Les héritiers 

L'univers de Steve Reich a inspiré la musique pop. Lui-même s’est toujours intéressé aux musiciens rock et électro d'aujourd’hui, qui le lui ont bien rendu !

Par exemple, le DJ Para One dans la bande originale du film Bande de Filles de Céline Sciamma...

Week-end Steve Reich à la Philharmonie

Les 7 et 8 mars 2020, la Philharmonie de Paris propose un week-end entier consacré à la musique de Steve Reich. Conférences, ateliers et concerts, avec en point d’orgue, la création française d'une œuvre vaste, née de la rencontre entre le compositeur et le peintre allemand Gerhard Richter.

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