Dimanche 22 novembre 2020
1h

Quatre œuvres du confinement

Projets avortés, réadaptations et œuvres créées en forme de résistance au vide et à la morosité, les compositeurs ont trouvé, chacun à leur façon, une réponse intérieure à cette période si particulière que fut le premier confinement. Petit tour d’horizon par Thomas Vergracht.

Quatre œuvres du confinement
La création contemporaine au temps du Covid : Camille Pépin, Matthias Pintscher, Francesco Filidei, Yann Robin

Camille Pépin (1990)

Camille Pépin aime l’orchestre. A la folie passionnément on pourrait dire. Et cela s’entend, immédiatement. 

Née en 1990, elle s’affranchit des diktats pour écrire une musique virevoltante, pop acidulée et puissamment colorée. Malgré son jeune âge, Camille Pépin montre une maîtrise technique ébouriffante, au sein d’un langage où l’on sent à la fois l’influence des maîtres américains Steve Reich et John Adams, ainsi que celle de l’école française guidée par Thierry Escaich et Guillaume Connesson, deux compositeurs avec lesquels elle a étudié. 

La compositrice avait prévu de longue date d’écrire une œuvre pour un ensemble d’une quinzaine de musiciens, qui devrait ouvrir la saison 2020-21 de l’Orchestre Philharmonique de Radio-France. Composée pendant ce printemps si particulier, l’œuvre est comme un appel vers l’extérieur. Son titre : Avant les clartés de l’aurore.

Camille Pépin
Avant les clartés de l’aurore
Orchestre Philharmonique de Radio-France, Mikko Franck (direction)

Camille Pépin
The Sound Of Trees : Entêtant, tournoyant, hypnotique
Yann Levionnois, Julien Hervé, Orchestre de Picardie, Arie Van Beek (direction)

Igor Stravinsky
Petrouchka : La Foire du Mardi Gras
New-York Philharmonic, Pierre Boulez (direction)

Steve Reich
Music for 18 Musicians : Section VI
Ensemble Signal, Brad Lubman (direction)

Matthias Pintscher (1971)

Il est un des musiciens les plus actifs du circuit, slalomant d’ordinaire entre New-York où il réside, Paris, où il n’est rien de moins que directeur musical de l’Ensemble Intercontemporain, et toutes les autres villes du monde où il dirige inlassablement tous les répertoires, de la musique contemporaine aux symphonies de Bruckner et Mendelssohn, en passant par ses chers Claude Debussy et Maurice Ravel. 

Matthias Pintscher est un spécialiste du timbre, maniant avec une adresse confondante les sonorités.

Dans ces derniers mois de printemps, le pianiste et chef d’orchestre Daniel Barenboim lui demande d’écrire une nouvelle œuvre, à destination d’un festival de création musicale qui sera retransmis uniquement sur internet début juillet. Le compositeur saute sur l’occasion pour écrire une nouvelle œuvre dont la seule contrainte sera que les instrumentistes (covid oblige) devront être relativement espacés sur scène.  

Il décide de réutiliser une partie du matériau qu’il avait composé pour une œuvre de flûte seule quelques années auparavant. Beyond (Au-delà). Mais surtout, depuis longtemps, il souhaite écrire une pièce de musique de chambre qui revisiterait le célèbre Trio pour flûte, alto et harpe de Claude Debussy

Dans son trio Beyond II Bridge Over Trouble Waters, Pintscher distille une ambiance comme il les aime : immatérielle, dans l’éther.

Matthias Pintscher
Beyond II (Bridge Over Trouble Waters)
Sophie Cherrier (flûte), Valeria Kafelnikov (harpe), John Stulz (alto)

Matthias Pintscher
Herodiade-Fragmente
Claudia Baainsky, NDR Sinfonieorchester, Christophe Eschenbach (direction)

Claude Debussy
Trio pour flûte, alto et harpe : I. Pastorale – lento, dolce rubato
Emmanuel Pahud (flûte), Gérard Caussé (alto), Marie-Pierre Langlamet (harpe)

Simon & Garfunkel
Bridge Over Troubled Water

Nanae Yoshimura
Rokudan

Francesco Filidei (1973)

Compositeur italien et désormais parisien d’adoption, Francesco Filidei est un des génies de notre époque. Son style fait d’alliage détonnant de citations, de collages, mais aussi d’une poésie unique qui va parfois jusqu’à atteindre des sommets de tissus impalpables, le place parmi les créateurs les plus remarquables de notre temps.

L’univers de Francesco Filidei se nourri d’un humour ravageur et absurde, presque burlesque, mais c’est aussi un univers capable de moments où le temps semble comme suspendu à un fil. 

A la demande d’un projet déconfiné de l’Ensemble Intercontemporain, qui consistait en plusieurs courtes pièces commandées à un certain nombre de compositeurs, et créés par vidéo depuis le Théâtre du Châtelet à Paris, Filidei écrit une courte pièce de 4min, destiné à un ensemble de…7 rouleaux de papier toilette ! On est en plein héritage du happening, de Berio, de l’humour caustique qu’apprécient certains de se compatriotes italiens de la même génération, on pense particulièrement à Mauro Lanza.

L’œuvre consiste en un battement de cœur stylisé, imperturbable dans sa matrice rythmique, mais aussi « polluée » par nombre d’évènements et de sons plus ou moins improbables. Et comme si cela ne suffisait pas, l’œuvre s’intitule tout simplement…Love Story….

Francesco Filidei
Killing Bach
Orchestre de la SWR, François-Xavier Roth (direction)

Francesco Filidei
Giordano Bruno : Scène 4 : Philosophie II – Les Quatre Eléments
Lionel Peintre (baryton), Les Métaboles, Ensemble Remix, Peter Rundel (direction)

Francesco Filidei
Love Story
Ensemble Intercontemporain

Yann Robin (1974)

Le compositeur français Yann Robin, est une des voix les plus singulières du paysage contemporain. Avec ses collègues Franck Bedrossian et Raphaël Cendo, il est l'un des mousquetaires de la saturation, ce courant esthétique apparu dans les années 2010.

Saturer le son de l’intérieur, le diffracter à l’extrême pour en extraire la quintessence sauvage, l’aspect brut, le tout dans une pulsation jouissive héritée du jazz, c’est de cette manière que l’on pourrait décrire le métal en fusion qui sort de forge créatrice de Yann Robin.

Pendant le confinement, le compositeur entame l’écriture d’un cycle un peu improbable. Lui le poète des sons fendus et des bois joués avec la gorge se met à écrire…des Etudes pour piano.

Avec ces deux études composées au printemps, spécialement pour le pianiste Bertrand Chamayou, le compositeur se lance le défi d’entamer un cycle de 12 études pour piano.

Yann Robin
Art of Metal III
Alain Billard (clarinette contrebasse)
Ensemble Intercontemporain, Susanna Mälkki (direction)

Yann Robin
Etude n°1 : Les Agrégats
Bertrand Chamayou (piano)

György Ligeti
Etude n°1 : Désordre
Pierre-Laurent Aimard (piano)

Yann Robin
Etude n°2 : Arachné
Bertrand Chamayou (piano)

The Clayton Brothers
Walking Bass

Maurice Ravel
Concerto pour la main gauche
Samson François (piano)
Orchestre de la Société des Conservatoires, André Cluytens (direction)

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