Dimanche 8 mars 2015
1h 19mn

Les pleurs et la colère : poésie chantée des Amharas d’Éthiopie

Dans le Nord de Éthiopie, de part et d’autre de la vallée du Nil Bleu dans la région du Godgam, les bergers Amharas qui évoluent dans les pâturages des haut-plateaux chantent la solitude et la tristesse autant que la vengeance. Nous recevons à cette occasion l'ethnomusicologue Katell Morand pour nous parler de cet univers.

Ce carnet de voyage nous emmène dans les Haut-plateaux Amhara d’Éthiopie, et plus précisément sur les bords du Nil Bleu, dans la région du Godgam, au cœur de l’ancien royaume chrétien d’Abyssinie. En forêt ou dans les fêtes de villages, la poésie chantée, à la fois intime et conflictuelle, y est un art risqué des émotions.

Les azmaris

Les azmaris sont des musiciens professionnels itinérants. On les rencontre presque partout en ville ou dans les bourgades rurales et ce sont les premiers musiciens que l’on trouvera sur son chemin lorsque l’on part à la rencontre des musiques éthiopiennes. Issus d’une caste, autrefois liés au pouvoir royal et aux seigneurs locaux dont ils chantaient les louanges, ils connaissent aujourd’hui un regain de popularité. Caustiques, ils manient avec brio des mots adaptés à l’audience et au moment, et voilent pour le plus grand plaisir de leur auditoire l’insulte sous les éloges.

► Katell Morand

Katell Morand ©DR
Katell Morand ©DR

Axes de recherche: La thèse de Katell Morand porte sur une pratique musicale de solitude (tezeta) chez les paysans Amharas du Gojjam. Ces performances sans auditeurs ni destinataires apparents provoquent chez les musiciens des sentiments intenses et des souvenirs d'événements sociaux impliquant des personnes proches ou des ennemis, les conflits et la politique locale, la joie d'être ensemble ou la perte des êtres aimés.
Cette thèse pose donc la question de l'association entre musique et événements du passé personnel ; celle de l'importance des émotions dans cette association ; et enfin celle de l''apprentissage d'une telle pratique (cette dernière préoccupation rejoignant par ailleurs ses travaux de DEA sur l'apprentissage du chant jazz).
(Source : Centre de Recherche en Ethnomusicologie)

► Lire, voir, entendre Katell Morand

Morand, Katell (2013), « En forêt, la musique : entre inquiétude et sentiment d’intimité », Etnográfica 17 (3): 561-579. Morand, Katell (2012), « Mélodies pleurées, paroles à attraper : les chants d’әngurguro dans des funérailles éthiopiennes », Cahiers de littérature orale n° 69 : 57-78

Morand, Katell (2010), « Vaine existence : entre deux genres, ou les effets d’un poème chanté », in C. Calame, F. Dupont, B. Lortat-Jacob et M. Manca, La voix actée. Pour une nouvelle ethnopoétique, Kimè, Paris: 23-41.

Pour en savoir plus, c'est ICI

► Le fil musical de l'émission

Funérailles ©Katell Morand
Funérailles ©Katell Morand

Musique traditionnelle d'Ethiopie (Ahmaras)
Ambassel (extrait)
Admassou Abate et Tigist Assefa
(Buda Musique 82289 - Collection Ethiopiques 2 : Tètchawèt ! Azmaris urbains des années 90)

Washǝnt (Flûte de bambou)

• Chant « pour soi » à l’enclos de nuit (poésie chantée qärärto et ǝngurguro )

• Chant pour soi, jeune femme filant le coton (ǝngurguro )

• Joute de poésie chantée lors d’une fête familiale (qärärto)

• Poésie déclamée fukkära

Ayal Bäyal. Soliste et chœur, lors d’une fête familiale (chant de type zäfän )

• Chants d’ǝngurguro aux funérailles d’un jeune homme

Lulu, jeu vocal des enfants

Qärärto, enfant

Tezeta
Mahmoud Ahmed
(Buda Musique 82980 - Collection Ethiopiques 7, Erè mèla mèla )

(A l’exception des première et dernière musiques (morceaux issus de Cds), les noms des chanteurs/chanteuses ne sont pas donnés afin de protéger leur anonymat.)

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