Samedi 6 février 2021
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Le choral comme arme de séduction massive

Le choral comme arme de séduction massive : où il est question du Capitaine Cook faisant découvrir aux polynésien la polyphonie qui se métissera aux traditions orales pour donner naissance au Imene.

Le choral comme arme de séduction massive
Danse traditionnelle, Tahiti, 9 février 2016, © Getty / De Agostini

Saskia de Ville : Marc-Olivier, nous partons loin, ce matin…

Marc-Olivier Dupin : Oui, en Polynésie où le chant est une pratique répandue, comme dans toutes les sociétés restées proches de leurs traditions orales. Nous allons en particulier nous intéresser à une forme ancienne et très particulière, le Imene

Saskia de Ville : Dites-nous en davantage, Marc-Olivier

Marc-Olivier Dupin : Cette version à deux voix de femmes est plutôt « occidentalisée » bien qu’elle ait été enregistrée en Polynésie.

Saskia de Ville : Mais n’est-ce pas le problème de ces musiques de tradition orale, qui perdent leur couleur d’origine avec le temps et l’utilisation qui en est faite ?

Marc-Olivier Dupin : Oui, c’est un problème. De la conservation patrimoniale que réalisent les ethnomusicologues en enregistrant des chants authentiques à la variété internationale, il n’y a qu’un pas. Le fossé se creuse et devient un abime…     

Saskia de Ville : Alors, d’où vient le Imene polynésien ?

Marc-Olivier Dupin : Le terme vient de l’anglais Hymn, un chant liturgique. L’origine du Imene polynésien est bien singulière. Il a une longue histoire : 

Le chant polyphonique occidental aurait été introduit en Polynésie par le Capitaine Cook et les missionnaires anglais, au 18ème siècle. Voici l’extrait d’un Psaume que les polynésiens ont peut-être entendu :

Saskia de Ville : Et quel rôle a joué cette musique dans la rencontre de Cook avec les polynésiens ? 

Marc-Olivier Dupin : Les polynésiens étant un peuple extraordinairement musicien, on sait qu’ils ont été séduits par cette musique dont les colonisateurs anglais se sont servis comme outil de conquête dans tous les sens du mot. Ainsi ces polyphonies occidentales se sont métissées avec la tradition orale polynésienne, pour donner les Imene. Le langage s’en est grandement éloigné du choral luthérien, au moins sur deux points : la scansion est beaucoup plus rythmique et allante, par ailleurs le langage harmonique n’est plus tonal mais construit sur un mode fixe. 

Ce qu’on retrouve de la musique européenne Renaissance et Baroque, c’est l’extraordinaire richesse polyphonique :  le Imene est peut-être la plus polyphonique de toutes les musiques vocales de tradition orale avec des mélanges jusqu’à six voix !

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