Samedi 25 avril 2015
10 min

"Sienne, aux origines de la Renaissance" au Musée des Beaux-Arts de Rouen

Ce matin, Sabine Gignoux vous propose une balade italienne, dans la ville de Sienne aux XIVe et XVe siècles.

Quand on parle d’art italien, on pense inévitablement à Florence, à Rome, à Venise, on connaît moins l’école siennoise. La dernière exposition qui lui a été consacrée en France remonte à plus de 30 ans. Alors ne manquez pas le rendez-vous du musée des Beaux-Arts de Rouen qui présente 60 peintures venues en majorité de la pinacothèque nationale de Sienne. Ces œuvres sur panneaux de bois sont fragiles et voyagent rarement.

Le premier grand maître de cette école siennoise, c’est Duccio…

C’est lui qui, à la fin du XIIIe siècle, va émanciper la peinture siennoise du modèle très hiératique, très figé de l’icône. L’exposition de Rouen montre, par exemple, un retable portatif où Duccio a gardé les fonds d’or typiques de la tradition byzantine. Mais ses personnages expriment des sentiments, comme la douleur ou la tendresse, d’une manière tout à fait nouvelle. Le grand chef d’œuvre de Duccio, vous ne le verrez pas à Rouen, il faut aller l’admirer à Sienne : c’est la Maesta, c’est-à-dire la Vierge en majesté, peinte pour le maître autel de la cathédrale. En 1311, pour son inauguration, ce retable de 4 mètres et demi de large a été porté en procession par tous les habitants de Sienne, tandis que les cloches sonnaient à toute volée… Et on comprend pourquoi cette oeuvre a tellement fasciné ses contemporains. On y voit la Vierge trôner au milieu d’une foule d’anges et de saints et tout autour, et même au revers, de petites scènes racontent sa vie et la Passion du Christ. C’est une bande dessinée extraordinairement vivante, avec des détails empruntés à la vie quotidienne, comme l’apôtre Pierre qui se chauffe les orteils à un bon feu. Cet art narratif va devenir la marque des peintres de Sienne. Duccio a formé des élèves brillants comme Simone Martini ou les frères Lorenzetti qui vont marier le raffinement du gothique, les couleurs précieuses, les fonds d’or, les lignes sinueuses, avec un certain naturalisme. Le musée des beaux-Arts de Rouen montre, par exemple, une Vierge à l’enfant très touchante, peinte par Ambroggio Lorenzetti, où le Christ fronce les sourcils et passe son bras potelé autour du cou de sa mère pour se cramponner à son voile, tandis qu’il tient de l’autre main, l’aile d’un chardonneret, un oiseau dont la tête rouge symbolise la Passion, la crucifixion.

Ambroggio Lorenzetti - Vierge à l’enfant
Ambroggio Lorenzetti - Vierge à l’enfant

Il est intéressant de savoir que cette école est née dans un contexte politique original : le gouvernement des neuf. Sienne était en effet gérée à l’époque par neuf citoyens élus parmi le peuple, toutes les neuf semaines, ce qui permettaient une rotation assez démocratique du pouvoir. Au XIIIe siècle plusieurs cités italiennes du Centre et du Nord, comme Milan ou Pise, avaient eu ce genre de gouvernement autonome avant de retomber sous la coupe de seigneurs. Et c’est d’ailleurs parce que la commune de Sienne se sentait elle aussi fragile et menacée que ses élus ont passé de grandes commandes artistiques pour assurer, en somme, leur propagande. La plus célèbre, c’est la fresque du bon et du mauvais gouvernement peinte dans le palais communal. Elle représente d’un côté une ville et sa campagne en guerre, avec des maisons en ruines ou incendiées, des hommes et des femmes violentés. Puis un cortège de conseillers inspirés par la Justice, la Concorde, la Paix, guident notre regard vers le mur opposé où l’on découvre une cité prospère, des citoyens qui échangent, discutent et dansent en liberté. Alors évidemment cette fresque ne voyage pas. Mais le musée des beaux-Arts de Rouen en présente une reproduction à grande échelle qui permet de goûter toute la profusion de détails et d’anecdotes, qui font le charme de la peinture siennoise…

Cette école va prospérer jusqu’à la fin du XVe siècle

Il y a une grande coupure en 1348, avec la peste noire qui décime la moitié de la population de la ville dont Ambroggio Lorenzetti, l’auteur de la fresque du bon et du mauvais gouvernement. De nombreux chantiers se sont arrêtés, comme celui de la cathédrale, restée inachevée. Puis des artistes comme Sano di Pietro ou Sassetta, que l’on voit dans l’exposition de Rouen, ont repris le flambeau. Sienne, située sur la route des pélerins qui descendaient de l’Europe du Nord vers Rome, a produit notamment beaucoup de petits retables portatifs. Mais en 1555, la ville est tombée sous la coupe de Florence. Et toute son école de peinture si originale a alors sombré dans l’oubli.

♫ EXTRAITS

Anonyme - Movens Igitur Abraham
Katarina Livljanic
ARNA A 319

Anonyme - Chansoneta tedesca
Anima Mundi consort
TCTU TC 300002


Exposition : Sienne, aux origines de la Renaissance
Musée des Beaux-Arts de Rouen
21 Mars 2015 - 17 Août 2015

Renseignements sur le site du Musée

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