Samedi 17 mai 2014
9 min

Martial Raysse à Beaubourg

Savez-vous quel est l’artiste français vivant le plus cher au monde, au coude-à-coude avec Soulages ? C’est Martial Raysse dont un tableau des années pop s’est vendu en 2011 4,9 millions d’euros. Il est peu connu du grand public parce que ce peintre surdoué a choisi, en 1970, en pleine gloire, de se retirer et de changer de style, avec à la clé une vraie traversée du désert. Le Centre Pompidou lui consacre aujourd’hui une rétrospective.

Par Sabine Gignoux du Journal La Croix

raysse
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On retrouve dans ses premières œuvres, toute la fraîcheur, l’euphorie des sixties. Martial Raysse est né en 1936, près de Nice. Il a connu là-bas, Yves Klein, Ben, Arman et la bande de ceux qu’on a appelés en France les Nouveaux réalistes. Des artistes qui vont s’emparer de tous les produits de la société de consommation. Martial Raysse, par exemple, s’inspire des images de la publicité ou des cartes postales de tableaux anciens, pour créer de formidables portraits de pin-up, à partir de photos agrandies, qu’il rehausse de couleurs acidulées : orange et vert pomme. Martial Raysse d’ailleurs a été repéré très tôt, dès 1962, par Alexander Iolas, un grand galeriste de New York. Il va même s’installer pendant cinq ans à Los Angeles. Il est proche du Pop art américain. Mais il a une inventivité, un esprit d’enfant joueur, tout-à-fait original. Dans ses peintures, il s’amuse à sortir du cadre, ou à coller des accessoires, trouvés dans les grands magasins : une houppette rose, une fleur en plastique, une enseigne lumineuse en néon. Il projette aussi des films dans ses tableaux. Il assemble des objets et des néons dans des sculptures joyeuses. En 1962, il expose même une plage entière, comme en clin d’œil à sa jeunesse niçoise, avec du vrai sable, des peintures de pin-up grandeur nature, des bouées en plastique...

tableau martial raysse
tableau martial raysse

Ce qui est assez poignant dans cette exposition consacrée à Martial Raysse, c’est qu’il y a une vraie rupture à mi-parcours. On passe de salles jubilatoires, à des œuvres soudain grinçantes ou mélancoliques. Tout bascule après 68 : le peintre est rentré à Paris pour participer aux événements. Puis vient la désillusion. Il réalise un long métrage sur l’histoire d’une communauté qui cherche le paradis et va trouver l’enfer puis se retire à la campagne. Le milieu de l’art ne comprend pas du tout qu’il abandonne ses couleurs vives et ses pin-up, pour revenir à des thèmes classiques, mythologiques et des tons gris, kakis, un peu sales… Martial Raysse prend des risques. Il fait même de vrais ratages comme avec ce triptyque sur la Tentation de Saint Antoine dans lequel la tentatrice a un visage en relief en papier mâché. Il a été peint pour une chapelle du Var, mais les habitants seront tellement effrayés qu’ils n’en voudront pas. En revanche, un collectionneur célèbre, François Pinault, va commencer à lui acheter de grands tableaux assez étranges et fascinants où l’on voit des personnages masqués, des filles aguicheuses et des enfants juchés sur une estrade de théâtre, comme en souvenir du carnaval de Nice. C’est la Comédie humaine vue par Martial Raysse. Un monde artificiel, où règne la séduction, la tromperie. Pas si éloigné au fond des vitrines qui le fascinait à ses débuts.

Martial Raysse - Le carnaval à Périgueux, 1992
Martial Raysse - Le carnaval à Périgueux, 1992

Extraits :

Boris Vian / Alain Goraguer - Complainte du Progrès
Boris Vian avec Jimmy Walter et son ensemble
MERC 536 164-2

The Cadillacs - Speedo
Titre issu de la compilation Raysse Beach
ISAN CD INS 5059


Exposition Martial Raysse - Rétrospective 1960 - 2014
Du 14 mai 2014 au 22 septembre 2014
Centre Pompidou
Place Georges-Pompidou – Paris 4e
75191 Paris cedex 04

Renseignements au 01 44 78 12 33
ou sur le site du Centre Pompidou

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