Samedi 30 mai 2015
12 min

Le vitrail exposé à la Cité de l’architecture et du patrimoine

Sabine Gignoux nous parle ce matin d’un art rarement montré dans les musées et pourtant bien vivant : le vitrail.

Une exposition à la Cité de l’architecture et du patrimoine, place du Trocadéro à Paris, fait le point sur les créations de vitraux en France depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Et le résultat est à la fois éclectique et assez impressionnant. Depuis 1945, environ 1300 monuments historiques - principalement des églises - ont été dotés de nouveaux vitraux, dont plus d’une dizaine de cathédrales. Avec toutes ces créations, la France reste la championne d’Europe du vitrail, devant des pays comme l’Allemagne, la Suisse ou la Belgique, même si nous avons perdu beaucoup d’ateliers de maîtres-verriers. La grande époque des verrières art nouveau et art déco qui ornaient les banques ou les grands magasins est révolue. Depuis la seconde guerre mondiale, le vitrail, a quasiment disparu des architectures civiles. En revanche, les églises, elles se sont ouvertes à des créations contemporaines parfois très originales.

Et cela s’explique comment ?

Il y a eu, bien avant le concile Vatican II, des religieux soucieux de réconcilier l’Eglise avec l’art moderne, dont elle s’était un peu coupée. Le père Couturier, un dominicain, par exemple. Après guerre, pour la nouvelle église du plateau d’Assy en Haute-Savoie, il n’a pas hésité à passer des commandes à Fernand Léger, à Georges Braque, à Matisse et d’autres. Avec cet argument imparable : « mieux vaut des génies sans la foi, que des croyants sans talents ». Même s’il y a eu des débats assez vifs au sein de l’Eglise, il a ouvert une voie et d’autres projets audacieux ont suivi : l’église de Ronchamp commandée à Le Corbusier, la chapelle du Rosaire à Vence décorée par Matisse, des vitraux confiés à des artistes abstraits comme Manessier ou Bazaine. En 1953, à Metz, l’architecte en chef des monuments historiques Robert Renard a même pris la liberté de commander des vitraux contemporains pour la cathédrale, contre l’avis de sa hiérarchie. Le ministre a découvert dans la presse que l’Etat, affectataire du monument avait passé une commande à Chagall !

Quel renouveau pour les vitraux dans les églises après la Seconde guerre mondiale ?

Il y a eu une première série de commandes liées à la reconstruction. Puis, une nouvelle vague à partir de 1982 avec la création au ministère de la culture d’une Direction des arts plastiques. Jack Lang était très partisan d’inviter l’art contemporain dans les monuments historiques. Et l’Etat a sollicité à l’époque de nombreux artistes pour des créations prestigieuses de vitraux dans des cathédrales ou des abbatiales comme Conques, confiée à Pierre Soulages. Une réussite de l’avis général. Mais il y a eu des cas plus contestés. Celui de la cathédrale de Nevers, par exemple. François Mitterrand, ancien député de la Nièvre, voulait en faire un chantier de grande ampleur. Trente-quatre artistes dont des stars internationales comme Frank Stella ou Joan Mitchell ont été consultés. Puis plusieurs d’entre eux ont fait défection. L’évêque a refusé aussi un projet. Et finalement seuls cinq créateurs français ont livré des œuvres en 2011, avec un résultat au total assez disparate. Si bien que l’Etat choisit aujourd’hui plutôt de ne faire plutôt intervenir qu’un artiste par édifice.

Parlons de créations étonnantes…

L’exposition de la Cité de l’architecture présente 135 dessins, cartons, vitraux d’essai ou répliques, qui montrent la très grande variété des réalisations. Certaines sont figuratives, d’autres abstraites avec parfois de vraies innovations techniques. Par exemple, dans l’église du souvenir à Berlin, Gabriel Loire, a ressuscité en 1961 le fameux bleu vibrant de Chartres en juxtaposant deux murs de dalles de verre ! Au prieuré de Salagon en Haute-Provence, Aurélie Nemours a osé des vitraux rouge incandescents, comme de la braise, avec les verres au sélénium que la SNCF utilise pour ses feux de signalisation. Autre exemple : à Villeneuve-lès Maguelone, l’artiste américain Bob Morris, a créé, lui des vitraux en forme de vagues, en écho à la méditerranée toute proche. A Saint-Gildas-des Bois en Loire-Atlantique, un saint invoqué pour les maladies mentales, l’artiste Pascal Convert a fait apparaître en creux sur les fenêtres les fantômes d’enfants aliénés jadis photographiés par un médecin. A chaque fois, des maîtres verriers talentueux, comme les ateliers Duchemin, Fleury ou d’autres, ont aidé les artistes à traduire leurs rêves dans le verre.

Jusqu’au 21 septembre 2015.

Renseignements sur le site de la Cité de l'Architecture et du Patrimoine


♫ EXTRAITS

Jean-Louis Florenz - Laudes opus 5
Pleurs de la Vierge
Ensemble orchestral de Paris
Ensemble vocal Michel Piquyemal
Armin Jordan, direction
ERATO 22924543227

Philippe Hersant - Vêpres de la Vierge Marie
Ave Maria Stella
Maitrise de Notre Dame de Paris
Les Sacqueboutiers
Lionel Sow, direction
MSNDP 004

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