Samedi 20 décembre 2014
10 min

Le sculpteur Giuseppe Penone au Musée de Grenoble

Ce matin, Cécile Jaurès nous emmène au Musée de Grenoble, qui consacre une belle exposition au sculpteur italien Giuseppe Penone.

Le sculpteur Giuseppe Penone au Musée de Grenoble
Le sculpteur italien Giuseppe Penone parmi ses oeuvres exposées au Musée de Grenoble, le 21 novembre 2014 - AFP

Cet hiver, c’est amusant : deux artistes à l’opposé l’un de l’autre sont à l’affiche. À Paris, ça n’a pas pu vous échapper, leCentre Georges Pompidou célèbre la superstar du marché de l’art, Jeff Koons. Le défilé de ses baudruches clinquantes bat des records de fréquentation. À mille lieues de ce triomphe du «bling-bling», le musée de Grenoble rend hommage à une sorte d’anti-Koons : Giuseppe Penone, un tenant de l’«Arte Povera», vous savez, ce courant né au milieu des années 60. En réaction à la société de consommation, des artistes italiens prônaient le retour à des matériaux originels, rudimentaires, «pauvres» en somme.

Giuseppe Penone avait alors une vingtaine d’années. Né dans un petit village des Alpes, Garessio, dans le Piémont, il vient d’une famille de paysans. Enfant, il a passé de longues heures dans les bois de châtaigniers, qui entouraient la maison familiale. Cette proximité avec la nature nourrit aujourd’hui son œuvre. Il a pourtant failli devenir comptable : il avait entamé des études en ce sens avant de bifurquer. Il entre à l’école des Beaux-arts de Turin en 1965. Mais il se sent très vite à l’étroit dans cet univers codifié.

Dès ses débuts, il construit une œuvre en étroite relation avec la nature. Le sculpteur tisse une sorte de dialogue avec les éléments naturels : la forêt, les pierres, la rivière… En 1969, par exemple, il commence ce qu’il appelle son «travail sur les arbres». Il creuse une poutre jusqu’à un cerne de croissance précis. Apparaît alors, au cœur du bois, un tronc effilé, porteur de petites branches. Comme dans une machine à remonter le temps, il retrouve l’arbre dans la poutre et lui offre une seconde jeunesse. Guy Tosatto, le directeur du musée de Grenoble, fait remarquer qu’il «inverse le mouvement classique qui va de la nature vers la culture».

Penone reprendra ce geste de nombreuses fois par la suite et compose même un groupe d’arbres qu’il expose ponctuellement sous le titre «Répéter la forêt». Cette œuvre clôt magnifiquement l’exposition grenobloise. Cette exposition n’a rien d’une rétrospective classique, comme celle organisée par le Centre Pompidou il y a tout juste dix ans. Cette fois, l’artiste a eu carte blanche pour créer un parcours intuitif, sensible, libéré de toute chronologie. On y retrouve les fondamentaux de son œuvre : le toucher, la peau, le souffle, le chant de la nature … Penone peut faire des tableaux avec des milliers d’épines d’acacia, tapisser les murs avec des feuilles de thé odorantes. C’est un alchimiste qui change la sève des arbres en or liquide, ou qui donne vie à un bloc de marbre en en révélant les veines, qu’on croirait voir palpiter sous nos yeux.

Giuseppe Penone a littéralement métamorphosé le musée de Grenoble. C’est toujours un pari d’enfermer un artiste comme Penone entre les quatre murs d’un musée. Son œuvre se déploie si bien en extérieur, où elle entre en résonnance avec la nature qui l’inspire. On l’a vu récemment au domaine de Chaumont-sur-Loire en 2012. Ou au château de Versailles l’année dernière, où le sculpteur a fait pousser des arbres en bronze dans le bosquet de l’étoile. À Grenoble, le montagnard piémontais n’a pas hésité à abattre cloisons et faux plafonds, pour modifier les volumes ou faire entrer la lumière naturelle. Il a, en somme, forgé un écrin à sa mesure.
Avant chaque salle, des dessins d’une grande délicatesse, souvent inédits, nous permettent d’entrevoir le processus de création de l’artiste. Ils sont parfois accompagnés de textes, de petits poèmes en prose qui, dit-il, «l’aident à penser». Au fil des décennies, le sculpteur italien a inventé un langage poétique subtil où s’entremêlent le règne animal, végétal et minéral. Pour lui, l’homme, la nature, l’univers forment un tout, indissociable.

Penone aime brouiller les sens du visiteur. Il crée des hybridations aussi étranges que belles. Dans ses «Germinations», exposées pour la première fois en France, des doigts et des mains jaillissent des branches comme autant de bourgeons ou de fleurs. Plus loin, c’est l’ambiguïté entre le végétal et le minéral qui intrigue : dans «Frontières indistinctes», une autre œuvre inédite, des troncs coupés semblent recouverts d’une élégante peau de marbre. En réalité, la présence de l’arbre n’est qu’une illusion, donnée par un disque en bronze qui est collé au sommet du tronc de marbre et qui reproduit parfaitement tous les cernes du végétal. Penone est un formidable magicien.

♫ EXTRAITS

Arvo Pärt - Für Anna Maria
Jeroen Van Veen, piano
BRILLC 94775

Luciano Berio - Sinfonia III
In ruhig fliessender Bewegung
Elektric Phoenix
Orchestre Royal du Concertgebouw d’amsterdam
Riccardo Chailly, direction
DECCA 425832-2


EXPOSITION Giuseppe Penone
Musée de Grenoble
Jusqu’au 22 février 2015

Renseignements sur le site du musée

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