Samedi 18 avril 2015
18 min

La rétrospective Pierre Bonnard au musée d’Orsay à Paris

Cela vous dit ce matin une balade au milieu des mimosas et des amandiers en fleurs ? Sabine Gignoux nous emmène chez Pierre Bonnard, ou plutôt, au musée d’Orsay à Paris qui lui consacre une grande rétrospective.

Vous allez me dire : encore Bonnard ! C’est vrai, la dernière rétrospective de ses œuvres au musée d’art moderne de la ville de Paris remonte à moins de dix ans. Depuis, il y a eu l’ouverture d’un musée Bonnard au Cannet, sur la Côte d’Azur, là où il a passé les vingt dernières années de sa vie. Il y a eu aussi une grande exposition Bonnard à Bâle en Suisse. Mais celle d’Orsay présente deux particularités originales. D’abord, on y découvre Bonnard photographe. De toutes petites images, qui ont parfois servi de modèle au peintre. Il les a pris à la fin du XIXe siècle avec un Kodak pocket, et on y voit ses neveux jouant dans l’eau, sa compagne Marthe, nue dans le jardin. Et elle le photographie à son tour, tout nu au milieu des feuillages...
L’autre atout de l’exposition d’Orsay, c’est d’avoir réuni plusieurs des grands décors réalisés par Bonnard. Par exemple pour la belle Misia, pour le collectionneur russe Ivan Morosov, ou pour les frères Bernheim, ses marchands. On voit rarement toutes ses grandes toiles, peintes avec une grande liberté de facture, mais sur des thèmes classiques, des scènes d’Arcadie, des pastorales…
Dès sa jeunesse, Bonnard avait peint des panneaux décoratifs.
On les voit au début de l’exposition d’Orsay. En fait quand Bonnard, à 20 ans, crée avec ses amis le groupe des Nabis, ce qui veut dire « prophètes » en hébreu, ils sont d’abord influencé par Gauguin et ses aplats de couleurs. Mais bientôt Bonnard va s’intéresser beaucoup à l’art japonais, qui commence à être à la mode. Il peint, par exemple, des paravents, des formats verticaux, inspirés des kakemonos, vous savez ces peintures sur rouleau. Il juxtapose des points de vue, rapprochés ou plongeants, avec une liberté qu’il va garder toute sa vie.

Nu à contre-jour de Pierre Bonnard
Nu à contre-jour de Pierre Bonnard

Nu à Contre-jour (1908) Pierre Bonnard, Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique

Cette liberté du peintre Bonnard…
L’écrivain Olivier Renault l’appelle « l’anarchiste doux ». Bonnard disait lui « je ne suis d’aucune école ». Même, quand il commence à séjourner en Normandie et à côtoyer Claude Monet. A ce moment là, la nature rentre dans ses tableaux, par les fenêtres, les vues depuis la terrasse. Mais en fait, c’est un paysage toujours recomposé de mémoire, dans l’atelier, à partir des croquis et des notes prises dans ses carnets. Bonnard ne cherche pas à copier le réel. Il cherche à rendre sa sensation, son émerveillement, que ce soit en observant Marthe à sa toilette, ses chats, ou son jardin en fleurs. Il a une jolie formule pour désigner sa peinture : « beaucoup de petits mensonges pour une grande vérité »… Parfois même, il flirte avec le fantastique. Prenez ses fameuses scènes de salle-de-bain, avec leurs nus sublimes dans la lumière ! Ils sont peints avec une telle douceur qu’on dirait du pastel. Et pourtant, si vous regardez bien : les reflets dans le miroir sont faux. Certains objets n’ont pas d’ombre. Des perspectives basculent de manière totalement improbable. Quant à la couleur, c’est un feu d’artifice sur les carreaux au mur, alors qu’en réalité ils étaient blancs !

Mais attention : cette magie qui lui permet aussi de cacher des choses plus graves. Par exemple, en 1925, lorsqu’il se décide à épouser sa compagne Marthe, sa maîtresse René de Monchaty se suicide. Bonnard va alors commencer à peindre des nus dans le bain, toujours étincelants mais d’une raideur, discrètement morbide. Au musée d’Orsay, le scénographe Hubert le Gall les a d’ailleurs accrochés sur un fond noir. Dans les autoportraits aussi, Bonnard montre son désarroi, comme dans l’Autoportrait en boxeur, où il se frappe la poitrine ! On en a fait le peintre du bonheur. Mais lui disait : « celui qui chante, n’est pas toujours heureux ». En même temps, jusqu’au bout, il a peint son rêve d’un paradis perdu où les hommes se fondent dans la nature, dans la lumière. Son dernier tableau, j’y faisais allusion, il l’a peint en 1947, à 80 ans et c’est un amandier en fleurs.
EXPOSITION
Pierre Bonnard. Peindre l'Arcadie
Musée d'Orsay
Jusqu’au 19 juillet

Sur le même thème

L'équipe de l'émission :