Samedi 13 décembre 2014
9 min

La réouverture du Musée d'Ethnographie de Genève

Ce matin, Cécile Jaurès nous emmene en Suisse où le Musée Ethnographique de Genève, qu’on appelle aussi le «MEG», vient de rouvrir ses portes.

Après quatre ans de travaux et la construction d’un nouveau bâtiment à l’architecture audacieuse. Dans le centre-ville de Genève, où les immeubles de bureau sont très classiques, voire un peu ternes, la haute toiture pentue du MEG attire immédiatement le regard. D’autant que sa façade métallique passe, selon l’heure de la journée, du beige mat à l’argenté étincelant. On doit ce bâtiment à un duo d’architectes suisses-allemands, Marco Graber et Thomas Pulver. Ils sont peu connus sur la scène internationale mais ce n’est pas en raison de leur nationalité qu’ils ont été choisi : ils ont remporté un appel d’offre anonyme lancé il y a six ans déjà par la ville de Genève parmi 40 candidats aux noms parfois bien plus prestigieux.
Marco Graber et Thomas Pulver disent avoir puisé leur inspiration en Asie du Sud-Est, dans les «maisons communes» qui abritent les fêtes, les cérémonies, et dont les toits sont faits d’un tressage de bambous et de chaume. Cette métaphore du vivre-ensemble s’accorde évidement à merveille avec l’idée d’un musée ouvert sur le monde, présentant des objets venus des cinq continents.

Les architectes décrivent leur projet comme, je cite, «un coffre qui cache ses trésors à l’abri des regards». Car les espaces d’exposition se déploient en sous-sol dans un large sarcophage de 2000 m2, modulable selon les besoins. Les étages, eux, accueillent une salle de médiation, un laboratoire de conservation-restauration et, sous une somptueuse nef, une bibliothèque, riche de 45 000 ouvrages et documents audiovisuels. Un salon de musique permet même d’écouter, en toute quiétude, les innombrables enregistrements sonores collectés par le département d’ethnomusicologie.

Mais descendons plutôt dans les profondeurs du nouveau MEG.

site du MEG
site du MEG

En bas des marches, un espace rappelle, en préambule, le long chemin jusqu’au musée de quelques uns de ces objets, ramenés au gré des expéditions scientifiques, des missions diplomatiques ou commerciales. On y croise des personnalités hautes en couleurs, qui ont contribué, par leurs travaux ou par leurs dons, à forger l’identité du musée comme le missionnaire Fernand Grébert, l’anthropologue Eugène Pittard qui créa le musée en 1901 à partir de la "Chambre des curiosités" de la Bibliothèque Publique et Universitaire. Ou encore l’explorateur Alfred Bertrand, un géographe fortuné qui fit deux fois le tour du monde, dont une fois pour son voyage de noces, à une époque – la seconde moitié du XIXème siècle - où le tourisme était balbutiant.

La présentation des collections permanentes est elle aussi assez originale. On déambule librement dans une vaste salle sans cloison, où les mille pièces présentées sont regroupées par continent mais pas isolées les unes des autres. Si certaines vitrines frôlent l’accumulation, façon cabinet de curiosité, la proximité des différentes sections provoque des rapprochements étonnants, entre un masque dogon et un masque de carnaval suisse par exemple. Dans la partie océanienne, des bambous gravés kanak et des sculptures aborigènes contemporaines dialoguent avec des pièces plus anciennes, témoignant de la persistance des grands mythes à travers le temps.
Le directeur du musée, Boris Wastiau, dit avoir voulu «mettre toutes les cultures sur un pied d’égalité». Autre parti-pris intéressant, une section entière est consacrée à l’Europe. À la différence de la plupart des autres musées d’ethnographie, le MEG ne veut pas être «le musée des autres». La réorganisation des collections a réservé quelques surprises

Même si elles ne peuvent rivaliser avec les collections du musée du Quai Branly, riche de 300 000 pièces, celles du MEG rassemblent tout de même plus de 67 000 objets, dont des chefs d’œuvre. Le minutieux travail de sélection et de documentation, effectué par les conservateurs pendant la fermeture, a permis d’exhumer des trésors oubliés, comme cette coupe en corne de rhinocéros de l’époque Ming qui s’était égarée dans la section africaine, ou cette boîte des îles Marquises, la treizième recensée à travers le monde, étrangement classée avec les objets du cercle polaire arctique ! Chacune a retrouvé sa juste place.

Enfin, avant de partir, ne manquez pas de faire un détour par la passionnante exposition temporaire consacrée aux rois Mochica, avec des vestiges exceptionnels provenant d’une tombe découverte en 2008 sur la côte nord du Pérou.

♫ EXTRAITS


Musée d'ethnographie de Genève
L'exposition consacrée aux rois Mochica dure jusqu’au 03 mai 2015.

Renseignements sur le site du musée

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