Samedi 6 décembre 2014
12 min

La réouverture du Musée Cognacq-Jay

Aujourd’hui, Emmanuelle Giuliani, du quotidien La Croix, nous invite à découvrir ou redécouvrir le musée Cognacq-Jay à Paris. Il vient de réouvrir et a fait appel à Christian Lacroix pour le mettre en lumière.

Une balade dans le Marais à Paris est, en soi, un plaisir sans mélange. Mais lorsqu’elle ménage une étape dans un ravissant musée consacré à l’art du XVIIIe siècle, elle redouble de charme. Et quand, en plus, la réouverture de ce musée, après quelques mois de travaux, s’accompagne d’une carte blanche à Christian Lacroix, le bonheur est complet ! Peut-être vous rappelez-vous que, en 2008, le couturier arlésien, avait donné libre cours à son talent et à son imagination pour mettre en scène les collections du Musée Reattu dans sa ville natale de Provence ? Le musée Cognacq-Jay, dont les fonds sont donc en grande part constitués d’œuvres du siècle des Lumières, a fait appel à lui de la même manière. En duo avec Rose-Marie Mousseaux qui préside aux destinées des lieux, Christian Lacroix propose ainsi un parcours à la fois séduisant, instructif, grisant souvent, plein de couleurs et de poésie.

Passionné par l’histoire du costume, celui qui, d’ailleurs, est devenu costumier pour le théâtre et l’opéra, apprécie autant le XVIIIe siècle lui-même, avec son raffinement, son sens du spectacle mais aussi son goût de l’intimité, que la manière dont les époques qui ont suivi se sont emparées de l’art des Lumières. L’aménagement du musée Cognacq-Jay insiste donc, d’une part, sur la mise en valeur des portraits de Greuze, des scènes mythologiqueset galantes de Boucher ou de la délectable Perrette et le Pot au lait de Fragonard, que, d’autre part, sur leur dialogue avec des créations contemporaines. Par exemple, un enfant aux yeux rêveurs, joli comme tout (bien qu’un peu mièvre), sous le pinceau de Greuze justement, voisine avec une photographie de Pierre Gonnord où l’on voit une jeune Charlotte, fillette à l’expression énigmatique, voire un brin inquiétante… Même pose de trois-quarts, mêmes boucles rousses, même joues rebondies, même teint très blanc, sur le tableau et sur le cliché…

Christian Lacroix rythme aussi la visite du musée de costumes, absolument somptueux, qu’il a créés pour une production, en Allemagne, d’Adrienne Lecouvreur, l’opéra de Francesco Cilea. Leurs formes, leurs courbes et leur débauche de drapés, volants et autres plissés, renvoient à la mode du XVIIIe, si gracieuse et si théâtrale à la fois…

Le Retour de chasse de Diane © Fr. Cochennec et A. Llaurency / Musée Cognacq-Jay / Roger-Viollet
Le Retour de chasse de Diane © Fr. Cochennec et A. Llaurency / Musée Cognacq-Jay / Roger-Viollet

Mais qui se cache derrière ce double nom de Cognacq-Jay ? Il s’agit d’un couple de collectionneurs et de philanthropes auquel, à travers cette brillante scénographie, Rose-Marie Mousseaux et Christian Lacroix ont voulu rendre hommage. Avec son épouse Marie-Louise Ja y, Ernest Cognacq, fondateur des grands magasins de la Samaritaine, a fait fortune. Il en a consacré une bonne part à la fondation d’hôpitaux, de crèches pour enfants et d’hospices pour personnes âgées. Mais aussi à la constitution d’une collection d’art. Aidés des conseils avisés d’experts, les époux ont ainsi rassemblé un fond remarquable de dessins, de toiles, de meubles mais aussi de merveilleux « objets de vertus », c’est-à-dire fruits de la virtuosité de leurs concepteurs… La prédilection du couple pour le XVIIIe s’inscrit dans la vague de la redécouverte d’un siècle qui a été remis à la mode notamment sous le Second Empire.
En 1929, un an après le décès d’Ernest Cognacq qui, resté sans enfant, a légué sa collection XVIIIe à la Ville de Paris, le musée Cognacq-Jay est inauguré, sur le boulevard des Capucines, non loin de l’Opéra Garnier. En 1990, il déménage dans le Marais pour s’installer dans l’hôtel de Donon. C’est là que je vous invite à courir dès aujourd’hui ! Même si cette présentation sous le regard de Christian Lacroix est visible jusqu’au 19 avril prochain.

Un dernier conseil si vous me le permettez : durant la visite, il faut évidemment contempler les œuvres exposées, se laisser gagner par ce jeu des correspondances entre artistes d’hier et d’aujourd’hui, mais aussi regarder régulièrement ses pieds… Ou plutôt les moquettes et tapis sur lesquels vous marcherez. Ce sont autant de créations pleines de fantaisie et de fastueuses harmonies colorées, signées Christian Lacroix, bien sûr !

♫ EXTRAITS

Francesco Cilea - Adrienne Lecouvreur
Acte II « Acerba voluttà, dolce tortura »
Miti Truccato Pace, mezzo-soprano
Orchestra lirica
Alfredo Simonetto, direction
CTRA CDO 20

Jean-Philippe Rameau - Pygmalion
Pygmalion et le peuple
Jean-Paul Fouchécourt, ténor
Le concert spirituel
Hervé Niquet
FNAC MUSIC 592 196


Musée Cognacq-Jay
8, rue Elzevir
75 003 Paris

Renseignements
01 40 27 07 21
ou sur le site du Musée

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