Samedi 24 janvier 2015
9 min

La réouverture du MUDO

Ce matin, Cécile Jaurès nous emmène dans l’Oise, à Beauvais, où le musée départemental, le MUDO, rouvre ses portes ce week-end.

Oui. Le MUDO est l’exemple même de ces musées régionaux qui font des efforts pour sortir de l’ombre, pour mettre en valeur leurs collections, bien sûr modestes à l’échelle des grands musées nationaux, mais riches de quelques pépites qui valent à elles-seules le déplacement. Premier atout du MUDO, son patrimoine architectural. Imaginez : vous êtes en plein centre-ville de Beauvais, vous contournez la sublime cathédrale Saint-Pierre, la plus haute de l’âge gothique, pour pousser la porte d’un châtelet fortifié du XIVème siècle, flanqué de deux tours massives.
L’édifice a été bâti après une émeute. L’évêque-comte avait eu la mauvaise idée d’augmenter un impôt ; bourgeois et artisans de la ville se sont soulevés et ont pillé son logis. Du coup, pour protéger son palais, il construit des remparts, deux rangées de herses, et même, dans la tour sud, un puits pour fournir de l’eau en cas de siège. Côté nord, on est quand même surpris par le plafond : la salle voutée d’ogives est ornée de quatre belles sirènes musiciennes, la poitrine dénudée. Un décor bien profane pour l’entrée d’un palais épiscopal, à moins qu’elles soient là pour rappeler aux visiteurs leurs pêchés... Cette peinture murale avait été très abimée par la Canicule de 2012, elle a été soigneusement restaurée.

Ces sirènes ne sont pas les seules à avoir été restaurées…Les travaux ont duré plus de deux ans et coûté près de dix millions d’euros au département, avec le soutien de la région Picardie et de l’État. Le chantier de rénovation le plus important concerne le somptueux palais Renaissance, situé de l’autre côté de la cour. Il a fallu d’abord nettoyer la façade, classée monument historique comme l’ensemble des bâtiments, puis réparer la toiture et changer les fenêtres. Ce sont des maîtres-verriers du coin, les Courageux père et fils (ça ne s’invente pas), qui ont remplacé une à une les lucarnes à petits bois du XIXème par des fenêtres à meneaux, de style Renaissance. L’intérieur aussi a été réaménagé mais en préservant l’esprit du lieu : portes, plafonds à poutres apparentes et cheminées donnent au musée une tonalité chaleureuse, presque intime. Et plutôt étonnante dans la mesure où l’ancienne demeure des évêques a d’abord été transformée, au XIXème siècle, en préfecture, puis en tribunal. Avant d’accueillir le musée départemental en 1981.

Thomas Couture, allégorie de la République
Thomas Couture, allégorie de la République

Que peut-on voir à l’intérieur ? On aurait pu craindre de ne pas trouver grand chose car les trois quarts des collections départementales ont été détruites dans les bombardements de 1940. Le gardien de l’époque n’avait réussi à sauver que quelques sculptures médiévales et des céramiques. Heureusement, après guerre, il y a eu une politique active d’acquisitions et de dépôts. Notamment «L’enrôlement des volontaires de 1792», de Thomas Couture, peintre né dans le département à Senlis, dont vous connaissez peut-être, Dominique, le grand tableau «Romains de la décadence», conservé au musée d’Orsay.

Eh bien, «L’enrôlement des volontaires», cet immense tableau de 45 m2 (rendez-vous compte !), constitue aujourd’hui le clou du parcours. Figurez-vous que c’était à l’origine une commande de la seconde République pour décorer l’Assemblée nationale : le noble et l’ouvrier, unis pour sauver la patrie en danger… Mais après le coup d’État de Napoléon III, les figures révolutionnaires sont passés de mode : Couture a bien tenté de masquer derrière un drapeau la féministe Théroigne de Méricourt, représentée en allégorie de la Liberté… En vain, l’œuvre est restée inachevée. Elle trône aujourd’hui dans une vaste salle aux cimaises rouges, aux côtés de plusieurs esquisses. Précisons qu’elle a été restaurée grâce à une campagne de mécénat participatif. Ils ont récolté plus de 14 000 euros !

Cette toile constitue le point de départ d’une collection de peintures du XIXème siècle…Grâce à des dons, des legs et à quelques achats avisés, on peut voir trois Corot de jeunesse, dont une belle vue de Rome depuis les jardins de l’Académie de France, exposée à côté d’un tableau de Maurice Denis, représentant le même point de vue. On peut aussi admirer d’élégantes italiennes peintes par Chassériau ou Flandrin, de lumineux paysages de l’école danoise, d’autres plus sombres signés Paul Huet, un magnifique Sisley (reçu en legs en 1983) ou encore une délicate Vierge en buste d’Ingres, une œuvre acquise en 1999 par le musée. Elle était restée en main privée pendant plus d’un siècle. Une belle découverte.


Le musée est ouvert tous les jours sauf le mardi, de 11 h à 18 h.
Rappelons que l’entrée et le guide multimédia sont gratuits.
Pour l’inauguration ce dimanche, des spectacles mêlant danse contemporaine et musique baroque sont prévus.
Tous les renseignements sur le site du musée.
Et ne manquez pas l’impressionnante charpente du palais au dernier étage. L’artiste Charles Sandison a installé une étonnante création numérique qui fait ruisseler les mots sur les poutres de 14 mètres de haut.

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