Samedi 8 novembre 2014
9 min

La Maison Louis-Carré

Ce matin, Guillaume Goubert nous propose une promenade en dehors de la capitale pour découvrir une petite merveille, loin des feux de l’actualité.

Ce n’est pas très loin : à 40 kilomètres de Paris, dans une commune dénommée Bazoches-sur-Guyonne, près de Montfort-l’Amaury.
Au bout d’une petite route, qui s’appelle le chemin du Saint-Sacrement, se trouve une des plus belles maisons construites en France dans la seconde moitié du XXe siècle, la Maison Louis-Carré. Elle a été conçue par un géant de l’architecture contemporaine, qui a la particularité de se trouver en tête de tous les index des livres d’architecture puisqu’il s’appelle Alvar Aalto, avec deux A. Cet homme né en 1898, décédé en 1976 a peu construit en dehors de son pays d’origine, la Finlande. La Maison Carré, livrée en 1959, est sa seule réalisation en France.

Mais comment un architecte finlandais est-il venu construire dans un village au fond des Yvelines ? C’est une histoire d’amitié. Louis Carré, antiquaire puis galeriste, était un proche de Jean Monnet, le père de l’Europe qui était propriétaire d’une villégiature à Bazoches et la lui a prêtée lorsqu’il est parti à Luxembourg pour diriger la Communauté européenne du charbon et de l’acier, l’ancêtre de l’Union européenne. Louis Carré a trouvé l’endroit agréable et décidé d’y faire construire une maison, à la fois résidence personnelle et lieu de réception permettant de mettre en valeur les oeuvres des artistes de sa galerie : notamment Bazaine, Estève et Fernand Léger.

La villa Carré
La villa Carré

Très impliqué dans l'art contemporain, Carré veut faire appel à un architecte novateur. Il pense à Le Corbusier, dont il a exposé la peinture dans sa galerie, mais il redoute, je cite, « son côté béton ». Par l’intermédiaire de Fernand Léger, il rencontre Alvar Aalto à l’occasion de la biennale de Venise. Ils font affaire. Ce sera le début d’une autre amitié. La maison est restée habitée jusqu'en 2002, lorsqu'est décédée Olga Carré, restée veuve après la mort de Louis Carré en 1977. Les héritiers ont alors vendu les nombreuses oeuvres d'art qui peuplaient les murs. La propriété, classée monument historique depuis 1996, a été rachetée en 2006 par une fondation culturelle finlandaise, ce qui a permis son ouverture aux visiteurs.

Louis Carré souhaitait une maison qui soit « petite à l'extérieur et grande à l'intérieur ». Alvar Aalto a tenu le pari. Les espaces sont très généreux : le rez-de-chaussée compte 350 m2. On entre par un vestibule haut de 5 mètres dont le plafond arqué, tapissé de pin rouge par des charpentiers lapons, s'abaisse comme une vague pour conduire au séjour, situé au bas de quelques marches. Éclairé par le nord, ce vaste hall offrait un magnifique espace aux artistes de la galerie Carré. Pourtant, de l'extérieur, rien ne le laisse deviner. Le toit de la maison s'inscrit dans la pente du terrain. Le socle, souligné de lignes horizontales, semble frôler le sol. Les matériaux sont simples. Pour la touche finlandaise, des briques chaulées et diverses essences de bois. Pour la couleur locale, un dallage en pierre de Chartres et un immense toit en ardoise. De tous côtés, la maison communique avec l'extérieur. Les salles de bains des trois chambres ont un accès direct au jardin. Celle du maître de maison étant dotée d'un sauna. Il était ainsi possible de rejoindre facilement la piscine située en contrebas

La villa Carré
La villa Carré

Et ce qui est délicieux, c’est que la maison est restée dans son état d’origine, y compris les combinés téléphoniques et l’aménagement des penderies. On éprouve par instants le sentiment de se promener dans les pages d'une revue de décoration des années 1960.
Mais une décoration d’exception. Tout a été conçu par l’architecte et sa femme, Elissa. Les Carré n'ont amené aucun meuble. Signés Aalto, les sièges, les tables, les luminaires sont soit des pièces uniques, soit des modèles fabriqués par Artek, société (encore active aujourd'hui) éditant son mobilier de bois courbé. Le moindre détail a été pensé : les poignées de porte des pièces de séjour sont tressées avec du cuir noir, celles des chambres avec du cuir naturel. Au-delà des raffinements, on admire surtout l’idée qu’Alvar Aalto se faisait de l’architecture et que l’on retrouve dans toute son oeuvre. Sa recherche d’un accord avec la nature environnante, son souci d’une échelle humaine, la douceur des formes et des matériaux. Une phrase d’Aalto résume bien sa conviction profonde :

L'architecture ne peut pas sauver le monde, mais elle peut lui donner le bon exemple.

♫ EXTRAITS

Syyllinen Syli - Värttina / Iki
Mari Kaasinen
Susan Aho
Johanna Virtanen
MWCD4042

Leif Segerstam - Impressions of Nordic Nature n° 1
Tampere philharmonic orchestra
Leif Segerstam, direction
KOPU 32165


Renseignements sur le site de la Maison Carré

L'équipe de l'émission :