Samedi 17 janvier 2015
10 min

L'inauguration de la Philharmonie de Paris

Ce matin, Guillaume Goubert nous parle d'un sujet d'actualité : l'inauguration de la Philharmonie de Paris !

Les auditeurs de France Musique sont, j'imagine, un peu saturés d’informations sur ce bâtiment inauguré mercredi soir porte de Pantin. Je vais essayer de trouver quelques angles qui ont peut-être été évoqués moins que d’autres. Deuxième problème, c’est un bâtiment sur lequel il est encore très difficile de porter un jugement car, à dire vrai, il a été inauguré inachevé. C’est d’ailleurs pour protester contre cette ouverture un peu prématurée quel’architecte, Jean Nouvel, a boycotté la soirée d’inauguration. Pour ma part, j’ai visité les lieux la semaine dernière. C’était assez effrayant : à peu près rien ne semblait vraiment terminé. Et c’était d’autant plus gênant que ce bâtiment est bourré de détails.

Malgré cela, j’ai envie de vous parler de la Philharmonie car c’est un bâtiment que l’on peut aimer ou détester mais qui, j’en suis convaincu, va marquer son époque. C’est, à mes yeux, le premier monument construit à Paris appartenant à ce que j’appelle le style Zorglub. Zorglub, c’était un personnage des albums de Spirou et Fantasio. Un savant fou et quelque peu mégalomane. Et, je ne sais pas très bien pourquoi, c’est le mot qui me vient à ‘esprit lorsque je regarde des bâtiments d’architectes comme Zaha Hadid, Daniel Liebeskind ou ou encore Coop Himmelb(l)au. C’est-à-dire des bâtiments très expressionnistes avec des volumes hypercomplexes, une architecture qui cherche à frapper, à donner un uppercut. Dans ce courant architectural très à la mode, on peut encore citer un nom, celui de Frank Gehry qui vient justement de livrer à Paris la Fondation Louis Vuitton dans le bois de Boulogne. Mais ce bâtiment est d’une telle finesse, d’une telle légèreté que je ne parviens pas à le ranger dans la catégorie Zorglub.

La Philharmonie en revanche s’inscrit bien dans ce courant. Je vais risquer une comparaison. Je ne sais pas si vous vous souvenez de ces sculptures de César dans les années 1960, qu’il appelait des « expansions », faites avec des coulées de polyuréthane. Eh bien la Philharmonie, cela me fait penser à une expansion qui serait prise dans une sorte de mikado métallique géant.

Philharmonie de Paris - Source photo : www.philharmoniedeparis.fr/
Philharmonie de Paris - Source photo : www.philharmoniedeparis.fr/

La Philharmonie est donc un bâtiment qui va marquer son époque… mais en même temps je pense qu’il va marquer la fin d’une époque. Car malheureusement la situation financière de la France ne va sans doute pas permettre dans les années qui viennent de lancer de nouveaux chantiers culturels d’une aussi grande ampleur. Ces derniers mois ont en quelque sorte marqué une sorte d’apogée avec la livraison de bâtiments comme le MuCem de Marseille, dû à Rudy Ricciotti, le Louvre-Lens de l’agence japonaise Sanaa ou le musée Confluences à Lyon de Coop Himmelb(l)au (très Zorglub). Pour les années qui viennent, il n’y a pas grand chose dans le tube, même si on peut mentionner une cité musicale sur l’île Seguin à Boulogne-Billancourt conçue par le Japonais Shigeru Ban, auteur du Centre Pompidou de Metz.

Il faut donc profiter de ces bâtiments comme l’héritage d’une époque faste dont nous allons continuer à profiter dans les années qui viennent. Dans ce domaine, le parc de la Villette est une sorte de paradis avec de grands équipements dus à de grands noms. La Philharmonie de Jean Nouvel voisine avec la Cité des sciences d’Adrien Fainsilber, , les « folies », ces pavillons rouges de Bernard Tschumi, le Zénith de Valode et Pistre, et la Cité de la Musique de Christian de Portzamparc (dont je trouve très choquant qu’on veuille la rebaptiser Phiharmonie 2).

C'’est vrai, ce bâtiment n’est pas vraiment ma tasse de thé. Mais un bâtiment ne se juge pas seulement sur sa valeur plastique. Il faut aussi examiner sa valeur d’usage. S’il se confirme que la salle a une acoustique exceptionnelle, qu’elle offre des places confortables et bon marché, si les salles de répétition sont aussi agréables qu’on le dit, si les ateliers pédagogiques ont du succès, si les Parisiens ont du plaisir à se promener sur le toit, bref si les gens sont heureux d’y vivre, on pourra se réjouir du travail de Jean Nouvel. Et cela me donne l’occasion de citer une des plus belles phrases que je connaisse sur la vocation de l’architecture. Elle est du Japonais Tadao Ando, évoquant son premier voyage en France, dans les années 1960, alors qu’il était étudiant. Je cite :

Je suis allé à Ronchamp voir Notre-Dame-du-Haut. Là, j'ai eu un choc. La chapelle était emplie de fidèles et j'ai découvert que l'architecture pouvait avoir cette fonction extraordinaire : offrir des lieux où les gens sentent qu'ils peuvent vivre ensemble.

« Des lieux où les gens sentent qu'ils peuvent vivre ensemble », voilà vraiment quelque chose dont nous avons besoin ces temps-ci.

♫ EXTRAITS

Johannes Brahms - Six pièces pour piano opus 118
Intermezzo
Lang-Lang, piano
DGG 002894790421

Jean-Philippe Rameau - Les Indes Galantes
« Tendre amour…. »
Daniel Skorka, Emilie Renard, Zacharie Wilder, Cyril Costanzo
Les Arts Florissants
ARFLO AF 002


Renseignements sur le site de la Philharmonie de Paris

L'équipe de l'émission :