Samedi 29 novembre 2014
11 min

L'exposition "Mayas" au Quai Branly

Ce matin, Cécile Jaurès nous emmene chez les Mayas. Le musée du Quai Branly leur consacre une très belle exposition, au titre plutôt énigmatique.

Révélation d’un temps sans fin

La formule fait bien sûr penser à cette fameuse fin du monde que, souvenez vous, certains illuminés attendaient en décembre 2012. Ils attribuaient cette prédiction funeste au fait que le calendrier maya s’arrêtait à cette date. En fait, aucun texte, aucune image n’évoque un possible cataclysme. Il s’agit simplement de la fin d’un cycle. Car, comme l’explique très bien la magistrale exposition du musée du Quai Branly, les mayas ont une conception dynamique du monde, rythmé par le mouvement perpétuel des astres.
Cette civilisation avait développé un système calendaire très sophistiqué. Il est illusoire de croire qu’en sortant de l’exposition, vous aurez en saisi toute la complexité mais les panneaux, d’une remarquable clarté, en résument l’essentiel. Et puis, on est saisi d’admiration devant les monumentales roues calendaires en pierre, qui peuvent atteindre plus d’un mètre trente de diamètre. Mathématiciens de génie, les astronomes mayas avaient déterminé les cycles du soleil, de la lune, de Vénus ou de Mars avec une précision qui n’a rien à envier aux scientifiques modernes. Leurs prédictions concernant les éclipses ne diffèrent que de quatorze minutes par rapport aux calculs actuels !

Leurs villes même sont conçues à l’image du cosmos. En effet. Les places symbolisent la surface de la terre et les océans, les pyramides à gradins figurent les montagnes sacrées et les cieux. Les mayas ne s’intéressaient pas l’astronomie par pure curiosité intellectuelle, ils se servaient de leurs almanachs et de leurs tables astronomiques pour régir la vie quotidienne de la cité. Pour déterminer, par exemple, l’époque propice pour planter, récolter, introniser un souverain ou déclencher une guerre. Les fresques, visibles sur les bas-reliefs ou sur les plats en céramique, tiennent d’ailleurs la chronique de la vie des élites. Ici, un mariage royal. Là, la capture d’un chef ennemi, qui aura le cœur arraché ou la tête tranchée. Le grand mayaniste Dominique Michelet a une formule amusante à ce sujet : il parle d’un «Point de vue et images du monde géant, en plus sombre». Car les Mayas ne sont pas des tendres. Outre les sacrifices de prisonniers, ils pratiquent l’auto-sacrifice : les seigneurs se scarifient ou percent leurs chairs, à l’occasion de cérémonies rituelles. Dans leur culture, cette coutume n’a rien de barbare. Ce sang versé est un hommage rendu aux puissances sacrées : c’est pour eux une manière de rendre à la nature ce qu’ils lui prélèvent.

Le peuple maya entretenait une relation particulière, quasi viscérale, avec la nature. S’ils ont bâti de majestueuses cités, dont sept sont inscrites au patrimoine mondial de l’UNESCO, les mayas sont avant tout un peuple de cultivateurs, principalement de maïs. Ils vivent en parfaite symbiose avec leur environnement. Ils observent et copient les plantes comme les animaux avec un incroyable talent de naturalistes. Il faut prendre le temps, dans l’exposition, d’admirer la finesse d’exécution d’une minuscule grenouille en or, aux yeux de turquoise, le réalisme d’un crocodile à la peau squameuse. Ou encore, le modelé d’un pot en céramique en forme de jaguar, le plus grand prédateur du monde maya. Sans oublier toutes les créatures hybrides, mi-homme mi-animal, qui forment un surprenant bestiaire…

exposition Mayas quai branly
exposition Mayas quai branly

Les objets présentés proviennent uniquement du Mexique. Vingt musées et sites archéologiques mexicains ont prêté près de 400 pièces, datant principalement de l’époque classique, c’est à dire entre le 7ème et le 10ème siècle, ce qui correspond pour nous au haut Moyen Age. Pendant cet âge d’or, des dizaines de cités-états régnaient sur un territoire à peu près vaste comme l’Allemagne, qui s’étendait du Honduras jusqu’au sud du Mexique. Certains objets, découverts lors de récentes fouilles, sortent pour la première fois du pays. Un prêt d’une telle ampleur aurait été impossible il y a 4 ans. Souvenez-vous, l’Année du Mexique en France avait été annulée en catastrophe, suite à l’intervention de Nicolas Sarkozy, alors président de la République, dans l’affaire Florence Cassez. Aujourd’hui, cette exposition scelle symboliquement la réconciliation entre les deux pays. Et elle nous apporte un éclairage précieux sur les fondements d’une culture encore vivante, partagée, en Amérique centrale, par plus de huit millions de personnes.

♫ EXTRAITS

Musique traditionnelle - Dances des Mayas et des Astèques
Moctezuma
The Mariachi orchestra
MONI MCD 61476

Alberto Ginastera - Popol Vuh, création du monde Maya pour orchestre
La cérémonie magique du mais
WDR Sinfonieorchester Köln
Stephan Asbury, direction
NEOSM NEOS 10918


EXPOSITION
Mayas - Révélation d'un temps sans fin
Musée du Quai Branly
du mardi 7 octobre 2014 au dimanche 8 février 2015

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