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Samedi 27 décembre 2014
10 min

L'exposition Matière grise au Pavillon Arsenal à Paris

Ce matin, Guillaume Goubert lance un appel d’urgence car l’exposition dont il nous parle se termine le 4 janvier. Il reste peu de temps pour en profiter. Cette exposition au Pavillon de l’Arsenal à Paris nous parle de sobriété.

L'exposition Matière grise au Pavillon Arsenal à Paris
pavillon arsenal

En l’occurrence, la sobriété dans la construction. Comment faire en sorte de consommer moins de matériaux quand nous bâtissons nos maisons, nos écoles, nos bureaux ? C’est une urgence car les humains bâtissent tellement que certaines ressources extrêmement basiques risquent de venir à manquer. L’une des solutions pour économiser les ressources, c’est le réemploi des matériaux. L’exposition au Pavillon de l’Arsenal montre que l’on peut faire beaucoup de choses en recyclant tout ce qui est utilisé dans les bâtiments. Elle a un titre un peu énigmatique : « Matière grise ». Il veut simplement dire qu’aujourd’hui, il faut consommer « plus de matière grise » pour consommer « moins de matières premières ».

Le réemploi de matériaux n'est pas nouveau dans l’histoire de l’architecture. Il suffit par exemple d’aller à Rome pour s’en convaincre. Dans la Ville éternelle, les ruines de l’Antiquité ont servi de socle et de stock de matériaux pour des bâtiments ultérieurs. Par exemple la basilique Sainte-Marie des Anges construite sur la base des thermes de Dioclétien. Mais cela s’est produit aussi beaucoup plus récemment. J’ai ainsi fait une découverte en visitant l’exposition à l’Arsenal : l’église contemporaine sans doute la plus admirée au monde, la chapelle Notre-Dame-du-Haut à Ronchamp, a été construite par Le Corbusier en utilisant les gravats des ruines de la chapelle précédente qui avait été détruite par les combats de la fin de la seconde guerre mondiale.

Alors que voit-on à l’exposition « Matière grise » ?

© Antoine Espinasseau
© Antoine Espinasseau

Eh bien, ce n’est pas du tout gris. En aucun cas, ce n’est triste. L’exposition nous montre des photos de réalisations et des échantillonsde leurs matériaux. J’ai été ébloui par l’imagination dont on fait preuve les créateurs de ces bâtiments. Un exemple parmi beaucoup d’autres. Des architectes devant aménager des bureaux pour une agence de presse dans un entrepôt y ont trouvé des stocks de vieux magazines. Ils se sont dit : pourquoi ne pas en faire des piles pour construire des cloisons ? Le résultat est très convaincant. Beaucoup des bâtiments présentés dans cette expo font penser à ce que construisaient les hippies dans les années 60 ou 70. Et de fait ils ont été des pionniers en la matière. On voit aussi beaucoup de projets liés à des préoccupations de solidarité, par exemple ce que fait Emmaüs en France. Ou la très belle démarche de Rural Studio en Alabama, aux Etats-Unis. Rural Studio c’est une sorte de camp d’été pour étudiants en architecture qui conçoivent des bâtiments très bon marché pour des communautés défavorisées.

C’est très positif tout çà. Mais est-ce que c’est beau ? C’est une des découvertes que permet de faire cette exposition : la qualité plastique de ce qui peut être réalisé avec du rebut. Par exemple à Bali, un centre balnéaire entièrement carrossé de vieilles persiennes de récupération. Ou encore les architectes néerlandais de l’agence Mecanoo qui ont habillé la façade d’un musée maritime avec des pilotis issus de la remise en état de canaux dans le nord des Pays-Bas. C’est beau, cela du sens par rapport à la vocation du bâtiment et c’est un matériau increvable après avoir séjourné dans l’eau pendant des décennies.
Pour se convaincre que la qualité architecturale peut naître du rebut, il faut rappeler qu’en 2012, le prix Pritzker (le Nobel de l’architecture) a été décerné à l’architecte chinois Wang Shu. Cet homme utilise souvent des pierres et des tuiles de récupération dans ses projets. Et, dans son esprit, c’est aussi un acte politique, afin de garder la trace de toutes les constructions traditionnelles qui sont démolies sans discernement pour faire place au rouleau compresseur de la croissance chinoise.

♫ EXTRAITS

Pierre Bastien - Premières machines
GAZUL GA AR 8687

Hector Berlioz - Symphonie Fantastique
Marche au supplice
Rotterdam Philharmonic Orchestra
Yannick Seguin Nezet, direction
BIS 1800


EXPOSITION « Matière grise »
Pavillon de l’Arsenal jusqu’au 4 janvier
21, boulevard Morland
75004 Paris - FRANCE

A signaler aussi :

  • Exposition sur la Tour Triangle dans le même lieu
    • Exposition Viollet-le-Duc à Chaillot jusqu’au 9 mars

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