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Samedi 28 février 2015
10 min

L'exposition "Indigo, un périple bleu" à la Bibliothèque Forney

Guillaume Goubert nous parle aujourd'hui de l'exposition qui se tient actuellement à la Bibliothèque Forney, à Paris, dans le quatrième arrondissement.

L'exposition "Indigo, un périple bleu" à la Bibliothèque Forney
indigo exposition

Quand on parle de design, on pense à beaucoup de choses. On pense au mobilier, aux luminaires, à la vaisselle, aux ordinateurs, à l’automobile… Mais généralement, on ne pense pas aux tissus. C’est une grave erreur. Car le textile est un des domaines où l’idée de standardisation et de production en série est apparue le plus tôt. J’irais jusqu’à dire que les tisserands ont été les premiers designers de l’histoire. A ceci près qu’ils faisaient du design comme M. Jourdain faisait de la prose : sans le savoir.

Aujourd’hui, certaines marques textiles portent haut l’idée du design. Je pense au finlandais Marimekko ou bien au danois Kvadrat qui a fait appel à de grandes signatures comme celle des frères Bouroullec. En remontant dans le temps, on peut dire qu’Oberkampf a été un grand designer du XVIIIe siècle lorsqu’il a lancé la toile de Jouy. Mais si l’on veut se convaincre que le design textile a une origine pour ainsi dire immémoriale, il faut aller visiter une exposition qui se tient actuellement à Paris, consacrée à l’indigo. On y découvre que cette teinture bleue vient du fond des âges et qu’elle a marqué de son empreinte tous les continents.

exposition indigo
exposition indigo

Quelle est l’histoire de l’indigo ?

Elle garde une part de mystère. Comment, il y a au moins 4000 ans, des hommes se sont-ils rendu compte qu’ils pouvaient extraire une couleur bleue de plantes tout à fait vertes ? La technique d’origine est toute simple. Par broyage ou par macération de certaines plantes, ont obtient une pâte bleue. Si cette couleur a eu autant de succès, c’est que la teinture peut se faire à froid et sans utiliser de produits mordants contrairement à ce qui se passe pour d’autres couleurs.

En Europe, on utilisait une plante à bleu dénommée pastel. Elle était notamment cultivée entre Carcassonne, Albi et Toulouse, cette région étant appelée le pays de Cocagne tant elle était prospère. Puis vint la concurrence des teintures importées d’Inde, le fameux indigo dont la concentration en pigment était 30 fois supérieure et qui était donc très rentable. Les producteurs de pastel réussirent à maintenir des barrières douanières jusqu’au milieu du XVIIIe siècle puis furent emportés. Vers 1880, nouvelle révolution avec la mise au point d’une synthèse chimique de l’indigo par une société allemande qui deviendra le groupe Bayer. De nos jours, la production d’indigo d’origine végétale est devenue marginale, mais l’attachement à cette couleur demeure très fort.

Que voit-on à cette exposition sur l’indigo qui se tient à la bibliothèque Forney à Paris ?

Plusieurs centaines de pièces appartenant à des collectionneurs passionnés, en particulier Catherine Legrand, commissaire de l’exposition. Les salles sont consacrées successivement à l’Europe, au Japon et à la Chine, à l’Afrique et au Moyen-Orient. Il est assez fascinant de constater que des peuples appartenant à des civilisations très éloignées les unes des autres et qui n’avaient que peu d’échanges ont développé chacun de leur côté des techniques similaires pour la teinture ou le traitement du tissu. Par exemple pour le plissage ou ce que l’on appelle le calandrage qui permet de donner au tissu un aspect un peu glacé.

En même temps, c’est autour de cette couleur que se sont développés certains des prémices d’une mondialisation des échanges. En premier lieu, bien sûr, avec l’importation de la teinture venue d’Inde mais aussi avec l’exportation de certaines techniques de tissage. Les fabricants américains se sont inspiré des procédés textiles du vieux continent pour fabriquer les fameux pantalons bleu que nous portons presque tous. Les blue jeans ont été à l’origine fabriqués avec de la toile bleue de Gênes ou de Nîmes faite d’une chaîne écrue et d’une trame indigo.

exposition indigo
exposition indigo

Quelle sont les pièces de cette exposition qui vous ont le plus touché ?

D’abord un tablier de paysanne hongroise, d’une teinte presque violette et au plissage très complexe. Le cartouche accompagnant cet objet précise que cette technique de plissage a été une des sources d’inspiration du peintre contemporain Simon Hantaï, dont la mère portait un tel tablier. Hantaï, effectivement, pliait et repliait ses toiles ce qui donnait à la coloration la forme de carrés juxtaposés. On retrouve cette même technique, notamment en Afrique où l’on utilise aussi beaucoup la technique consistant à faire de noeuds avant la teinture. Après teinture, on défait les noeuds ce qui fait apparaître des motifs blancs.

Ce qui m’a le plus fasciné, ce sont des pièces de tissu japonaises que l’on appelle des « boro ». Dans les familles rurales pauvres, on récupérait tous les morceaux de tissus usés pour les assembler et en faire des tapis de sol isolant du froid. Ce sot de très émouvants patchworks de lambeaux d’étoffe dans toutes les nuances de bleu. Et ceci nous rappelle que l’indigo était la couleur du peuple, celle des bleus de travail et des blouses de paysan.

♫ EXTRAITS

Ronn Mac Farlane - Indigo Road
Ronn Mac Farlane, luth
DORIAN DSL 90701

Duke Elligton/Barney Bigard - Mood Indigo
The Jungle Band
BOF J BEST OF JAZZ 4028


« Indigo, un périple bleu »
Bibliothèque Forney
Hôtel de Sens, 1, rue du Figuier
Paris 4ème
Jusqu’au 18 avril 2015

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