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Samedi 27 septembre 2014
14 min

L'exposition Borgia et "Impression soleil levant"

Ce matin, Sabine Gignoux nous raconte deux histoires d’œuvres d’art, dignes d’un roman policier. La première concerne une sculpture actuellement présentée au musée Maillol à Paris, dans le cadre d’une exposition sur les Borgia. La deuxième histoire est liée au grand chef d’œuvre de Monet, "Impression, soleil levant".

L'exposition Borgia et "Impression soleil levant"
Exposition Borgia

La première oeuvre est une petite Pietà en terre cuite que le musée présente comme « attribuée » à Michel-Ange. Elle a été dénichée en 2003 chez un antiquaire italien par un chirurgien, fasciné par l’anatomie très réaliste du corps du Christ. On lui a vendu comme une sculpture baroque napolitaine. Il l’a confiée à des restaurateurs qui ont retiré plusieurs couches de peinture polychrome. Puis la Piéta a été soumise à des experts dont, c’est là que cela devient amusant, un expert de la cabbale et de l’ésotérisme, auteur d’un livre sur les Secrets de la chapelle Sixtine au Vatican. Il s’appelle Roy Doliner. Sur sa carte de visite, il a fait inscrire en toute simplicité : Roy Doliner, uomo universale. Eh bien figurez-vous que cet homme universel est persuadé d’avoir retrouvé dans cette petite Pieta en terre, le modèle de la célèbre Pieta en marbre du Vatican. Il a même reçu le soutien de plusieurs historiens d’art, dont Mina Gregori, grande spécialiste de Caravage.

pieta
pieta

Des analyses en laboratoire auraient daté l’œuvre de la fin du XVe siècle, comme la grande Piéta de marbre. Or à l’époque ce motif de la Vierge portant le Christ mort était très rare en Italie, on ne le trouvait qu’au Nord des Alpes. C’est d’ailleurs un Français, le cardinal de Lagraulas, ambassadeur du roi de France à Rome, qui a eu l’idée de commander ce motif à Michel-Ange. Surtout, on a retrouvé il y a quelques années des documents mentionnant le legs par Michel-Ange d’un modèle en terre cuite de la Pieta, à l’un de ses assistants… Malheureusement, rien ne prouve qu’il s’agit de la sculpture exposée à Paris. Jean-René Gaborit, ancien conservateur en chef des sculptures au Louvre est formel : pour lui, ni la polychromie de la sculpture, ni les drapés assez frustes de la Vierge, ne peuvent être de Michel-Ange. Le Christ est beaucoup plus beau, mais le vérisme de son ventre qui tombe légèrement, n’a rien de michelangelesque. Et puis, un détail : seule sa tête repose sur les genoux de la Vierge en terre cuite alors que dans la grande Piéta de marbre, Marie porte tout le corps de son fils. Bref, il faut être très prudent. Comme pour le petit Christ en bois également exposé au musée Maillol et aussi attribué à Michel-Ange. Il a été acheté par la patronne des musées de Florence en 2008 pour 3,2 millions d’euros. Et cela lui vaut aujourd’hui un procès en appel, car la Cour des comptes italienne a estimé la somme beaucoup trop élevée pour une œuvre dont l’attribution divise les experts.

Impression soleil levant - Claude Monet
Impression soleil levant - Claude Monet

On croyait tout savoir sur "Impression soleil levant", ce tableau tellement moqué par la critique en 1874 lors de la première exposition du peintre et de ses amis, qu’il a donné son nom à leur mouvement, «Les Impressionnistes ». Et voilà qu’une exposition au musée Marmottan révèle que ce tableau était en réalité truffé d’énigmes. C’est bien simple, jusqu’à aujourd’hui, on ne savait ni ce qu’il représentait exactement, ni sa date de réalisation. Est-ce une vue du port du Havre, au soleil levant ? On n’en était pas sûr car Monet a seulement baptisé son tableau « Impression ». Et on lui a ajouté tour-à-tour « soleil levant » ou « soleil couchant ». Alors pour en avoir le cœur net, les commissaires, Marianne Mathieu et Dominique Lobstein, ont exhumé des photos et des plans du vieux port du Havre, détruit par les bombardements de 1944. Et ils ont cherché à retrouver où Monet s’était placé pour peindre son tableau. D’après les grues visibles sur la peinture à droite, et la cheminée fumante à gauche, ils ont déduit que le peintre s’était posté à l’Hôtel de l’Amirauté, face à l’Est, donc face à un soleil… levant. Mais ils ont aussi remarqué un indice très intéressant. Monet se trouvait en face d’une écluse ouverte sur son tableau, ce qui correspond aux trois heures de pleine mer. Et là, ils ont fait appel à un astrophysicien du Texas qui a calculé d’après l’azimut du soleil sur l’horizon, les horaires des marées, les bulletins météo de l’époque publiés dans le Times et même la direction du vent visible sur le tableau : le jour exact où Monet l’a peint. C’est, tenez-vous bien : le 13 novembre 1872 à 7h35 du matin ! Quand je vous disais que l’histoire de l’art ressemble parfois à une véritable enquête policière !

♫ EXTRAITS

Maurice Ravel - Jeux d’eau
Alice Ader, piano
FUGAL FUG592

Mel Bonis - Onze pièces pour le piano
Près du ruisseau
Maria Stembolskaya, piano
LGIA LIDI 0103214-10


Exposition sur Impression, Soleil Levant
Musée Marmottan
Jusqu'au 18 janvier
Renseignements sur le site

ExpositionBorgia
Musée Maillol à Paris
Jusqu'au 15 février
Renseignements au 01.42.22.59.58. ou sur le site

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