Samedi 25 octobre 2014
11 min

L'architecte et designer Andrea Branzi

Guillaume Goubert nous invite ce matin à Bordeaux pour découvrir deux expositions consacrées à un même homme, Andrea Branzi, architecte et designer.

Ces deux expositions se tiennent dans des lieux magiques. L’une, organisée par le centre d’architecture Arc en Rêve, se trouve à l’Entrepôt Lainé, magnifique bâtiment qui fut construit au début du XIXe siècle pour stocker des denrées coloniales. L’autre exposition, créée par le Musée des arts décoratifs et du design de Bordeaux, est abritée par une splendide église désaffectée, Saint Rémi, située derrière la place de la Bourse et qui date des XIe et XVe siècle. Vous l’avez deviné, la première exposition évoque le travail et la réflexion architecturale d’Andrea Branzi, qui est né à Florence il y a 75 ans. La seconde exposition porte sur les objets créés par cet homme au regard malicieux qui travaille et enseigne à Milan depuis 1973.

Architecte, c’est le métier d’origine d’Andrea Branzi. Mais il faut préciser tout de suite qu’il a très très peu construit. Il est surtout connu pour son enseignement sur la ville contemporaine. Il a été l'un des premiers parmi les architectes à réfléchir sur les échecs du mouvement moderne incarné par Le Corbusier ou l'école allemande du Bauhaus. C’est-à-dire cette architecture et cet urbanisme rationalistes qui ont apporté de belles choses mais qui ont abouti aussi à de terribles impasses symbolisées par ce que l'on appelle "les grands ensembles".
En réponse, Andrea Branzi a développé une pensée très radicale et très originale sur ce qu’il appelle « un urbanisme faible ». Il évoque par exemple le rapprochement entre architecture et agriculture.

Au XXe siècle s’est réalisée une alliance entre l’architecture et l’industrie qui est à l’origine de tous les grands mouvements modernes. Peut-être qu’aujourd’hui, on peut penser à une nouvelle alliance entre l’architecture et l’agriculture. 

Cela peut paraître très théorique. Mais en fait cette évolution est bel et bien en cours. Il suffit de penser aux murs végétaux du botaniste Patrick Blanc ou bien aux jardins potagers qui colonisent désormais les toits de Manhattan. Autre réflexion que je trouve stimulante, la fascination d’Andrea Branzi pour les métropoles indiennes où coexistent hommes et animaux, technologie et divinités, vivants et morts. Branzi plaide ainsi pour, « des villes moins anthropocentriques et plus ouvertes à la biodiversité, au sacré et à la beauté humaine ».
Si Branzi a très peu construit, que voit-on à l’exposition du centre Arc-en-Rêve  ? Pour matérialiser sa pensée, Branzi crée des sortes de grosses boîtes qu’il peuple de formes architecturales, de petits personnages, de lumières étranges et de jeux de miroir. C’est à la fois beau, intrigant et souvent drôle. En fait, ce sont presque des sculptures. Et c’est le même esprit que l’on retrouve dans la seconde exposition, celle consacrée au design et aux objets.

Andrea Branzi - Vases Amnesia
Andrea Branzi - Vases Amnesia

Dans ce domaine-là aussi, Branzi a peu produit en grande série, même si on peut signaler par exemple une chaise chez Cassina ou une montre chez Alessi. En fait, sa démarche est très proche de l’artisanat. Dans le domaine du design, Branzi a participé à des aventures collectives comme Alchimia et Memphis, qui visaient, là aussi, à battre en brèche la logique rationaliste pour créer des objets et des meubles plus colorés et plus chauds. Mais personne, sans doute n’est allé aussi loin que Branzi dans une approche poétique du design. Branzi a une manière unique d’intégrer des éléments de nature dans ses objets. Par exemple, il a conçu une très belle série de bibliothèques en acier qui intègrent des morceaux de troncs ou de branches de bouleaux. À Bordeaux, il y a aussi une sorte de crédence qui comprend une cage peuplée de canaris. Mais les objets dans lesquels s’illustre le plus Branzi, ce sont les vases. Il ne cesse d’en inventer de nouveaux, en céramique, en verre, en plastique, en acier... L’exposition de l’église Saint-Remi accorde à juste titre une place centrale à ces objets à la fois inutiles et indispensables. Pour reprendre des mots d’Andrea Branzi  : ce sont «juste des petites structures pour soutenir des fleurs » mais ajoute-t-il  : « Savoir ajouter un cadeau à ce qui existe, une fleur, c’est vraiment fondamental. »

♫ EXTRAITS

Philip Glass - Quatuor n° 2 "Company"
Second mouvement
The Smith quartet
SIGREC SIGCD117

Neil Young - After the gold rush
Patti Smith, chant
SONY 8872541106 2

Illustrations musicales choisies par Andrea Branzi lui-même.


EXPOSITIONS : Andrea Branzi
Musée des Arts décoratifs et du design
&
Arc en rêve, centre d'architecture
Bordeaux

Les deux expositions durent jusqu’au 25 janvier 2015.

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