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Samedi 20 septembre 2014
11 min

Gustave Courbet à l'honneur en Suisse

Aujourd’hui, balade dans les montagnes suisses sur les traces de Courbet. Deux expositions, à Bâle et à Genève, rendent hommage au peintre décédé en 1877 sur les rives du Léman.

Gustave Courbet à l'honneur en Suisse
Le château de Chillon - Gustave Courbet

Courbet a dû en effet s’exiler en Suisse après la Commune de Paris. On lui reprochait la destruction de la colonne Vendôme, un symbole Napoléonien. En réalité, ce n’est pas lui qui avait donné l’ordre. Mais l’affaire lui a valu six mois de prison et la menace de devoir rebâtir la colonne à ses frais. Si bien qu’en juillet 1873, en racontant qu’il allait prendre les eaux à Vichy, il a bifurqué à l’est et passé la frontière.
Alors à la fondation Beyeler de Bâle, vous ne verrez pas du tout ces dernières années de la vie de Courbet. L’exposition réunit surtout des autoportraits, trois superbes tableaux de baigneuses et une majorité de paysages français : des marines, des sous-bois, des paysages de neige… On y trouve aussi l’Origine du Monde, du musée d’Orsay, accroché pas loin de bouquets de fleurs, dans un rapprochement un peu ringard. Pour une exposition qui prétend montrer la modernité de Courbet, l’accrochage parait assez convenu. Même si Bâle présente une étude de femme nue qui vient directement de la collection de Jeff Koons, l’un des artistes contemporains les plus cotés du marché !

L'exposition au Musée Rath de Genève n’a pas la belle lumière du jour qui baigne la fondation Beyeler, mais elle est beaucoup plus intéressante. Elle se concentre sur les années suisses de Courbet, un sujet négligé jusqu’à présent. La dernière rétrospective consacrée au peintre en 2007 à Paris ne montrait que deux toiles de sa période suisse alors qu’il en a peint une centaine. D’abord, il y a eu de nombreux faux Courbet, déjà du vivant du peintre. Et lui-même a été soupçonné à la fin de sa vie d’avoir délégué sa peinture à des assistants. On sait qu’il envoyait des tableaux non-signés en France, pour éviter leur saisie par les douanes, et ses émissaires signaient les tableaux a posteriori. D’où une certaine méfiance. Mais Laurence Madeline, conservateur en chef à Genève a mené l’enquête avec des historiens d’art. Et l’existence d’un grand atelier suisse autour de Courbet s’avère largement infondée…

Portrait d'Hector Berlioz - Gustave Courbet (1850)
Portrait d'Hector Berlioz - Gustave Courbet (1850)

Courbet a peint Berlioz mais il lui avait fait une tête de pasteur luthérien et le compositeur a refusé ce tableau que le peintre a emmené dans son exil. Il l’exposait dans sa maison sur les rives du Léman, avec d’autres tableaux, certains à vendre. Ça ne marchait pas fort. Le peintre s’en plaint dans ses lettres. Pourtant, de nombreux documents dans l’exposition montrent qu’il n’était pas aussi déprimé qu’on l’avait cru. On a longtemps identifié Courbet, à ses tableaux magnifiques de truites, peints juste avant son exil, où l’on voit les poissons pris à l’hameçon, en train d’agoniser. Ils sont d’ailleurs exposés à Genève. Or qu’apprend-on en Suisse ? La police verbalise le peintre pour des injures et un bain tout nu dans le lac. Il chante dans la chorale de Vevey. Il randonne, il fait bonne chère, il descend des caisses de cognac avec des amis, comme le journaliste Henri Rochefort dont il fait le portrait. Pas content non plus, Rochefort. Il dira : tu m’as fait une tête de bijoutier portugais ! Quant aux assistants de Courbet, Marcel Ordinaire et Pata, les archives prouvent qu’ils n’ont fait que des séjours limités en Suisse.
Tous les tableaux suisses de l’exposition sont-ils bien de Courbet ? On l’espère. Il y a une série de sept tableaux représentant le château de Chillon, assez inégale. Mais Courbet a peint une vingtaine de fois ce motif assez touristique. Il a peut-être fini par s’épuiser. En revanche, il y a d’autres toiles magnifiques : des vues du Léman où Courbet reprend des effets de lumière comme autrefois dans ses marines à Trouville. Il peint une grotte et de grands arbres, en se souvenant de sa vallée d’Ornans. Et puis il s’affronte aux Alpes. Laurence Madeline a découvert dans une collection privée un grand fragment de tableau qui vient d’être acheté par les musées de Genève. On y voit le massif du Gramont et les dents du Midi, peints au couteau et pourtant d’un réalisme saisissant. Courbet, on le sait, a travaillé parfois d’après des photographies. Et là, franchement, on le jurerait !

♫ EXTRAITS

Hector Berlioz - Reverie et caprices opus 8
Adagio
Yehudi Menuhin, violon
Philharmonia orchestra/ Sir John Prittchard
EMI 2641492

Franz Liszt - Années de pèlerinage
Première année : la Suisse
Au lac de Wallenstadt
Oliver Schnider, piano
SONY 88697972242


Expositions

Gustave Courbet, les années suisses
Musée Rath de Genève, jusqu’au 4 janvier 2015
Renseignements au 00 41 22 418 26 00 ou sur le site

Gustave Courbet à la Fondation Beyeler, dans la banlieue de Bâle
Jusqu’au 18 janvier 2015
Renseignements sur le site de la fondation

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