Samedi 10 janvier 2015
12 min

Exposition "Des Animaux et des Pharaons" au Louvre-Lens

Ce matin, Cécile Jaurès nous emmène dans le Nord Pas-de-Calais, au Louvre-Lens où une belle exposition s’intéresse à la place de l’animal dans l'Égypte ancienne.

Passé l’engouement de l’ouverture qui a amené à Lens 900 000 visiteurs, l’antenne décentralisée du Louvre continue d’attirer du monde. En 2014, 600 000 personnes ont arpenté la «galerie du temps», qui présente environ 200 œuvres en permanence et dont, je le rappelle, l’entrée reste gratuite jusqu’en décembre 2015. Mais la gratuité ne fait pas tout et les équipes du musée ont su développer une politique d’expositions temporaires originales, comme celle consacrée à la guerre au printemps dernier.
Ils ont bien compris que la qualité, et surtout, l’accessibilité des expositions sont essentielles pour gagner le pari de la démocratisation culturelle. «Des animaux et des pharaons» en fait la brillante démonstration : le parcours rassemble, certes, 430 pièces de toute beauté issues des collections du Louvre, dont une grande partie est sortie exceptionnellement des réserves et restaurée pour l’occasion, mais la présentation fait aussi preuve d’une remarquable pédagogie.
L’exposition met en lumière le rôle-clé des animaux dans l’Égypte ancienne. Oui, les animaux sont omniprésents dans la vie quotidienne et les croyances des Egyptiens. Ce qui leur a valu d’ailleurs une mauvaise réputation dès l’Antiquité. Les auteurs classiques, grecs ou romains, puis les premiers penseurs chrétiens, ont tenu des propos sévères sur ces «barbares» qui idolâtraient des bêtes. On va se gausser jusqu’au XIXème siècle de ces divinités chimériques, mi-homme, mi-animal. Daumier les croque même avec des têtes de cochon ou de cigogne pour mieux les ridiculiser ! On va attendre l’expédition de Bonaparte en 1798 et l’essor de l’égyptologie scientifique pour comprendre que la vénération des Egyptiens pour le règne animal est bien plus complexe qu’une simple zoolâtrie. L’exposition raconte comment les prêtres de l’Égypte ancienne se sont servis de la métaphore animale pour expliquer le monde invisible au commun des mortels. En fait, ils assimilent les divinités à des figures animales en raison de leur apparence ou de leur comportement. Le dieu Thot, par exemple, patron des scribes et inventeur du langage, emprunte ses traits au babouin dont les Egyptiens avaient observé le système de communication élaboré. La truie, elle, est associée à Nout, car la déesse du ciel avale le soleil comme la truie dévore parfois ses petits avant d’avoir une nouvelle portée. Le chacal, qui enterre ses proies, est assimilé à Anubis, le gardien des nécropoles. Au fil du temps, un glissement s’est opéré et les Egyptiens ont fini par vouer un culte à l’animal comme l’incarnation du divin.

Source photo : France Bleu
Source photo : France Bleu

On parle des animaux dans l’Égypte ancienne mais la faune était-elle la même qu’aujourd’hui ? Pas vraiment. Nombre d’espèces ont disparu avec l’évolution du climat, parfois même dès l’Antiquité. Figurez-vous qu’il y avait autrefois en Egypte des savanes humides peuplées de girafes, de lions et d’éléphants. Les gazelles et les singes étaient des animaux de compagnie prisés des dames de la haute société. Ces derniers étaient d’ailleurs aussi utilisés par les paysans pour cueillir des fruits dans les arbres, comme le montre un joli calcaire peint. Les fresques représentent à foison des scènes de pêche au filet, de chasse ou de labour. Les artistes égyptiens rendent avec beaucoup de précision la morphologie et l’anatomie des animaux. Ils veillaient toujours à glisser, même dans des représentations stylisées, des détails caractéristiques. On peut voir, par exemple, une fascinante statuette de chat à l’affut, prêt à bondir, ou un ibis en bois et en cuivre qu’on peine à différencier de son voisin, empaillé. Pour autant, l’art n’est jamais gratuit : chaque représentation a une valeur symbolique et magique.

L’animal accompagne les Égyptiens jusque dans la tombe. Comme le défunt ne doit manquer de rien pendant le voyage dans l’au-delà, on lui fournit une profusion d’offrandes funéraires, réelles ou symboliques ; comme ces étonnants simulacres de «canards prêts à cuire» en albâtre. On embaume aussi son animal de compagnie pour qu’il partage l’éternité de son maître. À la Basse époque, la momification animale devient même une véritable industrie. Parmi ses milliers de momies de chat, de crocodile, de faucon, de poisson offertes aux divinités ou retrouvées dans les tombes, un bon nombre sera racheté par les Anglais pour servir de combustibles pour les locomotives à vapeur ou d’engrais pour les champs !

♫ EXTRAITS

Rondeau anonyme - En Egypte m’en veut aller
Ensemble Obsidienne
Emmanuel Bonnardot, direction
CALLIOPE CAL 9344


EXPOSITION
Des animaux et des pharaons - Le règne animal dans l'Égypte ancienne
Louvre-Lens
Jusqu’au 09 mars 2015

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