Samedi 26 juillet 2014
14 min

Ernest Pignon-Ernest à Eymoutiers

Aujourd’hui, direction la Haute-Vienne dans une petite ville située à 50km de Limoges, Eymoutiers. On y trouve l’Espace Rebeyrolle, un bâtiment de l’architecte Olivier Chaslin qui abrite une collection d’oeuvres du peintre Paul Rebeyrolle, né à Eymoutiers en 1926, mais aussi de remarquables expositions temporaires. Comme celle de cet été, consacrée à l’artiste dénommé Ernest Pignon-Ernest.

Par Guillaume Goubert du Journal La Croix

ernest pignon ernest
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Ernest Pignon, qui est né à Nice en 1942, avait à ses débuts un problème, celui d’être confondu avec un autre peintre plus âgé et plus connu que lui, Édouard Pignon. Il a donc pris le parti de signer ses œuvres «Pignon - Ernest». Certains ont cru que c’était son nom de famille et il s’est retrouvé dénommé Ernest Pignon-Ernest. Et il a gardé ce patronyme. Ernest Pignon-Ernest a été en France un pionnier du «street art», littéralement  : l’art de rue. Il duplique ses dessins en sérigraphie sur de grandes feuilles de papier blanc et va les coller dans les rues, sans demander d’autorisation. Et ses œuvres, si elles ne sont pas arrachées par les autorités, restent sur les murs parfois longtemps, en se dégradant doucement. Il y a très souvent chez Ernest Pignon-Ernest une motivation «politique» au sens tout à fait noble du terme. Il veut, susciter la surprise chez le passant et l’amener à réfléchir. Un exemple : au début des années 1980, en pleine dictature de Pinochet, Ernest Pignon-Ernest allait coller dans les rues de Santiago du Chili des portraits en pied du poète Pablo Neruda, symbole des années Allende. Plus récemment, il a collé à Ramallah et à Jérusalem-Est des portraits du poète palestinien, Mahmoud Darwich. Ainsi que des images d'objets plus quotidiens comme ces vieilles clés qui symbolisent les maisons annexées par les Israéliens depuis 1948.
De 1988 à 1995, Ernest Pignon-Ernest a réalisé de nombreux dessins qu'il a collés dans les rues de Naples. Là, il s'est beaucoup inspiré de la peinture du Caravage ou de Luca Giordano pour des œuvres très charnelles. Ainsi des images de gisants qu'il collait au ras du sol comme si ces corps reposaient dans un soupirail. Il y a aussi une superbe série intitulée "les âmes du purgatoire". Directement inspiré du triptyque que le Caravage a consacré à saint Mathieu dans l'église Saint-Louis des Français de Rome, on y voit un ange tendre le bras à un homme nu, comme pour l'extirper de l'enfer. La réussite particulière de ces séries napolitaines est que la fragilité des feuilles de papier collées par l'artiste s'accorde très naturellement avec le décor somptueux et décati de Naples.

Une oeuvre d'Ernest Pignon-Ernest dans les rues de Naples
Une oeuvre d'Ernest Pignon-Ernest dans les rues de Naples

Il y a beaucoup de travaux préparatoires qui permettent de mesurer tout l'art du dessin de Pignon-Ernest. Lorsqu'il cite Ingres ou le Caravage dans ses croquis, son trait est véritablement digne des maîtres. C'est ce que souligne le commissaire de l'exposition Jean-Louis Prat dans un texte de présentation : "Il fait appel à notre mémoire, à notre passé, pour parler au présent. À l’aide d’une technique classique du dessin portée à son plus haut niveau (...), Ernest Pignon-Ernest parle un langage parfaitement contemporain."

♫ EXTRAITS

Carlo Gesualdo / Ascanio Maione - Madrigal "Deh, come ivan sospiro"
Concerto soave
Jean-Marc Aymes, direction
ZIZA ZZT319

Dimitri Chostakovith - Symphonie n° 7 en ut M opus 60
Premier mouvement
Orchestre du Theâtre Marinski
Valery Guerguiev, direction
MARIINSKI MAR0533


EXPOSITIONErnest Pignon-Ernest
Hors les Murs
Du 22 juin au 30 novembre 2014

Espace Paul Rebeyrolle
87120 Eymoutiers

RENSEIGNEMENTS au 05 55 69 58 88 ou sur le site

Autre exposition est à signaler : Ernest Pignon-Ernest et les caravagesques
au Musée de Vire dans le Calvados
Jusqu'au 26 octobre 2014

L'équipe de l'émission :