Samedi 7 mars 2015
10 min

Charles de La Fosse exposé à Versailles

Ce matin, Sabine Gignoux nous emmène à Versailles à la découverte d’un peintre oublié : Charles de La Fosse.

On visite souvent le château de Louis XIV pour son architecture, le parc dessiné par Le Nôtre, sans s’attarder sur ses peintures, ses décors plafonnants. Pourtant, c’est un musée assez extraordinaire. Derrière le grand Charles Le Brun, le maître de la galerie des glaces, il y a aussi toute la kyrielle de ses élèves souvent brillants, comme Charles de La Fosse, auquel le château consacre aujourd’hui une exposition.

Le parcours commence dans les grands appartements du roi où plusieurs décors viennent d’être rénovés…

Charles de la Fosse a notamment décoré le plafond de la salle du trône, l’ancienne chambre du roi, avec un ciel lumineux où Apollon conduit le char du soleil, l’emblème de Louis XIV, bien sûr. Dans le salon de Diane, il a aussi peint au-dessus d’une cheminée, une superbe scène : le sacrifice d’Iphigénie. Où l’on mesure toute sa sensualité, son goût pour la beauté féminine, sa palette qui le rattache à Rubens.

Pourtant, La Fosse venait d’une école assez différente, celle de Charles le Brun.

Un maître qui était partisan d’un art plus intellectuel que sensuel, davantage fondé sur le dessin que sur la couleur. Vous avez peut-être entendu parler, d’une querelle artistique fameuse sous le règne de Louis XIV : la querelle du coloris. Eh bien, c‘est assez amusant, Charles de La Fosse entre à la prestigieuse Académie royale de peinture en 1671, précisément l’année où cette dispute éclate. Elle va opposer les partisans du dessin, de la forme idéale qui s’adresse à l’esprit, à ceux qui préfèrent, au contraire, toucher les sens en privilégiant la touche et la couleur. Il y aura des débats enflammés, des pamphlets… Et Charles de La Fosse, lorsqu’il va devenir directeur de l’académie à la toute fin du XVIIe siècle, va clairement choisir son camp et aider à la victoire de la couleur ! On le voit dans ses tableaux : il a une palette très raffinée, des effets moirés empruntés à Véronèse. Jeune homme, de La Fosse avait choisi de résider trois ans à Venise. Et bien sûr, cela a laissé des traces dans sa peinture…

Toile complète et détail de l'oeuvre - Renaud et Armide. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Basildon Park
Toile complète et détail de l'oeuvre - Renaud et Armide. Charles de La Fosse (1636-1716). Huile sur toile. Basildon Park

Armide de Lully a inspiré le peintre Charles de la Fosse.

C’est le sujet d’un des très beaux tableaux de l’exposition de Versailles. On y voit la magicienne Armide tomber amoureuse du chevalier Renaud endormi, le tout peint dans des tons dorés, avec une composition en cascade comme les boucles blondes d’Armide. Franchement, on est sous le charme ! C’est une époque, la fin du XVIIe siècle où commencent à triompher les sujets galants, les fables sur les amours des Dieux, au détriment des grands sujets héroïques. La Fosse, même s’il a peint aussi de grands décors religieux, notamment la coupole des Invalides, va exceller dans ces peintures séduisantes qui montrent Bacchus et Ariane, Apollon et Clythie, ou encore la belle Europe enlevée par Jupiter… Et cette mode a des échos bien sûr dans la musique , puisque au même moment, Charpentier compose les amours d’Acis et Galatée, Marin Marais son Ariane et Bacchus, et l’on pourrait en citer bien d’autres…

Ce goût pour les sujets galants annonce déjà le XVIIIe siècle...

Et d’ailleurs on a souvent présenté Charles de La Fosse comme un artiste de transition. Si vous voulez, c’est le chainon manquant entre l’art classique de Le Brun et l’art beaucoup plus aimable de Watteau. Il était d’ailleurs ami avec Watteau, malgré leurs presque 50 ans de différence. Il l’a même sans doute recommandé auprès d’un de ses mécènes, le grand collectionneur Pierre Crozat… On sent que Watteau a beaucoup regardé les œuvres de Charles de La Fosse, notamment ses très beaux dessins d’enfants ou de femmes en trois couleurs, à la craie, la sanguine et la pierre noire. Et l’exposition de Versailles s’achève sur un dessin étonnant à quatre mains, attribué par certains auteurs à de La Fosse et Watteau. On devine un corps de femme nue, recouvert par un second crayon, d’un nu masculin, dont le sexe coïncide exactement avec celui du premier modèle. Un joli résumé de la belle fécondité de l’art de Charles de La fosse auprès des générations à venir.

♫ EXTRAITS

Jean-Baptiste Lully - Armide
Acte 3 scène 1 : "Ah, si la liberté doit m’être ravie"
Rachel Yakar, Armide
Ensemble vocal et instrumental de la Chapelle Royale
Philippe Herreweghe, direction
ERATO 2292-45791-2

Marc-Antoine Charpentier - Acis et Galatée
Ouverture
La Simphonie du Marais
Hugo Reyne, direction
VRGN 5452292


Jusqu’au 24 mai au Château de Versailles.
Renseignements au 01 30 83 78 00 ou sur le site du Château de Versailles

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