Samedi 13 juin 2015
11 min

Anish Kapoor s'expose à Versailles

Ce matin, Sabine Gignoux nous fait découvrir les œuvres du sculpteur Anish Kapoor, exposées en ce moment au château de Versailles.

Vous en avez peut être entendu parler ces jours-ci. Il y a eu une polémique parce que l’artiste a comparé une de ses sculptures « à une oreille ou un vagin ». Et certains ont trouvé l’image indécente pour un site historique comme Versailles. L’oeuvre en question, Anish Kapoor la décrit aussi comme une « déesse mère » qu’il aurait exhumée en retournant le parc de Versailles dessiné par Le Nôtre. C’est une fable qui vient bousculer notre perception de ces jardins à la française, avec leur géométrie immuable, leur nature sous contrôle.

Kapoor n’ avait pas déjà exposé une sculpture monumentale en 2011 sous la verrière du Grand Palais?

Oui. L’oeuvre s’appelait Léviathan. C’était une énorme structure gonflable en membrane de pvc rouge sang, comme un écorché. On pouvait pénétrer à l’intérieur : c’était à la fois fantastique et troublant. Surtout pour certains visiteurs claustrophobes… Anish Kapoor a toujours adoré créer des sculptures qui perturbent les sens en nous renvoyant à des émotions très primitives. Il s’intéresse à la spiritualité, au rapport de l’homme avec la nature, au mystère de l’origine… Cela tient sans doute à ses racines. Il est né à Bombay d’un père hindou et d’une mère juive. Puis il est venu étudier l’art en Angleterre. Ses premières sculptures, dans les années 1980, ressemblaient à des châteaux de sable, des architectures minuscules construites en pigments très colorés, comme ceux que l’on trouve dans les temples de l’Inde. Puis il a sculpté des miroirs concaves aux reflets inversés. Il a tapissé des cavités de pigments jaune d’or dans lequel le regard se perd à l’infini. Il a modelé des bosses sur des murs, comme des ventres de femmes enceintes. Dès 1990, Kapoor a représenté la Grande Bretagne à la Biennale de Venise. Depuis, il a été exposé un peu partout dans le monde. Il a réalisé des oeuvres de plus en plus monumentales avec de nouveaux matériaux comme la cire… En 2013, il a même été annobli par la reine d’Angleterre. Le trublion de Versailles est donc, Dominique, un jeune homme de 61 ans, qui porte le titre de « Sir ».

Source photographie : Trends periodical
Source photographie : Trends periodical

Décrivons les sculptures que Sir Anish Kapoor expose aujourd’hui à Versailles…

Sur la terrasse, il a placé deux grands miroirs qui jouent à tordre l’architecture du château et à renverser la terre et le ciel. C’est efficace. Ca fait la joie des touristes qui se photographient devant. Mais bon, ce ne sont pas, à mon avis, les œuvres les plus intéressantes. Je préfère la sculpture cachée dans le Bosquet de l’Etoile. C’est un cube noir monumental en apparence très minimaliste, très froid, sauf qu’il est percé d’orifices rouge sang. Et quand on pénètre à l’intérieur, ce bloc ressemble à un grand corps vivant, traversé par des artères. Un peu plus loin devant le grand canal, Kapoor a fait creuser un bassin dans lequel l’eau tourbillonne et disparaît au centre, comme aspirée par un siphon. On entend des grondements sourds. On pense à des sources souterraines. A tous ces courants, cette énergie que le Nôtre a fait capter, détourner pour alimenter ses bassins à Versailles, ses miroirs d’eau si calmes, si sages. Anish Kapoor le dit : lui a voulu révéler le revers chaotique et sauvage de ce parc où l’homme prétend domestiquer la nature. C’est pourquoi il a aussi creusé et retourné la pelouse du tapis vert, pour exhumer un tas de roches, de ruines et cette forme féminine qui a alimenté la controverse. Comme pour nous rappeler d’où ces jardins sont nés. Et aussi que ce parc, aussi beau soit-il, n’est qu’une construction illusoire, un rêve qui, tôt ou tard, retournera à la ruine et au désordre. Dans la spiritualité bouddhiste, on appelle cela « l’impermanence ». Cette idée que rien n’est stable dans ce monde, tout passe, tout se transforme.

Une dernière œuvre se trouve dans la Salle du Jeu de Paume…

C’est l’endroit historique où est née notre démocratie, où les députés du Tiers Etat ont fait le serment, le 20 juin 1789, de ne pas se séparer avant d’avoir doté le pays d’une constitution. La scène révolutionnaire immortalisée par David a été reproduite en grand format sur un mur. En face, Kapoor a installé un canon qui a tiré dans un angle des cartouches de cire rouge comme de la chair. On dirait une peinture abstraite et une scène de crime. Là encore, Kapoor nous révèle la part de violence, de désordre caché derrière le décor.


♫ EXTRAITS

François Richard - Air de cour : "Hélas, que je souffre de mal.."
Il seminario Musicale
Gérard Lesne, contre-ténor
Blandine Ranou, clavecin
Benjamin Perrot, luth
MBF MBF 1107/2

Niccolo Paganini - Variazioni sulla Carmagnola MS 1
Franco mezzena, violon
Adriano Sebastiani, guitare
DYNA COS 03

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