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Entretien
Mercredi 12 mai 2021
3 min

Sorties de disques : risque d'embouteillage et de saturation du marché de la musique enregistrée

Suite à l'arrêt de la vie musicale depuis plus d'un an maintenant, les musiciens ont pris davantage le temps d'aller en studio d'enregistrement. Résultat : de nombreux disques abondent sur le marché. Didier Martin, directeur du label Alpha, s'inquiète d'un risque de saturation.

Sorties de disques : risque d'embouteillage et de saturation du marché de la musique enregistrée
Suite à la crise sanitaire, on a assiste à une augmentation massive du nombre de sorties de disques au risque de faire face à une véritable saturation du marché, © Getty / ishai01

Depuis un an, pendant l'absence de concerts en public, les enregistrements se sont multipliés. Comme pour les films au cinéma, risque-t-on l'engorgement ? La situation n'est cependant pas la même, car les cinémas ont complètement baissé le rideau, tandis que les disquaires sont restés ouverts à partir de ce troisième confinement, en plus des plateformes de streaming existantes. "Il y a eu un babyboom sur les enregistrements pendant cette période, le nombre de sorties dans les tuyaux est assez gigantesque", nous dit Didier Martin, directeur du label Alpha.
Le calendrier de sorties, pour ne pas saturer le marché du disque, doit être conçu soigneusement et étalé dans la durée. Pour ce faire, les maisons de disques entres elles doivent communiquer, pour l'intérêt de tous, artistes compris. "On appelle tout le monde à la discussion pour ne pas qu'il y ait un embouteillage monstrueux, ça n'aurait pas de sens", poursuit-il.

Certains disques, malheureusement, peuvent passer à travers les mailles du calendrier, pourtant bien ficelé. Le risque ? Des sorties numériques uniquement, voire des disques sacrifiés : "la sortie numérique est une décision commune avec les artistes pour sortir rapidement, ce qui n'empêche pas une sortie physique plus tard."
A l'inverse de l'embouteillage et des sorties tardives, certaines maisons de disque sont allées dans l'urgence et sortaient des disques, à peine quelques mois après leur enregistrement, ce qui ne fut pas le cas d'Alpha, comme nous explique Didier Martin "les distances ont rendu les enregistrements difficiles eten ce qui nous concerne, on a été vigilant à ce que toutes les conditions soient réunies pour l'enregistrement et la sortie."

Des difficultés à l'enregistrement

Même si le temps ne manquait pas, des difficultés d'enregistrements se sont aussi observées d'un point de vue matériel et humain : les ingénieurs du son, instruments et lieux d'enregistrements, sur-sollicités, étaient difficiles à trouver !
Des points positifs émergent néanmoins, notamment sur la floraison de captations, habituellement en bien moins grand nombre, ainsi que les écoutes en streaming, en augmentation "ça a été l'opportunité de faire certaines choses qui n'auraient pas été possibles comme les enregistrements d'opéras, et cela a remis le disque au cœur des pratiques culturelles des mélomanes. Mais tout de même, ça n'enlève pas la crise", conclut Didier Martin.

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