Au fil de l'actu
Entretien
Mercredi 16 juin 2021
3 min

Turquie : les musiciens toujours privés de concerts

Tandis que la vie a pratiquement repris son cours en Turquie, le gouvernement a annoncé que les performances musicales et concerts resteraient interdits, provoquant l'indignation et la détresse des musiciens turcs. Anne Andlauer, correspondante à Istanbul, nous éclaire sur la situation du pays.

Turquie : les musiciens toujours privés de concerts
Quartier historique d'Istanbul en Turquie - Au fil de l'actu, © AFP / DIEGO CUPOLO / NURPHOTO

Que faire quand on est musicien mais privé de concerts, de public, de revenus ? C’est l’épreuve que traversent des dizaines de milliers d’artistes en Turquie, un pays dans lequel on n’a quasiment plus entendu de musique dans l’espace public, depuis le début de l’épidémie de Covid-19. Malgré une forte baisse du nombre de contaminations ces dernières semaines, les concerts demeurent interdits et les musiciens crient leur mal-être.
Cela fait plus d’un an que le gouvernement turc interdit les concerts, autant dans les salles et les festivals en plein air que dans les cafés et les bars, au motif d’empêcher la propagation du virus. Cela veut dire que les musiciens n’ont pas joué en public depuis le début de la pandémie, mais surtout que la plupart n’ont plus de travail, donc plus de revenus. Lorsque les autorités ont annoncé que les cafés, comme la quasi-totalité des lieux accueillant du public, allaient pouvoir rouvrir le 1er juin dernier, les musiciens espéraient bien reprendre du service. 

Le ministère de la Culture turc a mis en place en début d’année, un programme de soutien pour les musiciens. Il a permis, selon les chiffres officiels, à 24.500 d’entre eux de toucher environ 100 euros par mois pendant 5 mois. Une somme à laquelle est venue s’ajouter une subvention de 300 euros accordée ce mois-ci. Toutefois, ces aides n’ont bénéficié qu’à une petite partie des musiciens. Beaucoup de ceux qui se produisent dans des bars, par exemple, ne sont pas déclarés. Certains ont dû trouver du travail ailleurs, ou bien même se résoudre à vendre leur instrument.
Entre perte de contact, de motivation et avec les dettes qui s'accumulent, les musiciens confient leur détresse. Des syndicats de musiciens affirment qu’une centaine d’entre eux ont mis fin à leurs jours depuis mars 2020.  

ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

Alors que le nombre officiel de contaminations quotidiennes a été divisé par dix en un mois grâce à un confinement strict, les musiciens ont l'impression d’être injustement écartés du déconfinement. Ils jugent cette exclusion absurde dans la mesure où les bars et les restaurants qui accueillaient leurs concerts ont pu rouvrir au début du mois.
Il y a eu, cependant, beaucoup d’initiatives spontanées, individuelles ou collectives. Le principal parti d’opposition, le CHP social-démocrate, qui dirige depuis deux ans la mairie d’Istanbul, a lancé en mai un programme baptisé « Istanbul est une scène ». Ce programme permet aux artistes de chanter, tout en étant rémunérés, dans les parcs et sur les places publiques. Un deuxième exemple de solidarité est celui des artistes célèbres qui ont vendu leurs instruments aux enchères pour récolter de l’aide pour leurs confrères plus démunis. 

Anne Andlauer - Correspondante Radio France à Istanbul 

L'équipe de l'émission :