Au diable Beauvert
Entretien
Dimanche 30 juin 2013
1h 22mn

Pascal Dusapin

Pascal Dusapin, compositeur

Une fois n’est pas coutume, j’évoquerai un souvenir personnel aujourd’hui. Mon invité et moi sommes Lorrains de souche, lui de Nancy, moi de Metz, deux villes antagonistes depuis toujours, mais le week-end j’allais souvent chez mon oncle jouer avec mon cousin, en face de la maison du docteur dont le fils avait notre âge mais n’avait pas le droit de participer à nos escapades. Bien des années plus tard, ayant chacun choisi la musique à notre manière, nous nous sommes retrouvés et aujourd’hui il a beaucoup de choses à nous dire, alors montez le son !

A voir ce géant de près de 2 mètres, nul ne se doute qu’à partir de 7 ans il a passé de longs séjours à l’hôpital, sujet notamment à de graves crises d’épilepsie, et que s’il a aujourd’hui une vie heureuse, c’est à lui seul et à sa volonté qu’il la doit.
Adolescent, il découvre l’orgue un jour de colle au pensionnat et s’y met, tout comme au piano, mais son corps refuse l’instrument et il ne sera jamais le jazzman qu’il rêve de devenir. A cette époque, il se définit lui–même comme un véritable chat sauvage mais littéraire en même temps, ce qui en fera un bibliophile qui possède entre autres tout Flaubert ou tout Beckett en édition originale.
Il sera tour à tour postier, professeur de piano ou employé chez un diamantaire, mais à 18 ans, découvrant le Polytope de Cluny, c’est décidé, il sera compositeur - et abandonne ses études d’architecture pour travailler avec Iannis Xenakis, sans passer par la case Conservatoire.
Depuis, ce profond mélancolique, nourri des grands mythes, de Médée à Faust, en passant par Orphée ou Roméo qu’il mettra en opéra, a fait sienne la devise de Stravinsky : "Il faut se faire commander les choses que vous avez envie d’écrire".
Aujourd’hui, il vit de et par sa musique, une existence en noir et blanc, écrivant la nuit, tirant le moindre dièse à la clé, en écoutant la musique des autres, et photographiant le jour, des tirages argentiques où la figure humaine n’apparaît que comme en creux, comme dans son Homme de fumée, Perelà.
Mais ce midi c’est nous qui lui tirerons le portrait, alors faites vite une place à notre table à Pascal Dusapin !

Avec la complicité téléphonique de Vanessa Wagner, pianiste, et d'Alexandre Desplat, compositeur

Programmation musicale

Pascal Dusapin
Seven Solos : I, Go
Orchestre Philharmonique de Liège Wallonie Bruxelles, direction Pascal Rophé
[Naïve MO 78180]

Pascal Dusapin
Aufgang, concerto pour violon et orchestre
Renaud Capuçon, violon
WDR Sinfonieorchester Köln, direction Jukka-Pekka Saraste
Bande non commercialisée

Cole Porter
Ev'ry Time We Say Goodbye
John Coltrane, saxophone
[Pablo Records DIDX 077128]

Pascal Dusapin
Roméo et Juliette : Le Matin
Françoise Kubler, mezzo/Nicholas Isherwood, baryton-basse/Armand Angster, clar.
Groupe Vocal de France / Orchestre Symphonique du Rhin-Mulhouse, direction Luca Pfaff
[Accord 201162]

Pascal Dusapin
To Be Sung : A Large and Lofty Room...
Ensemble Le Banquet, direction Olivier Dejours
[FMA 216026]

Pascal Dusapin
Red Rock
Ensemble Voxnova
[Mode 68]

Pascal Dusapin
Medeamaterial (extrait)
Traffic Quintet
[Universal Music 476419]

Pascal Dusapin
Quatuor à cordes n° 3 : IV
Arditti Quartet
[AEon 0983]

Robert Schumann
Nachtstücke op. 23 : III, Mit grosser Lebhaftigkeit
Vanessa Wagner, piano
[Lyrinx 210]

Pascal Dusapin
Etude n° 2
Vanessa Wagner, piano
[Musicales Actes Sud 08]

Pascal Dusapin
Perelà Uomo di Fumo : IV, Le Thé, scène 4
Scott Wilde, basse
Choeurs de l'Opéra National de Montpellier / Orchestre National de Montpellier, direction Alain Altinoglu
[Naïve MO 782168]

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