Entretien
Dimanche 23 décembre 2012
1h 22mn

Nelson Freire

Nelson Freire, pianiste

Nelson Freire
Le pianiste Nelson Freire

Autant vous le dire tout de suite, ça ne va pas être facile aujourd'hui car notre invité est aussi timide qu'artiste jusqu'au bout des doigts, et lorsqu'on sait qu'il est l'un des pianistes les plus éminents de son temps, vous comprendrez qu'il ne sera pas aisé de parler de lui en sa présence. Qu'à cela ne tienne, on causera alors beaucoup de ce et de ceux qu'il aime. Bref, dépliez tranquillement votre serviette et montez le son !

C'est à Boa Esperanza qu'il voit le jour, lorsque son oncle médecin lui tape sur les fesses pour qu'il accepte de respirer, un gros bourg de 12.000 âmes pour deux pianos dont celui que sa mère, avec son premier salaire d'institutrice, a fait venir d'Allemagne pour sa soeur. Allergique à tout, même à ce qu'on lui touche les oreilles, il ne se nourrit que de la pâte de goyaves que lui prépare son père pharmacien et, dès l'âge de 3 ans, s'installe sous le clavier de son aînée, si bien que deux ans plus tard il a déjà une cinquantaine d'oeuvres à son répertoire, de la Deuxième Rhapsodie de Liszt à "La Vie en rose".

Ses dons et son état de santé nécessitent le déménagement de toute la famille à Rio où son père, délaissant l'officine pour la banque, le confie à la jeune Nise Obino, elle-même disciple de la grande Lucia Bianca. A 12 ans, il arrive en finale au concours de Rio, avec rien de moins au jury que Marguerite Long, Lili Kraus, et son idole de toujours, Guiomar Novaes, dont il possède aujourd'hui le Steinway - et reçoit une bourse pour aller à Vienne étudier auprès de Bruno Seidlhofer qui le fascine pour avoir formé Friedrich Gulda, lequel venait de triompher lors d'une tournée au Brésil. Et là, il rencontrera celle qui devient sa partenaire et son amie, Martha Argerich.

Le retour de l'enfant prodige au pays sera un peu difficile, pour celui qui se rêvait d'être Burt Lancaster et n'imaginait pas gagner sa vie avec la musique. Un ami lui offre les deux Rhapsodies de Brahms, et il se remettra au clavier pour ne plus jamais le quitter, lui le solitaire qui aime à s'entourer d'amis pour dîner, lui qui doit si souvent revêtir le frac mais vit pieds nus, lui enfin qui collectionne les montres pour ne jamais les porter.

Mais en cette veille de Noël, il est parfaitement à l'heure : faisons donc une place à notre table pour recevoir aujourd'hui Nelson Freire !

Avec la complicité téléphonique de Nikolai Lugansky, pianiste, et de John Neschling, chef d'orchestre

Programmation musicale

Heitor Villa-Lobos
Choros n° 5 (Alma Brasileira)
Nelson Freire, piano
Decca 478 3533

Frédéric Chopin
Valse n° 14 en mi mineur (op. posthume)
Nelson Freire, piano
Sanctus 026

Ludwig van Beethoven
Concerto pour piano n° 4 en sol majeur op. 58 : II, Andante con moto
Guiomar Novaes, piano
New York Philharmonic
George Szell
BNDES

Jean-Sébastien Bach
Caprice sur le départ de son frère bien-aimé en si bémol majeur BWV 992 : Fuga
Bruno Seidlhofer, piano
Supraphon LPM 77

Heitor Villa-Lobos
Farrapos, dança indigena n° 1 (Danças caracteristicas africanas)
Magda Tagliaferro, piano
EMI 5 69476 2

Maurice Ravel, arr. Peter Sadlo
Rhapsodie espagnole (arrangement pour deux pianos et percussions) : IV, Feria. Assez vif
Martha Argerich et Nelson Freire, pianos / Peter Sadlo et Edgar Guggeis, perc.
Deutsche Grammophon 439 857 2

Franz Liszt, d'après Richard Wagner
Mort d'Isolde
Antonietta Rudge, piano

Heitor Villa-Lobos
Choros n° 6
Orchestre symphonique de Sao Paulo
John Neschling
BIS 1450

Frédéric Chopin
Nocturne en fa majeur op. 15 n° 1
Youra Guller, piano
Doron 4012

Franz Liszt
Etude n° 10 en fa mineur (Douze Etudes d'exécution transcendante)
Nikolai Lugansky, piano
Ambroisie 205

Heitor Villa-Lobos
Valsa da dor
Nelson Freire, piano
Decca 478 3533

Sur le même thème

Les invités :
L'équipe de l'émission :