Dimanche 19 juillet 2020
1h 30mn

Des Américains à Paris (1925-1930) : Joséphine Baker, la princesse de Polignac, Copland et Gershwin

Suite de cette décennie excentrique dans la ville-lumière, en compagnie des artistes venus des Etats-Unis : Cole Porter, Aaron Copland, la princesse de Polignac, George Gershwin et Joséphine Baker !

Des Américains à Paris (1925-1930) : Joséphine Baker, la princesse de Polignac, Copland et Gershwin
Portrait of American-born singer and dancer Josephine Baker (1906 - 1975) lying on a tiger rug in a silk evening gown and diamond earrings. , © Getty / Hulton Archive/Getty Images

Programmation musicale

Joséphine Baker est une adolescente de 18 ans quand elle arrive à Paris en septembre 1925. Issue d’une famille d’artistes fauchés du Missouri, mariée à l’âge de 13 ans, elle s’est enfuie à New York, pour danser dans la rue, et finalement intégrer une troupe de théâtre. Elle décroche un petit rôle dans la toute première comédie musicale au casting entièrement noir de Broadway, Shuffle Along. Elle tient alors un rôle de danseuse comique. Elle est repérée dans ce registre clownesque, se fait embaucher avec d’autres comédiens et danseurs ainsi qu’un petit orchestre, dans lequel on trouve Sydney Bechet, pour traverser l’Atlantique. 

La troupe arrive à Paris à la demande de Rolf de Maré, directeur du Théâtre des Champs-Elysées. Ses proches, notamment Fernand Léger, lui conseillent de faire venir des artistes noirs. Quand la troupe se présente au Théâtre des Champs-Elysées, Rolf de Maré exprime sa déception : "ce n’est pas assez nègre ! " 

Que veut-il dire par là ? Peut-être est-ce une confusion culturelle entre les Noirs d’Amérique et les Noirs d’Afrique subsaharienne ? Rolf de Maré attend quelque qu’il n’arrive pas à nommer. Il veut voir des corps libérés, qui symboliseraient cette folie des années 20.

Nacio Herb Brown
I'm feelin'like a million
Joséphine Baker, chant

C. Williams, C. Johnson
Kansas City man bleues
Sydney Bechet, saxophone

Pour trouver l’esthétique qu’il recherche, Rolf de Maré convoque Jacques Charles, revuiste confirmé, très connu sur la place de Paris, il réorganise les tableaux pour avoir une « revue nègre » conforme à ses attentes.

Vincent Scotto
Haïti
Joséphine Baker, chant

Vincent Scotto
J'ai 2 amours
Joséphine Baker, chant

Thomas Morris
Lazy drag
Thomas Morris & his Sevent hot babies

Jean Wiéner joue George Gershwin puis improvise dans le style de Bach... il est un des habitués des salons de Winnaretta Singer-Polignac. Elle développe une grande curiosité pour la musique de son temps. Et dans son hôtel particulier du 3, rue Cortambert, se déroulent les concerts les plus passionnants du moment.

Jean Wiéner
The White village
Wiener et Doucet, piano

Jean Wiéner
Improvisations dans le style de Jean Sébastien Bach
Jean Wiéner, piano 

Serge Prokofiev
Concerto pour piano n°3 en ut Majeur op.26 (Thème et variations n°1, 2 et 3)
Orchestre Philharmonique d'Israël
Yefim Bronfman, piano
Direction : Zubin Mehta 

Germaine Tailleferre
Ballade pour piano
Deutsche Radio Philharmonie Saarbrucken Kaiserslautern
Direction : Pablo Gonzalez

Dans l'atelier Polignac, l'écrivaine Colette rencontre Maurice Ravel.

Maurice Ravel
L'Enfant et les sortilèges (1er tableau : J'ai pas envie de faire ma page)
Chloé Briot, mezzo-soprano
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction : Mikko Franck 

Maurice Ravel
L'Enfant et les sortilèges (How's your mug)
Nathalie Stutzmann, contralto
François Piolino, ténor
Orchestre Philharmonique de Radio France
Direction : Mikko Franck

Clara Haskil fait ses débuts dans le salon de la Princesse Polignac. Elle devient sa protégée et la présente à Stravinsky, Poulenc, Arthur Rubinstein et Henri Sauguet. 

La princesse de Polignac fait de la pianiste timide son nouveau “projet”. A partir de 1927, elle verse à Clara Haskil une petite pension mensuelle et l’héberge avenue Henri Martin. En échange,  la jeune pianiste est l’obligée de la princesse pour donner des récitals, elle doit assister aux innombrables dîners et réceptions de Winnaretta. 

Domenico Scarlatti
Sonate en fa mineur K.386
Clara Haskil, piano

Domenico Scarlatti
Sonate en ut dièse mineur K.247
Clara Haskil, piano

Jean Wiéner
Charleston
Jean Wiéner, piano 

La Princesse de Polignac fait aussi entrer le jazz dans son salon, par amitié pour un concitoyen américain : Cole Porter.

L’élégant Cole Porter n’a pas mis longtemps avant de se faire une place confortable à Paris. Il vit une existence mondaine à travers l’Europe, donnant de grandes soirées fabuleuses, accueillant de riches invités cosmopolites et célèbres.

Cole Porter
Let's do it
Billie Holiday, chant
Billie Holiday & her orchestra

Cole Porter, un soir de 1925, pousse la porte du Grand Duc, un cabaret situé au 52 rue Pigalle et s’installe seul à une table. L’hôtesse des lieux est la chanteuse et danseuse noire américaine Ada Smith, surnommée Bricktop. Sans se douter de l’identité de son visiteur, elle interprète l’une de ses compositions, « I’m in Love Again » .

Cole Porter
Love for sale
Jean Wiéner, clavicorde

Cole Porter
Love for sale
Jean Wiéner, piano

Pour sa chanson « Love for Sale », Cole Porter a trouvé l'inspiration dans un autre club de Pigalle : le Zelli's, rue Fontaine. C'est Bricktop qui raconte : « Quand Cole a demandé à l'une des entraîneuses ce qu'elle faisait, elle a répondu : 'I've got love for sale' (j'ai de l'amour à vendre). » 

Cole Porter
Love for sale  
Art Tatum, piano

Aaron Copland arrive en France en juin 1921. Il veut passer une année à étudier à l’étranger, et intégrer le tout nouveau conservatoire américain à Fontainebleau. Il reste finalement 3 ans, et s’attache à Nadia Boulanger, enseignante à Fontainebleau, qui lui prodigue aussi des cours privés chez elle.

Aaron Copland
Three moods (extrait)
Nina Tichman, piano 

Aaron Copland
Musique pour le théâtre (Burlesque)
Orchestre Philharmonique de New York
Direction : Leonard Bernstein

Nadia Boulanger présente le jeune compositeur américain Aaron Copland au chef d'orchestre Serge Koussevitsky de passage à Paris en 1923. Elle se doute que le chef, champion infatigable de la nouvelle musique, serait intéressé de rencontrer un jeune compositeur talentueux à ramener aux Etats-Unis.

Aaron Copland
Symphonie pour orgue et orchestre (2ème mouvement)
Edward Power Biggs, orgue
Orchestre Philharmonique de New York
Direction : Leonard Bernstein

Mars 1928, George Gershwin est venu lui aussi à Paris. La Rhapsody in Blue a valu à Gershwin une renommée internationale qu’il savoure. Il est le premier compositeur américain adoubé par l’intelligentsia classique européenne. Les concerts PasdeLoup donnent cette pièce dans une version arrangée pour deux pianistes solistes, Jean Wiéner et Clément Doucet.

Lors de ce séjour parisien, Gershwin fait la connaissance de différents musiciens : Francis Poulenc, Sergueï Prokofiev, Darius Milhaud, Jacques Ibert et Maurice Ravel, qu’il avait déjà rencontré à New York. Les deux hommes sympathisent : Gershwin admire la science harmonique de Ravel, sa perfection technique. Ravel aime le sens mélodique de Gershwin, et sa facilité d’écriture.

George Gershwin
Un Américain à Paris
Orchestre Philharmonique de New York  
Direction : Leonard Bernstein

Bibliographie

"Les Forêts de Ravel", Michel Bernard, éd. La Table Ronde
"Ravel", Jean Echenoz, les Editions de Minuit
"Ravel", Sylvain Ledda, éd. Folio biographies
"Les dessous lesbiens de la chanson", Lea Lootgieter et Pauline Paris, éd. iXe
"The musical work of Nadia Boulanger", Jeanice Brooks, éd. Cambridge
"Gershwin", Franck Medioni, éd. Folio biographies
"Aaron Copland, the Life and Work of an Uncommon Man", Howard Pollack, ed. Henry Holt & Company, New York
"Music Musique, French and American Piano Composition in the Jazz Age", Barbara Meister, Indiana University Press
"Mistinguett, la reine des Années folles", Elizabeth Coquart et Philippe Huet, éd. Albin Michel
"Igor Stravinsky", Michel Philippot, éd. Seghers
"Winnaretta Singer-Polignac, princesse, mécène et musicien", Sylvia Kahan, Les Presses du Réel
"Erik Satie", Bruno Giner, éd. Bleu Nuit

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