A l'improviste
Magazine
Jeudi 18 janvier 2018
1h

Michel Doneda en concert A l'improviste à Radio France

A l’Improviste a reçu en studio le 11 décembre dernier l’improvisateur Michel Doneda ; un musicien, un seul, un instrument un seul, mais un voyage dans tous les territoires de cet instrument familier et méconnu à la fois.

Michel Doneda en concert A l'improviste à Radio France
Michel Doneda pendant la balance au studio 106, © Radio France / Soizic Noël

Concert de Michel Doneda, saxophones, enregistré en public le 11 décembre 2017 à Radio France

De son instrument, Michel Doneda joue depuis plus de 40 ans.
Il l’a découvert enfant, un beau jour de 1968, et depuis il développe, il creuse son langage sur l’instrument. Ce long parcours, cette exploration commence à une période de tous les bouleversements, de toutes les remises en question : sociétale, culturelle, musicale. La relation au son est interrogée, sa fonction dans la société aussi… Michel Doneda a pris part à ce mouvement. Son parcours s’en souvient, s’en nourrit aujourd’hui encore. Il a consigné dans un petit livre intitulé Miettes (éditions Mômeludies) toutes les réflexions qu’a suscité en lui ce chemin dans l’univers des sons, au fil des rencontres et des moments de jeu.

Le 11 décembre dernier, les micros de notre studio ont saisi sur le vif aussi bien les moments de son, l’improvisation « au long souffle » de Michel Doneda (c’est le moins qu’on puisse dire !), que quelques réflexions à voix haute. J’ai pris le parti de tisser ensemble ces deux moments sous la forme d’un dialogue entre deux faces d’un même personnage ; l’une dans le jeu, l’autre dans la parole.
Au commencement était le saxophone, un instrument qui a une histoire, qui a vu du pays, un passe-murailles, exploré sous toutes ses facettes !

Moment de jeu solitaire en même temps que moment de partage, cette performance solo de Michel Doneda est un jeu sur le souffle, poumons ouverts, jeu avec l’espace, jeu de salive, de multiphonies, jeux-bruits, jeux- sons lancés, jetés.. guirlandes sonores ! Ce solo, je l’entends ou plutôt je le vois comme une danse ou une calligraphie. Et si je me réfère à Henri Michaux, c’est peut-être le jeu d’un adulte resté enfant.
L’improvisateur reste-t-il un enfant, comme le suggère Michaux dans son texte Un certain Phénomène qu’on appelle musique (recueil Passages / Collection l’Imaginaire - Gallimard) ?

Henri Michaux
Passages / Un certain phénomène qu’on appelle musique et Premières Impressions
Ne m’étant pas enfant prêté à jouer avec le sable des plages, il m’est venu hors d’âge le désir de jouer et présentement de jouer avec les sons.
Oh ! quelle étrange chose au début, ce courant qui se révèle, cet inattendu liquide, ce passage porteur, en soi, toujours, et qui était.
On ne reconnaît plus d’entourage (le dur en est parti).
On a cessé de se heurter aux choses. On devient capitaine d’un FLEUVE…
(…/…)
L’enfant qui si longtemps a joué avec les choses, avec le sable, avec l’eau, que va-t-il rester en lui plus tard de son pouvoir de jouer ?
Adulte accompli, le mammifère ne joue plus, ou si peu. En l’homme toutefois, être au développement lent, le jeu finement insinué, ayant eu le temps de devenir important, ruse pour survivre autrement qu’en traces, et cherche, et parfois trouve, au milieu de conduites d’adultes, une nouvelle organisation ludique.
… Il y a ce qu’on appelle musique.
Il s’agit aussi de vagues, de toutes petites et de jouer avec, non certes en les recevant sur les pieds mouillés mais seulement, tant elles sont minuscules, dans le plus profond de l’oreille qui les reçoit vibrantes et comme un secret. Invisibles, elles arrivent en lignes circulaires, qui bientôt vont l’entourer comme si elles venaient de partout, et dans une immense cuve le tenir baigné.
Ces ondes infimes soulagent des choses, de toutes les conséquences de cet état, de ses structures, de ses insoulevables masses, de ses dures lois ».

Le 11 décembre dans notre studio, Michel Doneda s’est souvenu d’une grande figure du jazz, incarnation forte d’une liberté sans cesse reformulée, disparue quelques jours auparavant : Sunny Murray. Il avait été partenaire de jeu de musiciens tels que Albert Ayler, Alan Silva, Misha Mengelberg et David Murray. A la fin des années 1960, il avait choisi la France qu’il sentait plus ouverte à l’avant-garde musicale.

En écho à cet hommage spontané, un extrait de Emoi, une composition de Sunny Murray qu’on peut retrouver sur le l’album "13 Steps on glass", paru en 1996 sur le label Enja

CD Sunny Murray 13 steps on glass ENJA
CD Sunny Murray 13 steps on glass ENJA
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