A l'improviste
Magazine
Jeudi 4 janvier 2018
1h

A L'Improviste au festival Densités : Agnes Hvizdalek, puis Alessandro Bosetti

Dans A l’Improviste ce soir le troisième épisode d’un feuilleton qui nous replonge dans la 24ème édition du festival Densités. Cap sur la voix, les voix, avec Agnes Hvizdalek et Alessandro Bosetti !

A L'Improviste au festival Densités : Agnes Hvizdalek, puis Alessandro Bosetti
Agnes Hvizdalek par JC Sarrasin et Alessandro Bosetti @ Liquid Architecture
Ambiance au festival Densités
Ambiance au festival Densités, © Radio France / Anne Montaron

Chaque édition du festival Densités a ses thématiques.
L’une des thématiques de cette 24ème édition était pensée autour de la voix, des voix plurielles, des voix qualifiées dans l’éditorial de voix étonnantes et essentielles.

Il y a eu d’abord celle du poète performer Jacques Rebotier, en bonne compagnie, avec Elise Caron.
Il va y avoir aujourd’hui une voix solo incarnée par la jeune vocaliste autrichienne Agnes Hvizdalek (concert du 27 octobre), et puis, juste après, il y aura des voix anonymes cette fois, une communauté de voix samplées et démultipliées par le compositeur performer italien Alessandro Bosetti (concert du 28 octobre).

1 / Agnes Hvizdalek

Qui est Agnes Hvizdalek, cette jeune vocaliste active entre Vienne et Oslo, et qui s’est présentée au public du Pôle Culturel de Fresnes en Woëvre le premier soir du festival dans une robe d’un rouge éclatant ? C’est une musicienne qui définit elle-même ses explorations comme de la musique vocale abstraite.
Elle pense d’abord la voix comme un instrument, elle en explore toutes les possibilités et elle s’est échafaudée son propre alphabet vocal. Abstraction donc, et pourtant derrière la voix, sous la voix, dans la voix… il y a un sacré bout de femme ! Elle ne tient pas en place, elle voyage beaucoup, elle est pleine de malice et d’énergie, et porte en elle un grand appétit de rencontres. Agnes Hvizdalek chante depuis toujours, ou presque ! Elle est venue en Norvège pour rencontrer des vocalistes qui utilisent la voix comme un instrument et sont d’abord compositeurs, avant que d’être chanteurs. Elle voulait rencontrer Maya Ratkje par exemple, et cette rencontre a été déterminante.

Seule à seule avec son micro (micro presqu’impudique, qui pose un zoom tant sur la voix que sur la respiration, le souffle), Agnes Hvizdalek s’embarque dans une performance vocale d’une vingtaine de minutes, composée dans le moment, et qui a beaucoup fasciné le public du festival Densités. La qualité d’écoute le prouve !
La fascination qu’exerce cette performance solo, mi prédéterminée, mi improvisée, tient évidemment beaucoup à la maîtrise dont fait preuve ici la vocaliste, car on a vraiment le sentiment d’un parcours totalement contrôlé, du début jusqu’à la fin.

Agnes Hvizdalek multiplie les expériences. Elle fait partie de plusieurs groupes bien installés sur la scène expérimentale autrichienne et norvégienne. Une nouveauté dans la vie exaltée de la musicienne ! Elle s’apprête à faire un saut dans l’inconnu en chantant le Pierrot Lunaire de Schönberg, avec l’ensemble norvégien Temporum : une aventure, une vraie, pour cette musicienne passionnée d’abstraction…

Si la musique « abstraite » d’Agnes Hvizdalek vous intéresse, retrouvez-la en solo sur un disque enregistré à Sao Paolo il y a deux ans, et paru sur le label norvégien Nakama Records. L’album s’intitule Index.

Ambiance au festival Densités
Ambiance au festival Densités, © Radio France / Anne Montaron

2 / Alessandro Bosetti

Deuxième volet de ces voix étonnantes et essentielles programmées par le festival Densités 2017 : il s’agit cette fois d’un collecteur de voix, le compositeur et performer italien Alessandro Bosetti, venu à cette 24ème édition avec un ordinateur dans lequel il stocke depuis des années des voix enregistrées, des voix anonymes de monsieur et madame - tout - le -monde.
Il les sample, les empile, les croise et les recompose en s’inspirant à la fois des madrigaux italiens d’autrefois (Monteverdi, Gesualdo) que du travail des poètes sonores (Bernard Heidsieck), ou des explorations collectives menées par des vocalistes performers tels que Phil Minton, Anne-Laure Pigache ou Natasha Muslera.
Les archives contenues dans son ordinateur viennent rejoindre un dossier intitulé Plane/Talea, et qu’il joue et recompose dans des contextes variés, comme autant de gestes improvisés !

A Densités, il a proposé au public de la salle des fêtes de Fresnes en Woëvre la version n°34 de Plane/Talea.
Nous entrons aujourd’hui dans ce jeu de tissages, ces polyphonies vocales sorties de l’ordinateur d’Alessandro Bosetti. Tout se fait dans le moment.
Alessandro Bosetti est physiquement bien présent, au milieu du public de la salle des fêtes de Fresnes en Woëvre, assis derrière son ordinateur et entouré par les haut-parleurs.
Les voix, elles, sortent des haut-parleurs : ces voix sont donc très présentes, ce sont pourtant des voix sans corps puisqu’elles ont été enregistrées. Malgré tout, elles ont leur origine dans le corps des donneurs de voix.

Une discussion à bâtons rompus avec Alessandro Bosetti nous en apprend davantage sur l’esprit de cette pièce improvisée, le travail de collectage des voix, la fascination d’Alessandro Bosetti pour la voix parlée, l’idée de créer par cette polyphonie vocale l’illusion d‘une impossible communauté qui se situe au-delà des petites communautés de nos sociétés…

Retrouvez la musique d’Alessandro Bosetti sur France Culture dans un épisode de "Creation on air : Vita Nova" réalisé avec le compositeur Sébastien Roux, et diffusé ce mercredi soir !
Une pièce radiophonique produite par Alessandro Bosetti et Sébastien Roux, d'après la Vita Nova de Dante Alighieri

Ambiance au festival Densités
Ambiance au festival Densités, © Radio France / Anne Montaron
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