Un chef d'orchestre, un style : Bernard Haitink

Comment définir le style de Bernard Haitink ? Christian Merlin, producteur à France Musique, examine la direction du chef d'orchestre néerlandais. Décryptage en vidéo.

Un chef d'orchestre, un style : Bernard Haitink
Le chef d'orchestre néerlandais Bernard Haitink (1929-2021), © Getty

Christian Merlin, journaliste, auteur du livre « Au cœur de l'orchestre » (Fayard) et producteur de l'émission du même nom sur France Musique, décrypte le style de direction du chef néerlandais Bernard Haitink.

Le style de Bernard Haitink décrypté par Christian Merlin

Pour moi, Bernard Haitink représente la quintessence de la maîtrise de la direction d’orchestre. Il était au service, non pas de sa propre gloriole, mais de la musique, du compositeur et des musiciens. Christian Merlin

Au début, les Pays-Bas

Bernard Haitink est né à Amsterdam en 1929. Violoniste de formation, il découvre ses aptitudes pour la direction d’orchestre en 1954 à l’occasion d’un concours. Sa carrière débute haut et fort : « Il a été nommé à 30 ans directeur musical de l’orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam - le principal orchestre des Pays-Bas. Il était très jeune et reconnaissait lui-même qu’il ignorait à peu près tout du métier ».

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A la fin des années 1980, il s’ouvre à l’international : « Jusque-là très porté sur le répertoire symphonique, Bernard Haitink s’est tourné vers l’opéra et s’est vu invité par les plus grands orchestres du monde : Londres, Berlin, Vienne, Boston, Chicago, etc. ».

Malgré tout, le chef néerlandais reste attaché à ses origines : « Il a gardé un rapport particulier avec l’Orchestre du Concertgebouw où il était toujours accueilli comme un maître. Sauf qu'à la fin de sa vie, il n'y avait plus personne de ceux qu'il avait connus quand il était directeur musical ! Chose à laquelle il répondait “j’ai l’impression de me survivre à moi-même, c’est très désagréable” ».

La musique avant tout

L’ensemble des gestes utilisés par un chef d’orchestre pour synchroniser les musiciens est appelé “gestique” ou “gestuelle”, que certains maestros utilisent pour se mettre en scène. Mais selon Christian Merlin, « Il n'y avait aucune théâtralité dans celle de Bernard Haitink ». Cette même gestuelle pouvait se résumer en trois mots :

  1. Fluide :« Ce sont des gestes qui coulent de source et qui n’ont jamais rien de heurtés ou de crispés. Sauf quand la musique l’exige bien-sûr ! ».
  2. Dépouillée :« Entendez-là facile à suivre, qui ne se laisse pas parasiter par des gestes qui ne seraient là que pour épater la galerie ».
  3. Pensée pour l’orchestre :« Pour aider les musiciens, ou, à défaut, pour ne pas déranger le cours normal de la musique ».

Le chef néerlandais faisait donc passer la musique avant tout le reste : « Je crois que Bernard Haitink était l'incarnation de l'interprète. Il respectait toujours le style de chaque musique qu’il dirigeait et ne mettait jamais l’affecte ou l’émotion au premier plan. Pourtant, il ne faudrait pas croire que sa sobriété était synonyme de froideur, tout au contraire, puisqu’il arrivait à faire de la musique de manière extrêmement sensible ».

Un vaste répertoire

Au cours de sa carrière, Bernard Haitink fut marqué par les œuvres d’Anton Bruckner et de Gustav Mahler : « On dit souvent d’un maestro qu’il est soit brucknérien, soit mahlérien, car ces deux compositeurs requièrent des qualités assez différentes pour un chef d’orchestre. Le sens de l’architecture pour Anton Bruckner et une émotivité plus immédiate pour Gustav Mahler. Mais Bernard Haitink a été sensible à ces deux univers, auxquels il a rendu justice comme peu d’autres ». Il était aussi à l’aise avec les œuvres de Johannes Brahms et avec le répertoire français du XXe siècle : « C’était un grandravélienet il laissé une interprétation inoubliable de “Pelléas et Mélisande” deClaude Debussy».

Un chef apprécié

Bernard Haitink était aimé des orchestres pour sa façon de les diriger. « Il respectait profondément les musiciens. Ce n'est pas le pouvoir qui l'intéressait, c'était de faire de la musique ensemble ». Avec lui, les instrumentistes disposaient d’une grande liberté d’expression, liberté qui se manifestait par un son d’orchestre limpide : « C’est ce qu’on appelle la clarté des plans sonores, lorsqu’on peut entendre distinctement ce que chaque pupitre joue. De cette manière, les orchestres dirigés par Bernard Haitink sonnaient toujours avec beaucoup de chaleur ».

« Un jour, il a dit cette chose très jolie aux musiciens : “Faites-moi confiance, je sais que la musique est parfois difficile. Mais quand elle est confuse dans la tête, avec moi, elle est claire à la baguette !” ».