Sous la « Dune » de Villeneuve, les influences de Hans Zimmer

Le nouveau film de Denis Villeneuve fait forte impression pour son adaptation visuelle du roman de Frank Herbert. Côté BO, il semble exister dans la partition de Hans Zimmer plusieurs références et influences subtiles, qui révèlent l'importance scénaristique de la musique dans ce film.

Sous la « Dune » de Villeneuve, les influences de Hans Zimmer
Timothée Chalamet et Rebecca Ferguson dans "Dune" de Denis Villeneuve, © AFP / CHIACHIA BELLA JAMES / COLLECTION CHRISTOPHEL

Cela fait à peine une semaine que l’immense projet cinématographique de Denis Villeneuve, Dune, est à l’affiche mais le film a déjà séduit son public, autant par la précision de sa narration et ses visuels hors du commun que par sa musique et ses sonorités pour le moins marquantes. Quant à la bande originale de Dune, imaginée par le célèbre compositeur Hans Zimmer, elle est à l’image de la planète d’Arrakis, surnommée « Dune ». Lointaine et dangereuse, la planète au cœur de l’intrigue est représentée par des timbres d’instruments et des tonalités orientales, qui suggèrent un monde éloigné mais surtout un désert oriental aride et dangereux. Le tout est mélangé avec des sons électroniques afin de situer l’intrigue de l’histoire dans un monde technologiquement avancé.

Mais parmi les nombreux instruments acoustiques et électroniques utilisés pour représenter les différentes familles et territoires de Dune, une voix brute et animale avec un timbre guttural se démarque à plusieurs reprises lors du film. D’où nous vient cette voix, et que nous représente-t-elle ? 

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Souhaitant s’éloigner des sons « mondains » et familiers pour représenter des civilisations lointaines, Hans Zimmer dit avoir voulu se servir de la seule chose dont chacune de ces civilisations posséderait : une voix. « La seule chose qui, selon moi, serait vraie pour n'importe quelle civilisation sur n'importe quel monde est la voix », explique-t-il lors d’une présentation du film en juillet 2021. 

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Cette mise en avant musicale de la voix révèle également une importance scénaristique, car elle met en résonance la « Voix de Commandement », pouvoir légendaire de contrôler un individu utilisé par l’ordre des Sœurs du Bene Gesserit mais également maîtrisé par le protagoniste Paul Atréides. 

Alors que ses pouvoirs sont progressivement révélés, Paul Atréides devient pour ceux qui l’entourent un Messie, surnommé « Mahdi » ou « Kwisatz Hadarach ». Cette révélation messianique de Paul Atréides et de sa puissante « voix » est particulièrement marquante lorsque l’on considère le « Dei verbum » [« Parole de Dieux »] de l’Eglise catholique, constitution dogmatique portant sur la manière dont Dieu se révèle à l’homme. On relève également un lien avec la théologie chrétienne du « Verbe de Dieu », qui s’est fait chair en la personne du Messie, Jésus de Nazareth. Ces connotations religieuses, scénaristiques et musicales, sont confirmées par le réalisateur Denis Villeneuve dans un communiqué de presse en juillet 2021 :

« Nous avons convenu [avec Hans Zimmer, ndlr] que la musique devait avoir une spiritualité… une qualité sanctifiée […]. Quelque chose qui élèverait l'âme et aurait l'effet que seule la musique sacrée peut produire. Et je crois que cela est fermement présent dans la partition de Hans. »

Il était une fois… sur Arrakis

Derrière la voix et les différents thèmes de Dune semble se cacher un hommage musical à un monde bien différent mais tout aussi chaud, aride et recouvert de sable : le « western » Il était une fois dans l’ouest de Sergio Leone et son compositeur indissociable, Ennio Morricone.

La planète d’Arrakis de l’an 10 191 et l’Ouest américain de la fin du XIXe siècle semblent entièrement opposés, mais les histoires de ces deux univers partagent pourtant un thème central. Le conflit entre les deux Grandes Maisons, Atréides et Harkonnen, pour la gestion du fief aride d’Arrakis et de la rare épice qui s’y trouve, porte de nombreuses similitudes à la lutte acharnée pour l’acquisition de Sweetwater et de son eau, ressource précieuse pour les locomotives à vapeur qui espèrent passer par la région autrement aride.

Quant à la musique de Hans Zimmer, celle-ci semble également cacher une référence à la bande originale d’Ennio Morricone. Les quatre premières notes de la voix utilisée par Zimmer, motif sonné à plusieurs reprises lors du film, ne sont pas sans rappeler le thème de Morricone, aujourd’hui devenu légendaire. Avant qu’aucun mot ne soit prononcé, quatre notes résonnent dès l’ouverture du film de Leone, « mi - do - mi bémol - mi »,  jouées par le mystérieux « homme à l’harmonica » :

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Et si tout cela était une simple coïncidence ? Il n’existe qu’un nombre de combinaisons limité pour un thème de quatre notes, et rares sont les scénarios de cinéma sans conflit majeur entre deux familles comme décor de fond. Mais lorsque l’on apprend que le roman Dune et le film Il était une fois dans l’ouest furent des références culturelles incontournables pour le jeune Hans Zimmer, et que la bande originale d’Ennio Morricone fut l’inspiration première du compositeur en herbe pour se lancer dans le cinéma, la coïncidence semble moins probable.

En effet, Hans Zimmer découvre l’univers de Morricone à l’âge de 12 ans et ne perdra ensuite jamais contact avec la musique du célèbre compositeur : « J'avais environ 12 ans quand je me suis faufilé dans le cinéma local et j'ai vu Once Upon a Time in the West (1968). Non seulement le film a été une expérience bouleversante, mais la musique m'a complètement emporté et m'a mis sur ma voie et je savais ce que je voulais faire » précise le compositeur lors d’une interview avec le magazine Gramophone en 2020, suite au décès de Morricone.

Hans Zimmer serait-il remonté jusqu'à son enfance à la recherche d’inspiration pour sa musique de Dune ? Le célèbre motif à quatre notes d’Ennio Morricone résonnait-il dans sa mémoire lorsqu’il pensait à comment mettre au mieux en musique son roman préféré ?