Sergueï Prokofiev : 8 (petites) choses à savoir sur le compositeur de Pierre et le Loup

Il est l’un des plus grands compositeurs russes du XXe siècle, connu pour ses opéras, ses ballets, ses symphonies et ses concertos pour piano. Voici 8 petites choses à savoir sur Sergueï Prokofiev.

Sergueï Prokofiev : 8 (petites) choses à savoir sur le compositeur de Pierre et le Loup
Sergueï Prokofiev (1891-1953), © Getty / Heritage Images

De ses talents précoces à son ambivalence pour le ballet, en passant par sa passion pour les échecs, voici huit petites choses à savoir sur Sergueï Prokofiev, « le plus grand compositeur russe après Stravinsky », selon Stravinsky !

Virtuose précoce

On s’extasie toujours sur le génie précoce de Mozart, dont les premières œuvres furent écrites à l’âge de cinq ans, mais on parle moins souvent de Sergueï Prokofiev. Et pourtant, ce dernier signe sa première œuvre en 1896, également à l’âge de cinq ans. Intitulée Indian Gallop, l’œuvre est en mode Lydien car le jeune compositeur évite toutes les touches noires du clavier. 

Sa formation musicale se fait auprès de sa mère, pianiste amatrice, et Prokofiev compose son premier opéra Le Géant à neuf ans, trois ans plus jeune que Mozart, œuvre dans laquelle on trouve déjà trace du style de composition qui marquera toute sa carrière. A la fin de ses études au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1914, son catalogue comprend déjà plusieurs dizaines d’œuvres dont la majorité pour piano mais également quatre opéras, deux symphonies et deux concertos pour piano. Devrait-on parler plutôt de l’effet Prokofiev plutôt que de l’effet Mozart ?

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Etudiant à contre-courant

Inscrit au conservatoire à l’âge de 13 ans, le jeune virtuose ne tarde pas à se faire remarquer pour ses talents mais aussi pour son avis tranchant contre l’esprit conservateur de l’établissement. Placé sous la tutelle de Rimski-Korsakov et Tcherepnine, deux grandes figures de la musique, il s’intéresse plutôt aux œuvres novatrices de Debussy, Strauss et Schoenberg.

Prokofiev indique dans son autobiographie qu’il fut notamment le premier en Russie à interpréter la musique dodécaphonique de ce dernier lors de ses premiers concerts, malgré l’hostilité générale de l’école soviétique envers cette nouvelle musique.

Scandaleux comme Stravinsky

De nombreux parallèles se dessinent entre les parcours de Sergueï Prokofiev et de son compatriote Igor Stravinsky. Les deux compositeurs quittent leur pays afin de développer leur musique à l’étranger, notamment à Paris et aux Etats-Unis. Ils explorent le monde du ballet aux côtés de imprésario Serge de Diaghilev. Lors de leurs carrières, ces deux titans feront également peau neuve afin de suivre un style néoclassique. Et pour les deux compositeurs, 1913 sera l’année du scandale. Alors que la musique de Stravinsky bouleverse le public parisien en mai 1913, Prokofiev ne manque de choquer son public lors de la création de son Concerto pour piano n°2 à Pavlovsk près de Saint-Pétersbourg, le 5 septembre 1913. 

L’œuvre semble plaire aux plus modernes des spectateurs, mais elle provoque néanmoins un scandale dans la salle, au point de faire fuir une grande partie du public qui exclame « Au diable, cette musique futuriste ! On est venu pour prendre du plaisir. Les chats sur le toit font de la meilleure musique ! ». La partition du concerto est perdue dans un feu lors de la révolution russe de 1917, et Prokofiev est obligé de réécrire l’œuvre en entier à partir d’une réduction pour piano. La création de l’œuvre réécrite, à Paris en 1924, n’est pas plus accueillante. Le public parisien critique l’aspect recyclé et daté de la musique, et son manque de surprise. 

Entrée aux Etats-Unis grâce à la moissonneuse McCormick

Il semble étrange de penser que les premiers succès de Sergueï Prokofiev aux Etats-Unis seraient dus à la moissonneuse de l’inventeur américain Cyrus Hall McCormick, Sr.. Mais lorsque le fils McCormick se rend en Russie en 1917 pour des raisons professionnelles au nom de l’entreprise de son père, il croise le jeune Prokofiev. Interpellé par ce dernier et par sa musique, il accepte de payer les frais de publication de sa suite orchestral Suite scythe. Il propose également d’envoyer la musique du compositeur à son ami Frederick Stock, directeur musical du Chicago Symphony Orchestra.

Stock ne perd pas de temps à faire venir Prokofiev aux Etats-Unis. En décembre 1918 a lieu la création américaine du Concerto pour piano N°1 de Prokofiev, avec Prokofiev au piano sous la direction du chef Eric DeLamarter. Prokofiev est également invité à diriger sa propre œuvre, la Suite scythe. L’avis du public et de la critique est chaleureux et unanime. Dès le lendemain, la presse chante les louanges du compositeur russe jusqu’alors inconnu : « Génie russe exprime des harmonies étranges » affirme le journal Chicago American. « La musique était d'une telle sauvagerie, si brutalement barbare qu'il semblait presque grotesque de la voir jouée par des hommes civilisés, en tenue moderne avec des instruments modernes. Mais de la même façon, c'était grand, sincère, authentique. »

McCormick présente également Prokofiev à Cleofonte Campanini, directeur du Chicago Opera Company, qui demande au compositeur de lui écrire un opéra sur le conte L'amore delle tre melarance de Carlo Gozzi. Cette commande mènera à l’un de ses opéras les plus connus, L’amour des trois oranges.

Prokofiev et le ballet, l’amour au deuxième regard

Chout, Le Pas d’acier, Le Fils prodige, Sur le Dniepr, Roméo et Juliette, Cendrillon et La Fleur de pierre : les ballets de Prokofiev figurent parmi les plus importantes de ses nombreuses compositions, et ils sont considérés aujourd’hui comme des chefs-d’œuvre du répertoire. On connait aujourd’hui Prokofiev pour ses ballets autant que pour ses opéras, ses concertos pour pianos et Pierre et le loup. pourtant, Sergueï Prokofiev ne s'intéressa tout d’abord pas du tout à ce genre.

Lorsqu’il assiste à la représentation de La Belle au bois dormant de Tchaïkovski en 1900, il ressort mitigé et peu convaincu. L’opéra est le genre de prédilection du jeune compositeur. En 1913, Prokofiev voyage à Paris et assiste à une représentation des Ballets Russes. Il profite également d’une rencontre avec Stravinsky pour comprendre ce qu’une collaboration avec Diaghilev pourrait apporter à sa carrière. Il rencontre ce dernier à Londres en 1914, qui parvient finalement à convaincre Prokofiev de s’attaquer à ce genre à la fois complexe mais enrichissant. 

Malgré l’avis de son ami Nikolaï Miaskovski qui pense que le ballet est un art frivole et inférieur, Prokofiev compose Chout, Le Pas d’acier et Le Fils prodigue pour les Ballets Russes, mais ce sont les ballets de sa période soviétique, Roméo et Juliette (1936) et Cendrillon (1944) qui affirmeront les talents et la passion de Prokofiev pour ce genre.

Le grand et petit écran

En 1925, le metteur en scène de théâtre Vsevolod Meyerhold tente de convaincre son ami Prokofiev d’écrire la musique du film Le Cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein : c’est finalement Dmitri Chostakovitch qui signera la bande originale. Prokofiev fera ses débuts cinématographiques en 1932 pour le film satirique Lieutenant Kijé d’Alexandre Feinzimmer. Sa musique épurée et très lyrique s’associe parfaitement au septième art. il collabore ensuite avec Mikhail Romm pour le film La Reine de pique, mais la réalisation du film n’aboutira jamais, laissant la musique de Prokofiev sans visuel.

C’est en 1950 que commence la fructueuse collaboration entre Eisenstein et Prokofiev pour le film Alexandre Nevski. Amateur de cinéma et fasciné par la réalisation, Prokofiev se montre plutôt malléable dans le processus de réalisation cinématographique d’Eisenstein. Alors que certains préfèrent composer après le tournage et d’autres avant, Prokofiev compose la musique de plusieurs séquences avant qu’elles ne soient tournées afin que celles-ci puissent se faire en musique. Une fois les prises de vues faites, Prokofiev réécrit certaines séquences afin de s’adapter à l’image d’Eisenstein. Mais le respect de ce dernier pour son compositeur l’empêche parfois de couper une scène afin de ne pas couper la musique !

« Dans la personne de Prokofiev, nous avons trouvé un troisième associé [avec le cinématographe Eduard Tissé, ndlr] sur la voie de la conquête de ce cinéma sonore dont nous rêvons » écrira Sergei Eisenstein.

Outre ses huit bandes-originales, la musique de Prokofiev a été utilisée dans plus de 150 films et d’émissions de télévision et figure même de manière régulière dans le dessin animé Rein & Stimpy. 

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Champion d'échecs

On connait Prokofiev le pianiste virtuose mais aussi le compositeur prolifique de ballets, de musique pour le cinéma et bien évidemment d’œuvres pour enfants, notamment Pierre et le loup. Mais qu’en est-il de Prokofiev le talentueux joueur d’échecs ? Grand amateur du sport et admirateur de ses champions, il ne manque jamais l’occasion d’assister à un tournois. 

Lors du tournoi international d'échecs de Saint-Pétersbourg en 1914, Prokofiev profite de l’occasion pour rencontrer son idole José Raúl Capablanca, et participe même à un match amical contre ce dernier. Si Prokofiev perd les deux premières parties, il parvient finalement à battre le futur champion des échecs, véritable exploit et grand moment de fierté pour le compositeur. En 1933, il joue deux parties contre Saviely Tartakower, futur Grand maître international, dont la première est une victoire pour Prokofiev et la deuxième une égalité.

Difficile de décider qui entre Prokofiev et Maurice Ravel a gagné la bataille des concertos pour piano, mais lorsque les compositeurs décident de s’affronter aux échecs en 1924 à Mont La Joli, la victoire de Prokofiev est décisive, et disponible à revoir sur internet.

Une mort sans fleurs 

La vie de Prokofiev en Russie s'est passée sous le contrôle tyrannique de Staline, sa mort le 5 mars 1953 ne l’est pas moins. Non seulement le compositeur meurt le même jour que le « Petit Père des peuples », le 5 mars 1953, mais il meurt de la même manière : les deux sont victimes d'une hémorragie cérébrale. Éclipsé par le dictateur russe, le corps de Prokofiev ne peut pas être bougé pendant près de trois jours, tellement les rues de Moscou sont remplies. De plus, la mort du compositeur n'est annoncée au peuple russe que six jours après, alors que cette nouvelle avait déjà fait le tour du monde. 

Si l’ironie de cette coïncidence n’est pas suffisante, il ne restait plus aucune fleur dans tout Moscou pour l’enterrement du compositeur. Pire encore, la musique de Prokofiev est jouée dans la salle à colonnes de la Maison des syndicats à Moscou, où est présenté au public le corps de Staline.  En 1957, Prokofiev est finalement salué par son pays lorsqu’il devient le premier compositeur soviétique à recevoir (de manière posthume) le prestigieux Prix Lénine, rétablie par Nikita Khrushchev.