Hilary Hahn, la violoniste virtuose du XXIe siècle

Violoniste précoce, Hilary Hahn joue autant la musique de ses contemporaines que celle de Bach et se montre autant sur les réseaux sociaux qu'elle demeure discrète sur sa vie. Portrait à double-face de l'une des plus brillantes artistes de la musique classique.

Hilary Hahn, la violoniste virtuose du XXIe siècle
Hilary Hahn, violoniste virtuose, © Getty / Hiroyuki Ito

Violoniste américaine à la renommée internationale, Hilary Hahn est connue pour sa virtuosité, ses interprétations travaillées et ses choix de programmes, à la fois traditionnels et inattendus. Avec déjà 3 Grammy Awards à son palmarès, elle est non seulement une instrumentiste célébrée, mais son engagement dans le partage de la musique à travers les réseaux sociaux a fait d’elle une star moderne de la musique classique. Découvrez le portrait d’Hilary Hahn, la violoniste virtuose du XXIe siècle. 

Une carrière à l’envers

En 1997, Hilary Hahn a 17 ans et enregistre son premier album, Hilary Hahn Plays Bach. Nombre d'artistes auraient mis en avant leurs talents de virtuose, mais la jeune américaine se tourne vers son compositeur de prédilection, celui qu’elle connait le mieux : Jean-Sébastien Bach. Étonnant d'énergie, de fraîcheur et d'originalité, l’album est un succès immédiat, notamment parce que l’œuvre pour violon de Bach est rarement abordé par des jeunes musiciens : « Pourquoi attendre d’avoir 75 ans pour enregistrer les partitas ? Cela ne veut pas dire que je ne les enregistrerai pas à nouveau », dit-elle alors au journal le Monde de la Musique.

Le message est clair : Hilary Hahn n’est pas une violoniste comme les autres. Ce message est renforcé avec son deuxième album lorsqu’elle devient l'une des plus jeunes artistes au monde à enregistrer le Concerto pour violon de Ludwig van Beethoven, une œuvre que même Yehudi Menuhin, enfant prodige par excellence, a attendu 30 ans avant d’affronter. Paradoxe : elle attend ses 33 ans pour enregistrer un album de bis, alors que bon nombre de musiciens se plient à l'exercice au début de leur carrière.

Si la jeunesse des artistes fascine le monde entier, elle ne semble avoir aucune importance pour Hilary Hahn, qui se laisse guider par ses envies et sa passion.

Un talent prodigieux mais pas un enfant prodige !

Lorsque la presse parle d’Hilary Hahn, l'expression « enfant prodige » n'est jamais loin. Devenue adulte, les médias semble être incapables de décoller cette étiquette : 28 ans après son premier concert à l’âge de 11 ans avec le Baltimore Symphony Orchestra et plus d’une vingtaine d’albums à son nom, Hilary Hahn est toujours un enfant prodige. 

Et pourtant, ces deux mots ne plaisent pas à Hilary Hahn, qui y a toujours vu caché un sens péjoratif, comme si cela faisait référence à une anomalie : « Certes j’ai été précoce mais je n’ai pas donné cent concerts par an dès l’âge de douze ans comme d’autres enfants prodiges ont pu le faire par le passé. » Si, comme elle le raconte au journal Diapason, l'artiste s’est intéressée au violon en voyant une pancarte sur laquelle était écrit ‘cours de musique pour les enfants de quatre ans’, elle s’amuse d'ajouter que « s’il avait été inscrit ‘cours de football pour les enfants de quatre ans’, je me serais peut-être mise à jouer au foot et non au violon ». 

Une spécialiste du présent mais aussi du passé

Commanditaire prolifique de nouvelles œuvres musicales, Hilary Hahn est une véritable championne de la musique contemporaine. Elle crée dès ses 19 ans le Concerto pour violon d’Edgar Meyer et a, depuis, collaboré avec bon nombre de compositeurs contemporains tels que Jennifer Higdon, David Lang, Antón García Abril, Einojuhani Rautavaara, Nico Muhly, Mark-Anthony Turnage et Lera Auerbach.

Il y a cependant un compositeur qui ne quitte jamais Hilary Hahn et qui résonne toujours dans les cordes de son violon : le grand cantor de Leipzig, Jean-Sébastien Bach. « Pas un jour sans jouer Bach », tel est le quotidien de la violoniste américaine. Certes à l’avant-garde de la création musicale contemporaine, Hilary Hahn s’est également imposée, paradoxalement, comme l’une des grandes interprètes de l’œuvre pour violon de Bach, une musique qui incarne selon elle tout simplement « l’essence de l’humanité ». Peu importe le programme du soir, la musique de Bach fera toujours partie du quotidien de la violoniste, un mélange inattendu de styles et de genres qui emmène son public vers de nouveaux paysages sonores.

La transmission décontractée

Nul ne peut douter du sérieux de Hilary Hahn lorsque la violoniste monte sur scène. Chaque concert fait montre de l’immense maturité et de la maîtrise musicale de la violoniste… mais en dehors de la scène, c’est une autre histoire ! Présente sur de nombreux réseaux sociaux, la violoniste partage avec son public les nombreux instants de son quotidien. Elle est également l’invitée de nombreuses émissions sur YouTube, des vidéos amusantes dans lesquelles elle montre les aspects ludiques de la musique classique et le manque de sérieux qui peut y exister :

Un esprit décontracté qui s'illustre dans ses missions d’éducation et de transmission. Dès l’âge de 19 ans, Hilary Hahn exprime une volonté de partager la musique classique : « l’éducation musicale des enfants à l’école me passionne de plus en plus. Je joue pour eux et essaie de faire aimer la musique classique à ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître » dit-elle dans Diapason en 1999.

Depuis la naissance de sa fille en 2015, Hilary Hahn anime régulièrement à travers le monde de nombreux concerts gratuits pour des parents avec leurs enfants, mais aussi des concerts qui mélangent la musique avec d’autres passions non-musicales tels que le tricot, la danse, et le yoga, le tout accompagné par Bach, évidemment. 

Active sur les réseaux sociaux, mais secrète sur sa vie privée

Hilary Hahn fut l’une des premières artistes à se tourner vers le monde du « blog », réseau social avant l’heure lancé en 1997. Espèce de journal intime numérique et public, la jeune violoniste, nouvelle star de la musique à peine sortie de l'adolescence, se livre régulièrement à ses abonnés dès la fin des années 1990 et début 2000 sur les joies et les défis de sa vie d’artiste en pleine croissance.

Le blog et ses comptes Twitter, Instagram et Facebook permettent à Hilary Hahn de choisir elle-même son image et sa publicité, mais ses publications contribuent également à démystifier le mythe de l’artiste « prodige » en montrant le quotidien d’une violoniste à succès, et parler des problèmes physiques ou mentaux auxquels font face les artistes et interprètes : 

« Je le fais parce que j'aurais aimé avoir ce genre d’information quand j’étais petite et lorsque j’apprenais le violon et la musique, car il aurait été amusant d’apprendre des choses sur lesquelles je m'interrogeais toujours […] Que font les artistes en tournée, comment passent-ils leur temps ? », explique Hahn en 2000 à la conférence de l’American Symphony Orchestra League à Boston. Une présence numérique qui offre un contact direct avec son public, élément essentiel dans la vie d’un artiste selon Hahn.

Une virtuose mondaine, accessible et à la portée de son public,  qui contribue pleinement au rayonnement de la musique classique et de son apprentissage auprès des nouvelles générations autant par sa musique que par sa personne. Si l’artiste développe cet accès intime à sa vie professionnelle, sa vie privée reste, pour sa part, strictement hors de portée du public.