En musique, la harpe dans tous ses états !

Instrument aux sonorités scintillantes et aux connotations féeriques, oniriques et fantastiques, la harpe est l’instrument romantique par excellence. Mais il ne faut pas s’arrêter là ! Une playlist France Musique pour découvrir la harpe dans tous ses états, de Monteverdi à Hindemith.

En musique, la harpe dans tous ses états !
Playlist – La harpe dans tous ses états, © Getty / slobo

La harpe est l’un des instruments les plus anciens au monde. Ses origines remonteraient, selon la mythologie gréco-romaine, aux dieux Hermès ou Apollon, d’où son association ensuite aux anges chez les Chrétiens. Pour ce qui est du réel, on retrouve les premières traces de l’ancêtre de la harpe il y a près de 6 000 ans. 

Monteverdi : Orfeo

Rares sont les compositeurs qui écrivent pour la harpe aux XVIe et XVIIe siècles. Cependant, la harpe est présente dès  L’Orfeo de Claudio Monteverdi. Doté d’un talent musical sans égal, Orphée est capable de séduire les dieux avec son instrument.

Le brave poète et musicien, descendu aux Enfers afin de sauver sa chère Eurydice, ne joue pas de la harpe mais son cousin proche, la lyre. L’instrumentation de Monteverdi précise bien une « arpa doppia », harpe à double cordes utilisée en Italie au XVIe siècle. Utilisée avec parcimonie par Monteverdi, la harpe crée une musique enchanteresse qui fait fléchir le dieu Hadès (à 59.09 dans la vidéo ci-dessous).

Berlioz : Symphonie Fantastique

Hector Berlioz, qui affectionne cet instrument, sera l’un des premiers compositeurs à remettre la harpe à l’honneur au XIXe siècle à travers sa musique, et notamment une symphonie particulièrement fantastique :

« L’effet des harpes, (quand il ne s’agit pas d’une musique destinée à être écoutée de près, dans un salon,) est d’autant meilleur qu’elles sont en plus grand nombre. Les notes, les accords, les arpèges qu’elles jettent au travers de l’orchestre et du chœur, sont d’une splendeur extrême. Rien de plus sympathique avec les idées de fêtes poétiques, de pompes religieuses, que les sons d’une grande masse de harpes ingénieusement employée », écrit-il dans son Grand Traité d’Instrumentation et d’Orchestration Modernes.

Rien de mieux donc comme instrument que la harpe pour l’introduction de la deuxième scène de sa Symphonie Fantastique, intitulée Un bal. Lorsque l’artiste, protagoniste du poème symphonique, arrive à la fête, les harpes annoncent à elles seules toute l'élégance du cadre prestigieux.

Hector Berlioz parvient à présenter sa nouvelle Symphonie Fantastique au Conservatoire de Paris le 5 décembre 1830, malgré la difficulté à trouver deux harpes pour la création de son œuvre, sans parler des interprètes. Deux harpes nécessaires pour évoquer l’élégance et la richesse du bal, mais aussi pour évoquer l’affection sous-jacente de l’artiste (à 15.09 dans la vidéo ci-dessous).

Saint-Saëns : Fantaisie pour violon et harpe

Alors qu’il séjournait en Italie en 1907, Camille Saint-Saëns compose sa Fantaisie pour violon et harpe op.124 qu’il dédie aux sœurs musiciennes Clara et Marianne Eissler, harpiste et violoniste. L’œuvre sera l’une des seulement trois œuvres qu’il compose pour la harpe, entre la Fantaisie pour harpe seule op.95 (1883) et le Morceau de concert pour harpe et orchestre (1918). 

Œuvre virtuose non seulement pour le violon mais également pour la harpe, la Fantaisie met les deux instruments en dialogue à titre égal, l’un accompagnant l’autre à travers les différentes sections de l’œuvre en un seul mouvement.

Ravel : Introduction et allegro pour flûte, clarinette, harpe et quatuor à cordes

En 1904, l’entreprise Pleyel demande à Claude Debussy d’écrire une nouvelle composition afin d’exposer les qualités techniques de leur nouvelle harpe chromatique. En réponse à cette demande, le compositeur écrit sa Danse sacrée et danse profane pour harpe et orchestre. Ne souhaitant pas laisser place à la concurrence, l’entreprise Erard fait appel à Maurice Ravel pour également composer une œuvre afin d’exposer leur nouvelle harpe à pédales à double action. Il compose donc en 1905 l’Introduction et Allegro pour flute, clarinette, harpe et quatuor à cordes.

Alors que la harpe de Pleyel tombe progressivement dans l’oubli, celle d’Erard deviendra la harpe moderne que l’on connait aujourd’hui. Ce succès serait-il lié à la beauté de l’œuvre de Ravel ? Malgré cette réussite, ce dernier ne comptera pas la composition dans son catalogue d’œuvres, et n’y fera presque jamais référence dans sa correspondance.

Hindemith : Sonate pour harpe

Dans les années 1920 et 1930, une nouvelle orientation fondamentale semble envahir la musique de Paul Hindemith : la « Neue Sachlichkeit » ou la « Nouvelle Objectivité ». Lancé en 1923 par le directeur de musée Gustav Friedrich Hartlaub, ce mot représente un mouvement artistique et musical vers une démocratisation de la musique située contre l’expression de soi des artistes expressionnistes de l’époque.

Choix étrange, donc, que l’instrument de sa sonate composée en 1939. Alors que la harpe est associée à tout ce qu’il y a de plus romantique, la voici maintenant sublimée purement pour ses capacités musicales et sonores plutôt que pour ses connotations émotionnelles et féeriques. L’œuvre contourne les préjugés souvent associés à la harpe pour montrer à merveille ses pouvoirs sonores, jusqu’à devenir une œuvre incontournable non seulement dans le répertoire de la harpe mais également dans celui du compositeur.

BONUS

La harpe est un instrument réservé aux filles et au répertoire romantique : faux ! Pour casser ce cliché démodé, rien de mieux qu’un léger brin de folie afin de libérer l’immense potentiel de cet instrument :

Et n’oublions pas le bien nommé Arthur « Harpo » Marx, qui décide à l’âge de 20 ans d’apprendre tout seul la harpe, sans même savoir comment lire la musique : un talent qu’il n’hésite pas à exposer dès lors qu’il le peut dans ses films aux côtés de ses frères !