Musique classique et vélo : de l’anecdote au drame

Le 1er juillet, quelque 200 coureurs s’élancent sur leur vélo pour arpenter les routes du Tour de France. Si l’on a envie de fredonner « A bicyclette » d’Yves Montand, ne résumons pas le vélo à cette chanson, car ce sport et cet objet ont fait l’inspiration de nombreux autres artistes.

Musique classique et vélo : de l’anecdote au drame
Un grand-bi en 1932 sur un pont londonien, © Getty / Fox Photos / Intermittent

Pour composer, certains s’inspirent de la beauté de la nature, d’autres des tourments de l’amour, et puis il y a ceux qui se sentent créatifs en pensant au vélo. Après tout, pourquoi pas... Le vélo renvoie à tant d’images : la ville, la campagne, la compétition, le plaisir, la vitesse, la détente, le romantisme, l’enfance…

Des œuvres pour vélo

Mais ce qui a surtout fasciné les compositeurs, ce sont les bruits que pouvait produire cet objet du quotidien. L’une des œuvres les plus connues composées à partir de ces sons s’intitule Nutcracker for bike parts (Casse Noisette pour pièces de vélo), de Flip Baber. Le compositeur a réimaginé le célèbre air de la Fée Dragée du ballet de Tchaïkovski avec des bruits de vélo. Le glockenspiel et la clarinette sont remplacés par les rayons de la roue, le violoncelle et les pizzicatos par les câbles du dérailleur et les percussions par les rayons, le frein, les chaînes, les pédales etc. Cette opération n’est pas purement artistique puisqu’elle a été créée pour un fabricant de vélos.

Le compositeur argentin Mauricio Kagel a lui vraiment voulu créer une oeuvre d’art en partant du vélo, ou plutôt des cyclistes. Eine Brise est une performance pour 111 cyclistes. Les participants suivent une sorte de chorégraphie bien précise, accompagnée par des bruits de sonnette, des murmures, des phrases qu’il faut réciter… La première de cette oeuvre a été donnée le 29 mai 2010 à Glasgow en Ecosse.

Plus qu’un titre, Richard Lerman s’est lancé le pari d’enregistrer un album entier à partir de sons enregistrés de vélos en mouvement. Son travail sur Travelon Gamelon, Music for Bicycles a consisté à poser des enregistreurs directement sur le vélo, pour en capter les bruits qui deviennent une mélodie.

L'inspiration vient en pédalant

Les compositeurs classiques ne sont pas en reste en termes d’inspiration liée à l’univers du vélo. Josef Strauss (fils de Johann Strauss), compose en 1869 à Vienne Vélocipède, une polka pour orchestre. Le compositeur a vécu en pleine période d’engouement autour de cet objet insolite : le vélocipède (origine du mot vélo).

Pour trouver l’inspiration, les compositeurs ont parfois besoin de silence, d’autres de stimulations extérieures, mais beaucoup s’inspirent en s'aérerant l’esprit. Et quoi de mieux pour se vider la tête qu’une balade en vélo ? Le compositeur britannique Ralph Vaughan Williams l’a souvent expérimenté. Une technique qui lui permettait aussi de rester un peu en enfance : « Cela me fait sentir comme si j’étais encore sur mon tricycle, en toute sécurité », écrit-il à son ami Randolph Wedgwood (référence : Vaughan Williams : compositeur, radical, patriote par Keith Alldritt).

Un autre compositeur qui appréciait les promenades en vélo n’est autre que Gustav Holst. En 1908, il part se reposer en Algérie. De ce séjour, il en sortira Beni Mora, une oeuvre inspirée par la musique locale, ses rencontres, et ses longues balades en vélo à travers le pays…

Enfin s’il y a une figure que l’on associe automatiquement au vélo, c’est Edward Elgar. Notamment grâce à une statue à son effigie où il pose à côté de son vélo, objet chéri qu’il surnomme Mister Phoebus. Il parcourt l’Angleterre pour trouver l’inspiration et n’avait pas peur des kilomètres (il en parcourt 80 pour annoncer à son père son anoblissement).

La statue de bronze d'Elgar qui pose à côté de son vélo se trouve en Angleterre , © Getty / Loop Images / Contributeur

Le vélo et la musique ne sont pas que des belles histoires d’amour et d’inspiration. Le chef d’orchestre Arturo Toscanini, par exemple, a tenté d’apprendre à faire du vélo sur un grand-bi qui possède une immense roue avant et une roue arrière toute petite. Il s’engage dans une descente et comme le frein n’est pas encore inventé, tombe assez violemment. A partir de cet accident, il promet de ne jamais remonter sur un vélo jusqu'au jour où, plus âgé, Toscanini doit rééduquer son genou avec... un vélo d’appartement.

Enfin le dernier qui n’aura pas vécu d’histoire d’amour avec le vélo c’est Ernest Chausson. Le compositeur en 1899 fait une chute et meurt sur le coup à 44 ans.