Mais au fait, pourquoi fait-on de la musique ?

Mis à jour le vendredi 15 octobre 2021 à 11h34

Qu'est-ce que la musique, depuis quand existe-t-elle et pourquoi ? Si ces questions restent sans réponses, quelques indices passionnants existent.

Mais au fait, pourquoi fait-on de la musique ?
Pourquoi fait-on de la musique ?, © Getty / General Photographic Agency

Pourquoi la musique existe-t-elle, pourquoi en fait-on ?  Questions simples, mais réponses d'une complexité insondable qui nous rapprochent de la raison d'être de l'Homme. Nous vivons entourés de sons, ces derniers sont fondamentaux car ils alertent bon nombre d'êtres vivants sur leur environnement. Mais ces sons ne sont pas pour autant musicaux. : « Dès lors qu'il y a un autre rapport à l'univers sonore - rapport que j'appellerais esthétique - il y a une dé-fonctionnalisation de l'univers sonore », explique Francis Wolff, philosophe et l’auteur de Pourquoi la musique ? [Fayard, 2015]. 

Détaché de l’évènement dont il est issu, le son acquiert une autonomie esthétique. Lorsque son timbre, sa durée et sa hauteur sont manipulés, il hérite d’une volonté d’expression et devient ainsi un « art sonore ».

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Mais encore faut-il que cette intention esthétique soit perçue comme telle : « Ce n'est pas dans le signal sonore que vous trouverez la musique, mais dans l'intention qui y est portée », précise l’ethnomusicologue Bernard Lortat-Jacob. Un chat qui marche sur les touches d’un piano crée-t-il de la musique ? Sans l’intention, les sons du piano restent précisément des sons. 

Depuis quand fait-on la musique ?

Là où il y a être humain, il y a musique. Il n’existe aucune civilisation ni culture sans trace d’une volonté d’expression musicale, vocale et même instrumentale. Le premier instrument de musique connu date de près de 40 000 ans : une flûte en os de vautour fauve trouvée en 2008 dans le sud de l’Allemagne. Mais l’existence-même d’une pratique musicale remonte sans doute à bien plus loin. Les instruments de percussion créés à partir de bois et de graines furent certainement utilisés, mais sans résister au passage du temps.

Et la preuve de l’existence de la musicalité se démontre aussi de manière anatomique : les crânes fossilisés de l’Homo heidelbergensis, qui vécut il y a environ 700 000 ans, révèlent qu'ils avaient la capacité physique d'effectuer les mêmes sons et vocalises dont est capable l’homme moderne. 

Donc l’histoire de la musique est liée à celle de l’humanité, reste maintenant à savoir si elle fut d'une utilité quelconque dans la survie et l'évolution de l'espèce humaine. 

Que serait l’homme sans la musique ?

Bon nombre de spécialistes affirment que la musique - et les capacités musicales de l’Homme - n’ajoutent rien d’essentiel à son évolution et que l'absence de musique n’aurait aucun impact sur l’humanité. Dans son livre How the Mind Works (1997), le scientifique américain Steven Pinker (Harvard) qualifie même l’art sonore de « cheesecake auditif », un simple plaisir sensoriel que s’offre l’Homme afin de stimuler ses fonctions cognitives.

Mais si l’on considère que la musique est outil de communication essentiel pour les chasseurs-cueilleurs, ou une aide précieuse au maternage, ou encore un élément fondamental aux différents rites d’une communauté, alors elle s’inscrit dans les besoins primaires de l’Homme.

C'est déjà ce qu'avance Charles Darwin en 1871 dans La Filiation de l'homme et la sélection liée au sexe : « Je conclus que les notes de musique et les rythmes ont d’abord été acquis par les géniteurs masculins ou féminins de l’humanité dans le but de charmer le sexe opposé ». Plus récemment, le professeur-chercheur en neurosciences cognitives Emmanuel Bigand confirme l’importance de la musique dans le développement du cerveau de l’Homme : « la musique a vraiment une importance dans l'évolution de l'humanité, qui va au-delà d’une activité de culture ou de loisirs. La musique a probablement joué un rôle beaucoup plus important pour le façonnement de notre cerveau et l'évolution de ce que nous sommes en tant qu'êtres humains », confiait-il lors d’une interview avec France Musique en octobre 2020.

La musique comble également un besoin d'évasion imaginaire, non moins essentiel à l’homme.  « Je pense que la musique fait partie des besoins humains issus de l'imagination, nous explique Francis Wolff. Nous ne pouvons pas simplement vivre comme les autres êtres, d'amour et d'eau fraîche. Nous avons besoin également de forger des mondes imaginaires.C'est un besoin, ni plus ni moins que la croyance religieuse. »

Alors, pourquoi la musique ?

S'il n'y a pas de réponse simple à la question, un élément s'impose : le pouvoir social de la musique. « Ce n'est pas par hasard que les musiques dans les sociétés - qu'on appelle très sottement « primitives » - sont des musiques collectives, qui servent à un type d’agrégation ou un type de rapport qui densifie et qualifie les rapports sociaux. » explique Bernard Lortat-Jacob.

« Pourquoi la musique ? poursuit l’ethnomusicologue, parce que l'homme est un être social, et que la musique est essentiellement une activité sociale, elle met en jeu un corps personnel et le corps social. C'est un noyau social qui est fondamental, et on peut difficilement isoler la musique de ce dispositif qu'elle met en œuvre pour être musique. »

Mais la nature de l’Homme se distingue également par sa puissante créativité et son imagination, ainsi que son besoin de s’extraire du monde réel qui l’entoure : « Apprendre à être humain, autrement dit l’hominisation de l’homme, passe aussi par la création de mondes imaginaires », explique Francis Wolff, et d'ajouter : « Pourquoi la musique ? Pour apprivoiser un monde dans lequel nous sommes toujours un peu des étrangers, parce qu'il se passe toujours des choses imprévisibles, et pour forger imaginairement un monde idéal dans lequel ces événements deviennent nôtres. »