Luciano Berio : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de Sinfonia

Il est l'un des plus grands compositeurs italiens du XXe siècle, mais saviez-vous que Berio était marin dans l'âme ? Fan des Beatles ? Professeur de Steve Reich et du bassiste de The Grateful Dead ? Voici 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur Luciano Berio.

Luciano Berio : 10 (petites) choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le compositeur de Sinfonia
Luciano Berio (1925-2003), © Getty / Jack Robinson

La musique, une tradition familiale depuis plusieurs générations

Luciano Berio n’est pas le seul Berio à s’adonner à la musique et à en faire carrière. Les Berio sont musiciens et compositeurs depuis la seconde moitié du XVIIIe siècle. Le petit Luciano est initié à la musique par son père Ernesto et par son grand-père Adolfo, tous deux organistes et compositeurs.

Mais le fait d’être entouré par autant de musiciens ne fera pas pour autant de la musique la première passion de Luciano. « Pendant un instant, j'ai voulu m'évader de cette prison musicale, qui était certes une prison très agréable. J'ai eu ce doute mais c'était très bref. »

De "blessé" de guerre à compositeur

Alors que Berio commence à s’intéresser à la musique, et notamment au piano, la Seconde Guerre mondiale bat son plein. Il est alors conscrit dans l’armée italienne. Mais il rejoint l’effort de guerre tardivement, et n'est soumis à aucune formation ni entrainement. Lorsqu’on lui présente sa première arme, il tire accidentellement et se blesse la main droite. Luciano est envoyé à l’hôpital où il restera pendant trois mois.

Après la guerre, il rejoint le conservatoire de Milan et entre directement en cinquième année d'un cursus musical de 10 ans. Sa main blessée le contraint de faire une croix sur la carrière de pianiste : il se consacre donc à la composition, pour le plus grand bonheur de l’histoire de la musique.

Cathy Berberian, muse et voix de Berio

En 1950, lors de sa dernière année au conservatoire de Milan, Berio accompagne au piano une jeune chanteuse américaine pour un enregistrement. Cette dernière s’appelle Cathy Berberian. Seulement quelques mois plus tard, Berio et Berberian décident de se marier.

Si l’idée d’écrire pour la voix obsède Berio depuis des années, ce n’est qu’en 1958 qu’il décide de faire appel aux talents musicaux de sa femme. En résidence au Studio di Fonologia Musicale fondé par Berio et Bruno Maderna en 1955, le compositeur John Cage avise Berio de se servir de la merveilleuse voix de sa femme. 

Ainsi commence la fructueuse collaboration entre Berio et Berberian. En 1960, Cathy fait ses débuts américains au festival de Tanglewood avec une œuvre de son mari : Circles. Elle participe également aux créations d’Epiphanie (1962) et Visage (1961). Malgré leur divorce en 1964, le duo continuera à collaborer. L’amour musical est éternel.

Antifasciste curieux

Né en 1925, Berio arrive l’année de l’instauration en Italie de la dictature fasciste de Benito Mussolini. Le jeune Luciano grandit donc sous le régime totalitaire de ce dernier. Enfant des provinces italiennes, son accès limité aux développements culturels et musicaux en Europe n’est qu’exacerbé par la répression culturelle de Mussolini. Alors que le père Berio porte le Duce dans son cœur, Luciano le musicien en herbe ne pardonnera jamais au dictateur d'avoir muselé la culture musicale italienne. 

Il compensera ce manque de culture et de découvertes musicales lors de sa jeunesse par une curiosité et une ouverture d’esprit absolues. Ainsi, de la musique baroque au rock, en passant par l’opéra, le jazz, la musique pop et les œuvres inachevées des grands compositeurs classiques, la musique de Berio est ouverte à toute influence pour devenir un reflet de l’expérience humaine.

Ré-inventeur du passé

Contemporain de Pierre Boulez, Karlheinz Stockhausen et Henri Pousseur, Luciano Berio rejoint le mouvement de la révolution musicale. Mais tandis que la nouvelle génération de compositeurs souhaite faire table rase du passé, Berio lui préfère le réinventer.

Compositeur aux influences éclectiques, il se tourne ainsi vers le passé autant qu’il explore les possibilités de la musique électronique et de la musique vocale expérimentale. Il conçoit ainsi une philosophie musicale d’un « souvenir du futur » afin de revisiter notre relation avec le passé et de le redécouvrir comme partie intégrante de l’avancée vers le futur. Il incorpore de nombreuses œuvres de nombreux compositeurs passés, dont l’Inachevée de Schubert dans Rendering mais aussi la musique de Purcell (Hornpipe), Verdi (8 Romanze) et Mahler (Sinfonia).

Fan des Beatles

Le 24 février 1966, Berio est invité à l’Institut culturel italien à Londres pour présenter son œuvre et animer une discussion autour de la musique électronique. Dans le public, au premier rang, se tient alors le chanteur et musicien britannique Paul McCartney. Fasciné par les nouvelles expérimentations faites avec l’électronique, et par conséquent par la musique de Luciano Berio, McCartney assiste au colloque alors que les membres des Beatles font une pause de trois mois au début de 1966.

Profondément marqué par cette rencontre, McCartney repart la tête pleine d’idées, qu’il ne manquera pas d’inclure aux futurs enregistrements des Beatles à commencer par l'album enregistré en avril 66 : Revolver. Considéré comme le point de départ de la période expérimentale du groupe, l’album est influencé par les idées musicales avant-gardistes de l’époque.

L’influence de cette rencontre est entièrement réciproque et Berio écrira ensuite un article sur les Beatles dans la Nuovo Rivista Musicale Italiana intitulé Commenti al Rock. Il signera également trois arrangements de chansons des Beatles à la demande de Mario Labroca, directeur du festival musical de la Biennale de Venise : Michelle I & II, Ticket to Ride et Yesterday.

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Professeur du bassiste de The Grateful Dead

En 1962, Darius Milhaud demande à Berio de le remplacer au Mills College à Oakland. L'année suivante, il est engagé comme professeur de composition. Cette expérience ne manquera pas d’influencer ses étudiants mais aussi de marquer la vie du compositeur à plusieurs reprises. 

Parmi les nombreux inscrits à ses cours : Phil Lesh, futur membre fondateur du groupe de rock The Grateful Dead. Alors jeune compositeur, Lesh est fasciné par la musique et les idées du professeur Berio. Il participe même à l’interprétation de Différences à l’Ojai Music Festival en Californie en 1963, aux côtés du compositeur. Fortement influencé par ses études, Lesh intégrera ensuite les idées d’expérimentation et d’improvisation de Berio dans la musique de The Grateful Dead.

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Berio compte également Steve Reich parmi ses jeunes élèves, dont il suivra par la suite la carrière avec grand intérêt. Et c’est au Mills College que Berio croisera Susan Oyama, jeune étudiante en psychologie qui deviendra sa seconde femme.

Au Mills College, Berio fera même la découverte de l’album « Jazz Sebastian Bach » des Swingle Singers lorsque la professeure de la classe d’â côté diffuse cette musique pour ses étudiants. Quatre ans plus tard, il composera sa célèbre Sinfonia avec en tête cet ensemble vocal pour sa création, aux côtés du New York Philharmonic.

Ami des auteurs

Compositeur éclectique, la fascination de Luciano Berio ne s’arrête pas à la musique. Il se lie d’amitié dans les années 1950 avec l’écrivain italien Umberto Eco, lui-même passionné de musique. Ensemble, ils produisent en 1958 l’œuvre électronique pour radio Thema (Omaggio a Joyce). Hommage à l’écrivain James Joyce, pour lequel Berio et Eco se passionnent, Thema s’inspire du chapitre « Les Sirènes » d’Ulysse de Joyce. L'œuvre, mêlant voix de récitant et bande magnétique, est l’une des premières à faire une telle association.

En 1960, il met en musique trois poèmes de l’américain E. E. Cummings pour son œuvre Circles pour voix de femme, harpe et deux percussionnistes. Il collabore également avec le poète italien Edoardo Sanguineti en 1965 pour Laborintus II , pour voix, ensemble et bande magnétique. En 1977 il compose les opéras La Vera Storia (1977-78) et Un Re in Ascolto (1984) sur des livrets du romancier italien Italo Calvino.

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Une musique pour tous les âges

Pour certains, une musique moderne implique un niveau de complexité de composition mais aussi d’interprétation, faisant ainsi appel à un interprète de qualité capable d’affronter l’œuvre en question. Mais la musique de Berio s’adresse souvent à n’importe quel interprète, peu importe son âge et son niveau d’interprétation.

Au-delà d’une volonté d’accessibilité, Berio se consacre également à la musique précisément pour les jeunes étudiants. De 1979 à 1983, il compose 34 Duetti per dui Violoni pour les jeunes amateurs et musiciens en herbe. Dans la même veine que les 44 Duos pédagogiques pour deux violons de Béla Bartók, il imagine une série de courtes compositions pour des interprètes de différents niveaux. 

Bien évidemment, un jeune violoniste sur un petit violon ne peut pas produire le même son qu’un violoniste adulte sur un violon de taille normale, et vice versa. Mais c'est précisément l’intention de Berio qui souhaite profiter de la variété et l'individualité de chaque interprète, peu importe son nouveau, afin de créer une tension dramatique à travers l'interprétation de l’œuvre.

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Le cépage Berio

Berio apprécie tous les plaisirs de la vie, notamment la cuisine et les cigares. Mais c’est le vin qu'il affectionne tout particulièrement, au point de cultiver ses propres vignes dans son jardin à Radicondoli en Italie.

Après son divorce de Susan Oyama en 1971, Berio quitte les Etats-Unis pour retourner en Italie. Il s’installe à Radicondoli, près de Sienne, et achète une maison à rénover. C’est dans le jardin qu’il commence sa propre production de vin, qu'il maintiendra jusqu’à sa mort en 2003.