Incontournables ou méconnues, les meilleures BO de films selon Thierry Jousse

Thierry Jousse, producteur de l’émission « Ciné Tempo » sur France Musique, nous conseille quelques bandes originales incontournables du grand écran, parfois méconnues ou oubliées, et assurément à (re)découvrir.

Incontournables ou méconnues, les meilleures BO de films selon Thierry Jousse
Incontournables ou méconnues, les meilleures BO de films selon Thierry Jousse, © Getty / Movie Poster Image Art

Il existe dans le monde du cinéma certaines bandes originales qui rivalisent avec la renommée de leurs films, voire la dépassent. Les noms de John Williams (Star Wars, Indiana Jones, E.T.), Ennio Morricone (Le Bon, La Brute et le Truand), Bernard Herrmann (Psychose, La Mort aux Trousses), Nino Rota (Le Parrain), Hans Zimmer (Gladiator, Inception) ou John Barry (James Bond) en sont quelques exemples. Il est donc facile de passer à côté de certaines bandes originales non moins intéressantes.

De ses coups de cœur aux BOs cultes, en passant par les BOs modernes qui ont déjà marqué l’histoire du cinéma, Thierry Jousse, producteur de l’émission « Ciné Tempo » sur France Musique nous guide.

Une bande originale incontournable

Ce 14 novembre marquait les 50 ans de la sortie de Peau d’Âne de Jacques Demy, film adoré de tous avec une musique de Michel Legrand, titan de la bande originale. On trouve à ses côtés un autre titan français, François de Roubaix. A son apogée, ce dernier composa la BO du film Dernier Domicile Connu de José Giovanni, qui témoigne du génie du compositeur et de ses expérimentations musicales dans le monde du cinéma (il fut notamment l’un des premiers à utiliser un synthétiseur dans ses BOs).

Bandes originales peu connues de compositeurs connus

Malgré leur renommée internationale, certaines œuvres de compositeurs incontournables du cinéma restent encore dans l’ombre. Principalement associé aux films de Sergio Leone, d’Henri Verneuil, et de Roland Joffé (Mission), Ennio Morricone a composé presque 400 bandes originales pour d’innombrables réalisateurs, dont Metti, una sera a cena (1969) de Giuseppe Patroni Griffi, du easy-listening d'haute qualité loin des terres désertes américaines que fréquentent habituellement les thèmes de Morricone.

Dans l’immense répertoire de Vladimir Cosma se cachent également plusieurs pépites peu connues, dont la bande originale du film Maldonne (1969) de Sergio Gobbi, l’une de ses premières BOs, inattendue par rapport au style habituellement associé au compositeur franco-roumain.

Les films d’Alfred Hitchcock auraient-ils connu le même succès sans la musique menaçante de Bernard Herrmann ? Avant sa « période Hitchcock », le compositeur fait ses débuts à Hollywood en 1941 avec Citizen Kane d’Orson Welles. De cette première période est également née la bande originale du film The Ghost and Mrs. Muir (L’aventure de Madame Muir) de Joseph L. Mankiewicz, que le compositeur décrira comme sa plus réussie, une musique impressionniste loin des influences de Bartók et de Wagner qui caractériseront ses œuvres suivantes.

Mention spéciale "jazz"

Quand on parle de bandes originales et de jazzmen, on pense d'abord à Miles Davis qui et sa bande originale d’Ascenseur pour l’échafaud de Louis Malle. Mais n’oublions pas Stan Getz dans la BO de Philippe Sarde pour Mort d’un pourri (1977) de Georges Lautner.

N'oublions pas non plus Ornette Colman dans la BO d’Howard Shore en 1992 pour Naked Lunch (Festin Nu) de David Cronenberg, fusion musicale particulière de jazz be-bop et de musique marocaine qui permet d’accéder à l’étrange ville nord-africaine du film, Interzone (une fusion déjà abordée par Ornette Coleman dès les années 1960).

Des BOs modernes déjà cultes

Il est difficile aujourd’hui d’identifier, parmi les milliers de films produits à l’année, les BOs qui rejoindrontun jour les rangs des bandes originales cultes et légendaires. Cependant, certaines œuvres semblent déjà s’extraire de la masse pour pleinement saisir l’attention des passionnés de cinéma et de musique.

Le guitariste et claviériste du groupe Radiohead, Johnny Greenwood est à l’origine de certaines des bandes originales les plus marquantes de ces dernières années, au service du réalisateur Paul Thomas Anderson (There Will Be Blood, The Master, Inherent Vice, Junun). La plus récente de leurs collaborations donne une bande originale aussi luxueuse et détaillée que les magnifiques robes du couturier dans Phantom Thread.

Pour le film Jackie de Pablo Larraín, regard intime sur la vie et l’esprit de Jacqueline Kennedy Onassis, la compositrice Mica Levi (également chanteuse de musique pop expérimentale sous le nom de Micachu) conçoit une musique minimaliste qui exprime à la perfection la douleur profonde et déroutante de Jackie Kennedy les jours et semaines après l’assassinat de John F. Kennedy.

Les BOs qui s’écoutent sans le film

Une bande originale est conçue pour accompagner une image. Rares sont donc les BOs que l’on écoute en entier sans le film, en raison des répétitions de thèmes et du manque de narration visuelle. Il existe pourtant des bandes originales qui s’écoutent presque comme des albums, sans le besoin d'images pour en saisir le sens. Citons dans cet art deux maitres : Henri Mancini et Lalo Schifrin.

L'œuvre d’Henri Mancini pour Breakfast at Tiffany’s (Diamants sur canapé) pourrait se résumer uniquement à la chanson Moon River, récompensée aux Oscars, aux Grammy Awards et aux Laurel Awards. Mais au-delà de la célèbre chanson, la musique de Mancini est une œuvre musicale à part entière, un album dans le style jazz/bossa-nova de Mancini à déguster sans modération.

Quant à Lalo Schifrin, sa musique du film Bullitt deviendra par la suite la quintessence musicale du « cool ». Ses expériences d’arrangeur pour le jazzman Count Basie et ses compositions de thèmes courts et mémorables pour les émissions de télévision The Man From U.N.C.L.E. et Mission : Impossible, Lalo Schifrin font de la musique de Bullit un chef-d’œuvre non seulement des bandes originales mais également du jazz.

BONUS : la BO aux origines surprenantes

Il arrive de voir le réalisateur d’un film passer devant sa propre caméra, mais rares sont les compositeurs qui contribuent à un film autant visuellement que musicalement. Star du film Bedazzled (Fantasmes) de Stanley Donen, le comédien Dudley Moore est non seulement le compositeur de la bande originale, mais également  son interprète avec son trio de jazz (avec Pete McGurk à la basse, et Chris Karan à la batterie). Pianiste talentueux et compositeur de jazz, il propose une bande originale variée, aux allures à la fois jazz, selon ses propres influences, et humoristiques, dans l'air du mouvement satirique britannique dont il est la figure de proue.